13 - Bibliographie de Jean Baptiste Willermoz

PREFACE

Je remercie par avance, le ou les lecteurs qui prendront le temps de lire ce travail important et passionnant. Important, car même si j'ai largement puisé dans le récit d'Alice JOLY et donc sut profiter de l'excellent travail de recherches, de compilations que cet auteur a réalisé en 1937, celui-ci m'a permis d'aller à l'essentiel en confiance, d'en extraire le plus intéressant en y ajoutant des « Commentaires ciblés et vécus» selon mon regard d'Initié de cette science que je pratique avec humilité depuis 35 ans et que beaucoup connaisse sous le terme dépouillé de « Rit Écossais Rectifié ».

Passionnant, car ce siècle des lumières a fait beaucoup écrire, beaucoup parlé, a vu se terminer une forme de société avec la royauté en son centre pour disparaitre en surface et être remplacée par l'émanation de la conscience du peuple français et pour aboutir dans la révolution de 1789 qui a modifié toutes les lignes de vie et de pensée de nos concitoyens.

Impressionnant, car ce siècle a été le temps de tous les excès philosophiques, tantriques, expressifs et révolutionnaires tant au niveau du besoin de révolte civile mais aussi dans ses deux premiers tiers, de l'explosion philosophique et métaphysique de bon nombre de penseurs, d'illuminés au sens propre comme au sens figuré. Toutes les connaissances religieuses sont bousculées, l'intelligence humaine a soif d'extraordinaire, de nouveautés spirituelles et donc se laisse emporter par la spirale des plus « fous » de ces nouveaux inventeurs de la dimension humaine et de son rapport avec DIEU.

Ce travail est aussi un témoignage compréhensif mais aussi critique sur certains faits ou situations ou évolutions de la pensée du fondateur du Régime Ecossais Rectifié et il me semble que c'est nécessaire quand on étudie cette science qu'il a rassemblée dans une seule et unique doctrine.

         Édition personnelle depuis mars 2007 et remise à jour

Merci à chacun de mes Supérieurs Inconnus qui m'ont permis ces révélations

LYON, Carrefour de L'Europe Maçonnique

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Au XVIIIe siècle, la politique centralisatrice des obédiences parisiennes, la Grande Loge puis le Grand Orient de France, s'est heurtée très tôt aux ambitions d'indépendance d'un Orient lyonnais désireux de mettre à profit sa situation de carrefour pour se constituer en métropole maçonnique de rang européen dotée d'une large autonomie. Pendant de nombreuses années, les rapports des Francs-Maçons Lyonnais, tant vis-à-vis de Paris, que de leurs Frères Allemands, seront complexes et ambigus, mêlant tour à tour, quand ce n'est pas simultanément, fascination et prise de distance, reconnaissance de l'autorité de tutelle et désir inassouvi d'autonomie. Mais l'attrait de Lyon, terre d'élection de la Franc Maçonnerie mystique et fief des Élus Cohen, ordre fondé par Martines de PASQUALLY puis poursuivi par Louis-Claude de SAINT-MARTIN et Jean-Baptiste WILLERMOZ, sera suffisant pour que cette ville attire les plus célèbres aventuriers de toute l'Europe. Ils sont italiens et ont pour noms CASANOVA ou CAGLIOSTRO.

Leur présence n'est pas totalement surprenante dans cette ville où l'influence italienne est fort ancienne. Non seulement les italiens arrivent en seconde position des correspondants et visiteurs étrangers de WILLERMOZ, mais il s'agit, comme les allemands, de figures clés de la Franc Maçonnerie européenne. Ils seront d'un précieux secours à WILHEMSBAD où ils accentueront le caractère chrétien et mystique de la Franche Maçonnerie rectifiée et renonceront à la vieille légende de la filiation templière.

A cette époque, Lyon est bien le carrefour européen de la Franche Maçonnerie avec un premier cercle de rayonnement composé de l'Italie du Nord, des cantons suisses et de l'Allemagne occidentale, avec un double prolongement vers le nord-est en direction de la Scandinavie et des provinces baltes, et vers le sud est en direction du pôle maçonnique napolitain. Mais Lyon regarde aussi vers les profondeurs de l'espace européen en direction de la Russie et de la Pologne car la vie maçonnique y est intense. Comme pour les allemands et les italiens, Lyon devient alors une destination obligée pour les aristocrates Francs-Maçons, qu'ils soient polonais ou russes. Et ce n'est pas un hasard si Louis-Claude de Saint-Martin, le Philosophe Inconnu, a une audience exceptionnelle en Russie. Les lettres que nous possédons de SAINT MARTIN à WILLERMOZ sont un bon témoignage de la vie de ces Francs Maçons cosmopolites qui sillonnent l'Europe des Lumières pendant des années, se croisent ou se manquent au hasard des étapes. Fernand Braudel ne se trompe pas lorsqu'il écrit dans « l'Identité de laFrance que Lyon ne trouve son ordre et les conditions de son épanouissement que sur leplan international, il lui faut la complicité du dehors et les fées qui la favorisent sontétrangères ... »

1730 - Jean Baptiste WILLERMOZ est né le 10 juillet 1730, d'une famille de 13 enfants, ainé des garçons, et dont la sœur ainé Claudine Thérèse devint Madame PROVENCAL. D'une famille de marchand mercier issue de Franche Comté et qui vient s'installer à Lyon pour y faire fortune. Il a deux jeunes Frères Pierre Jacques et Antoine. Devenu très rapidement commis de magasin, il s'installa comme Maître fabricant en 1754 à son compte. Ayant quitté l'école à 12 ans, il avait cependant acquis une orthographe appliquée et une écriture élégante.

1750 - Il fut reçu Franc Maçon en 1749 dans une loge dont le nom n'est pas connu et il a vingt ans. La Maçonnerie lyonnaise était constituée de trois loges mais nous n'avons pas trouvé avec certitude son nom lors de l'assemblée de la tenue de la Grande loge en 1744. Sans pouvoir l'affirmer les trois loges étaient l'Amitié, la Parfaite Amitié et les Amitiés choisis.

On ne sait pas exactement quel type de Maçonnerie était pratiqué sinon que les trois grades symboliques étaient transmis »Apprenti, Compagnon, Maître » et le mythe de SALOMON et la légende d'HIRAM ABIF y était proposé.

1752 - Très rapidement Jean Baptiste WILLERMOZ est déçu par la loge où il est Membre, mais la société maçonnique le passionne et il déploie une forte activité dans les loges de Lyon. Lorsque le VM de sa loge doit quitter Lyon, il remplace celui-ci à l'âge de 22 ans.

1753 - Insatisfait de l'engagement des Frères de sa loge, il décide de créer la « Parfaite Amitié» avec neuf de ses frères et à la Saint Jean Baptiste de 1753 il est installé Vénérable Maître du nouvel atelier. Il fait prospérer la loge avec 29 frères en 1760 et plus de cinquante-trois Membres en 1763. Il occupa la fonction près de 10 ans.

Commentaires : nous pouvons constater et des faits détaillés dans les archives du fond WILLERMOZ nous le confirment que dès le début, notre ami avait une attente énorme, une envie importante de savoir, de comprendre les origines et le but mystique de la Franche Maçonnerie. Son exigence était totale.

1756- Jean Baptiste WILLERMOZ étant engagé pour une Maçonnerie supérieure, il fait reconnaitre sa loge par la Grande Loge de France le 21 novembre 1756, qui lui permettait d'être rattaché au comité des Maîtres parisiens sous le patronage du Comte de CLERMONT.

1760 - Sous son instigation, Jean Baptiste WILLERMOZ fit reconnaitre les trois loges de Lyon dont la Parfaite Amitié avec trente membres à cette date, l'Amitié avec vingt membres et les Vrais Amis avec douze membres. Le 4 mai 1760, les trois Vénérables Maîtres décident de créer une loge supérieure appelée Mère Loge et par anticipation, la 1ère loge écossaise sans le nom était constituée où seul les Maîtres des loges régulières étaient admis.

1761 - Chez Jean Baptiste WILLERMOZ, un prosélytisme bien ordonné comme sa charité, commençait à la maison. Aussi fit-il admettre ses deux Frères cadets en Maçonnerie : Pierre Jacques en 1759 à la Parfaite Amitié et Antoine ensuite. Cette situation le rassurait surtout pour Pierre Jacques qui après s'être égaré dans la fabrication de l'or avec Pierre Antoine PERNETTI bénédictin convertit aux sciences arbitraires et hermétiques qui n'ont démontré, passa son doctorat de médecine en 1761 et fut nommé préparateur et démonstrateur royal de chimie à la Faculté de Montpellier.

1765 - La Grande Loge des Maîtres Réguliers de Lyon était constituée de Quarante Neuf Maîtres réguliers y compris des députés de cercle, elle avait des correspondances dans toutes les loges régulières de France et s'agrégea des filiales de 1765 jusqu' en 1767, à savoir la Sagesse, les Amis choisis, Saint Jean de la Gloire, le Parfait Silence. Jean Baptiste WILLERMOZ en fut le Vénérable Maître pendant 2 ans et il devint ensuite son Garde des Sceaux et son Archiviste.

La fonction était commode pour satisfaire sa curiosité ardente pour tout ce qui pouvait lui apporter enfin le vrai secret de l'Ordre. La grande loge de Lyon reconnaissait officiellement 7 grades maçonniques : Apprenti, Compagnon, Maître, Maître Elu, Maître Parfait, Maître Ecossais et Chevalier d'Orient. Mais à cette époque, il était courant de recevoir de multiples grades et en 1762, plus de 25 grades sont répertoriés. Plus particulièrement, parmi les grades des Frères de Lyon se trouvent aussi ceux de Chevalier du soleil, de l'Aigle, du Pélican, de Saint André ou Maçon d'HEREDON. L'inspiration est alchimique et la pierre philosophale est le centre de toutes les recherches. Le grade suprême en 1761 de Lyon était justement celui de Chevalier de Saint André. Deux sections spéciales existaient au sein de la Grande Loge régulière de Lyon : la Grande Loge Ecossaise et la Souveraine Loge des Chevaliers d'Orient.

1766- Jean Baptiste WILLERMOZ était obligé pour ses affaires de faire un voyage à Paris tous les ans et cela lui permettait de se rapprocher des loges parisiennes. La Grande Loge de France était dans un gâchis parfait. Le Comte de CLERMONT n'était en réalité qu'un directeur indolent, ses substituts menaient les affaires à leur gré. Il se formait des parties, des intrigues. Malgré cela, elle tenta de restreindre la prolifération des hauts grades, en 1766 elle imagina une série de règlements pour la Maçonnerie régulière. Ces prétentions adressées à toutes les grandes loges provinciales, la Grande Loge de Lyon des Maîtres Réguliers se fâcha. Ils entendaient rester maître chez eux et ils firent signifier par l'Abbé ROZIER en 1766 leur rupture entière.

Commentaires : nous pouvons être surpris mais cette période révèle que la Franche Maçonnerie dont les loges militaires sont le point de départ en France, recensait surtout des nobles et c'est difficilement ouvert à la bourgeoisie sinon pour faire rentrer des cotisations. Et selon l'origine sociale, certains grades ou états n'étaient transmis qu'à la noblesse. Nous sommes loin de la volonté et manifestation divine où le symbole de la fraternité agissante n'est pas vraiment le cœur de cette maçonnerie.

Jean Baptiste WILLERMOZ perplexe devant ces situations, eu connaissance lors de son passage dans la capitale d'un nouveau système maçonnique. Ce fut BACON de la CHEVALERIE qui l'entretint de la société nouvelle. Il lui expliqua que son fondateur et Chef était Martinés de PASQUALLY qui habitait Bordeaux. Les grades y étaient au nombre de Dix (voir tableau comparé). Tiraillé par le désir de savoir, il fut reçu à VERSAILLES le 7 mai 1767 aux premiers grades des Chevaliers Maçons Elus Coëns de l'Univers jusqu'au grade de Commandeur d'Orient et d'Occident et malgré le faste déployé cette réception lui laissa un sentiment d'inachevé car il n'avait pas perçu les pouvoirs magiques du Maître MARTINES. Le Maître bien que méridional besogneux et vulgaire et presque illettré, possédait une connaissance superficielle des commentaires talmudiques de l'Ancien testament et des thèmes cabalistiques, quelques notions d'Hébreu mais ce qu'il savait, il le savait de tradition.

Commentaires : Nous savons désormais par la Charte Royale de mai 1738 que Charles Edward Stuart (1720-1738), dit le Jeune Prétendant, comte d'Albany, prince d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande donna au Père Martinés de notre Mystique âgé de 64 ans « Dom Martinés Pasqually de la Tour de la Case Ecuyer et gentilhomme d'Espagne » né à Alicante en 1671 et que son fils unique avait 28 ans.

Sur les déclarations imaginaires d'une origine juive convertie en marrane, il est intéressant de lire l'histoire de l'Espagne à cette époque. Le Père Pasqually ne pouvait pas être d'origine juive en étant né à Alicante en 1671 puisque l'extrait ci-dessous nous démontre cette impossibilité.

« Rendu public le 29 avril 1492, le décret ordonne l'expulsion définitive avant le 31 juillet 1492 des Juifs refusant le baptême, tous âges et catégories sociales confondus et ne leur permet d'emporter qu'une infime partie de leur patrimoine. Isabelle, encouragée par son confesseur Tomas de Torquemada, table sur une conversion massive de Juifs profondément attachés à leur patrie. Bien que ses plans soient partiellement couronnés de succès avec la conversion d'un grand nombre de Juifs dont celles d'Abraham Senior et d'autres notables menées en grande pompe, la majorité des Juifs choisissent l'exil ».

Quel que soit l'origine familiale, la conversion par le Baptême purifie l'être du patrimoine reçu et cent soixante-dix-neuf ans plus tard, le Père Pasqually ne peut être que Catholique ayant été baptisé pour être adoubé par un prétendant d'Angleterre.

Jacques de LYORON « Joachim de la Tour de la Case Martinés de Pasqually » reprenant le patronyme de son père espagnol est né à Grenoble en 1710 (1738-28) de Madame Suzanne DUMAS de RAINAU et il mourut à Saint Domingue le mardi 20 septembre 1774.

Et son acte de mariage dans les archives de Bordeaux confirment qu'il a épousé une pieuse catholique et son certificat de baptême confirme sa situation catholique en date du 29 avril 1772 lors de son départ pour Saint Domingue. Il finit par s'établir à Bordeaux, où il épousa le 28 avril 1772 la nièce d'un ancien Major d'un régiment de Foix du nom de Mademoiselle Marguerite de Collas.

Avant tout, il nous faut prendre en compte que de 1738 à 1758, 20 années se sont passées où le nom de Pasqually n'apparait plus nulle part. Dans une lettre du 2 septembre 1768, il fait mention que depuis 10 ans, les Frères d'Aubenton, Commissaires de la Marine Royale sont ses adeptes.

Parcourant mystérieusement le sud de la France en propageant sa doctrine, il recueillit des Francs Maçons des loges de Marseille, Avignon, Montpellier, Narbonne, Foix, Toulouse.

Dans son voyage dans le sud de la France, il va fonder en 1755, le Chapitre « Des Juges Ecossais », à Foix, la loge « Josué » lui réserve un accueil intéressé et il fonda un Chapitre « Le Temple Cohen ». Il se fait Affilié en 1761 par le parrainage du Comte de Maillial d'Alzac, Marquis de Lescourt auprès de la loge de Bordeaux « La Française ». Il y construit son Temple Personnel et cette loge devient « La Française Elue Ecossaise » dissoute en 1766. Pendant cette période, Martinés avait un secrétaire du nom du PèreBULLET, aumônier du Régiment de Foix. A noter qu'il portait déjà le titre de Souverain Juge au sein de l'Ordre des Cohen. Se rendant à Paris en 1764, il est hébergé par les Augustins, quai de Seine et il se met en rapport avec de grands Maçons de l'époque, Bacon de la Chevalerie, de Lusignan, de Loos, de Grainville qui seront ses colporteurs vers l'extérieur. Avec leurs concours, il constitue son 1er Tribunal Souverain le 21 mars 1767 à Versailles et il nomme Bacon de la Chevalerie comme son 1er Substitut.

1768 - Dans cette période d'expansion, des officiers du régiment de FOIX tels que BALZAC, CHAMPOLLON, GRAINVILLE, s'étaient fait initier à la société nouvelle. Ce régiment fut une vraie pépinière et il y recruta Louis Claude de Saint Martin. La carrière du Franc Maçon COHEN est divisée en trois étapes. La première comprend les grades symboliques maçonniques que sont : Apprenti, Compagnon, Maître, auquel s'ajoutent ensuite les grades COHEN que sont : Apprenti Cohen, Compagnon Cohen, Maître Elu Cohen, Grand Architecte, Chevalier d'Orient, Apprenti Réaux Croix et le sublime grade de Réaux-Croix ce qui fait 10 états au total. Ce dernier grade n'étant donné qu'à un cercle restreint capable de comprendre la doctrine de MARTINES. Un peu comme celui de Profès et Grand Profès dans la Maçonnerie Rectifiée qui sera construit par WILLERMOZ sur le modèle du R+C.

Commentaires : Il serait trop long de rentrer dans le détail de la profession de MARTINES, mais la théosophie théurgique qu'il développe dans sa méthode prétendait pouvoir permettre à l'homme de retrouver l'état de gloire sur lequel l'homme a été créé. Grâce à l'humilité des formules pendant les équinoxes, le Réaux-Croix peut redevenir « homme Dieu créé à la ressemblance de Dieu » et Dieu les inscrira sur le registre des sciences qu'il ouvre aux hommes de désir. Mais ce sujet est trop complexe pour le développer simplement ici et nous y revenons plus loin.

MARTINES écrivait régulièrement à WILLERMOZ afin de lui révéler ses enseignements et ne pas laisser tomber la flamme de son élève. WILLERMOZ dont sa volonté était pur et son désir très vif d'avancement spirituel hésita presque un 1 an avant de répondre. BACON de la CHEVALERIE Substitut Universel décida de recevoir Jean Baptiste WILLERMOZ Apprenti Réaux-Croix.

Le 7 mai 1768 MARTINES accorda sa permission de principe accompagnée de quelques réserves. Il considérait que cette réception était prématurée et surtout il donna beaucoup de précisons afin que cette cérémonie se passe au mieux. Vu la complexité de l'ordination de Réaux-Croix, je ne détaillerais pas celle-ci dans ce document. Ce que je peux en dire c'est que cette réception passe par une magie cérémonielle à laquelle on se prépare par l'abstinence et une rigoureuse discipline intérieure. Les opérations se font pendant les équinoxes du printemps et de l'automne, les nuits de lune croissante et dures plusieurs jours.

Commentaires : Les opérations cohen pourraient faire penser que nous sommes très loin des recherches morales ou matérielles que l'on trouvait dans la Maçonnerie de l'époque, mais Jean Baptiste WILLERMOZ considérait bien qu'étant profondément croyant et catholique que le pouvoir surnaturel auquel MARTINES le conviait ressemblait aux hypostases que reconnaissait l'église par ses Saints : clairvoyance, extase, miracle, chasser les démons et évoquer les anges. Et puis MARTINES se montrait très respectueux des valeurs chrétiennes, et la science des Coëns gardait un cadre proche des Rose-Croix et de la Franche Maçonnerie. Mais malheureusement, ces espoirs ne furent pas positifs, à l'équinoxe d'automne le 27, 28 et le 29 septembre 1768, il devait recevoir son ordination sympathique. En tant qu'Apprenti R+C il ne travaillait que le quart du cercle des opérations. Mais les éléments ne seront pas au rendez-vous et MARTINES informa WILLERMOZ qu'il devra patienter 6 équinoxes, c'est-à-dire trois ans pour être complètement promu Réaux-Croix.

1769 - Jean Baptiste WILLERMOZ vint à Paris au printemps, il avait beaucoup de renseignements et de conseils à demander au Substitut Universel et au Marquis de LUSIGNAN. Selon la lettre qu'il écrivit de Paris à PASQUALLY le 29 avril 1769, ayant connaissance des inconséquences de MARTINES, il exposa en des termes très sévères, toute l'étendue de sa désillusion. Le Maître lui conseilla de se rapprocher de M. de GRAINVILLE et celui-ci ne fit que confirmer que si les pouvoirs de MARTINES n'étaient pas contestés, sa capacité à développer l'ordre semblait impossible.

1770 - Cette année là, les opérations d'équinoxe furent encore remises à plus tard. Dans les opérations plus simples, Jean Baptiste WILLERMOZ n'obtenait aucun résultat. Il souhaita que le Maître vienne à Bordeaux pour en discuter avec lui, de le faire participer à un colloque, mais celui-ci se dérobait en prétextant la maladie de sa femme au printemps 1770. Devant cette dérobade, BACON de la CHEVALERIE, LUSIGNAN et WILLERMOZ organisent une réunion à Paris afin de mettre au point un plan sérieux de réforme de l'Ordre et ils rédigent en commun une lettre à MARTINES. Celui-ci laissa passer du temps et il répondit aux conditions posées par le désir très net de ne pas s'en laisser poser tout en évitant d'exaspérer ses élèves. Pris au piège, le Maître décida cependant de conserver les principes qui lui convenaient le mieux et affirma à ses élèves que le secret de la « Chose » que ses disciples lui réclamaient résidait exclusivement en eux. Pour former un Réaux-Croix, comme il l'avait écrit à WILLERMOZ, il ne suffisait pas d'être un honnête homme, il fallait surtout avoir des dons personnels et capables de saisir les manifestations surnaturelles. Il confirma d'ailleurs qu'un noviciat de 7 ans était nécessaire pour avancer dans les sciences naturelles. Pour calmer le jeu, il informa ses disciples qu'il était en train de rédiger un ouvrage conséquent et qui apporterait aux Réaux-Croix un outil pédagogique et initiant sur la vérité de la doctrine du Maître. Il en dévoila le titre alléchant : « La Réintégration et la réconciliation de tout être spirituel créé avec ses premières vertus force et puissance dans la jouissance personnelle dont tout être jouira distinctement en la présence du créateur ». Malgré cette promesse, WILLERMOZ n'était pas satisfait et on peut constater que malgré son désir de découvrir ce fameux secret, il n'était pas prêt à toutes les concessions.

Commentaires : il faut savoir que des hommes comme MARTINES de PASQUALLY n'étant pas de noblesse, n'ayant pas de métier particulier sauf celle de l'armée pendant une période, donc il ne bénéficiait pas de fortune personnelle. La science de l'esprit devait leur permettre d'obtenir des revenus conséquents et lui permettre d'en vivre.

Les autres Réaux-Croix que sont BACON de la CHEVALERIE, LUSIGNAN, de GRAINVILLE et Louis Claude de SAINT MARTIN continuent de croire au monde spirituel ou PASQUALLY les a introduit. Alors que WILLERMOZ n'en avait pas encore vu les bienfaits malgré tous ces efforts. MARTINES pris un secrétaire particulier pour rédiger les rituels en la personne de l'abbé FOURNIER et fin 1770, plusieurs instructions et rituels sont prêts surtout pour les opérations d'équinoxe. Un autre secrétaire bénévole vint renforcer le Grand Souverain des Coëns dans ses travaux en la personne de ST MARTIN qui avait abandonné la carrière de l'armée. Il essaya de mettre de l'ordre dans les papiers de MARTINES pour répondre aux demandes incessantes de WILLERMOZ.

1771 - Le 2 mai 1771, WILLERMOZ n'a pas le cérémoniel d'ordination des Réaux-Croix, ce qui est plus grave pour un Maître de Loge, c'est qu'il n'a pas non plus les premiers grades dits bleus, l'Elu et les trois Coëns lui font également défaut.

Tous ces manques mettaient mal à l'aise WILLERMOZ qui devait transmettre à ses Frères lyonnais la fibre spirituelle dans laquelle il s'était lancé. Il essaya de rencontrer de nouveau PASQUALLY en avril 1771 mais celui-ci ne fera rien pour faciliter la rencontre. On ne sait pas si le résultat de cet entretien fut convaincant pour WILLERMOZ, jusqu'à son Frère docteur qui lui écrivait : « La croyance ne se donne pas par l'envie d'y croire expliquait-il, cependant je ferais ce que je pourrais pour y parvenir et je tiendrais tous les engagements que tu prendras pour moi ». En dépit de tout cela, le pouvoir de séduction du mage bordelais eu encore une fois gain de cause. WILLERMOZ se décida à rester Réaux-Croix pratiquant non satisfait. Il recruta pour l'Ordre un de ses amis en la personne de l'abbé ROZIER, franc maçon expérimenté, naturaliste distingué. Le concept de MARTINES le séduira et il passa de longues heures en compagnie du Maître pour être témoin de phénomènes extraordinaires. Tout flatté de l'intérêt que lui portait ROZIER, le Maître se tint sur la réserve; lui fit marquer le pas en le laissant au grade de Coëns. PASQUALLY se méfiait des Prêtres et cette méfiance était aussi pratiquée par GRAINVILLE et ST MARTIN. Mais WILLERMOZ supporta tous ces revers et St MARTIN devint un correspondant avisé, en lui envoyant les cahiers des grades, instructions pour les cérémonies, pour les réceptions, pour les ordinations que les lyonnais ne savaient pas encore exécuter correctement. Ainsi St MARTIN, FOURNIE, GRAINVILLE apportaient à WILLERMOZ la possibilité d'entrevoir la lumière, sinon par illumination surnaturelle, du moins dans les envois de l'Orient de Bordeaux. La doctrine se dégageait de mieux en mieux de ses pratiques cérémonielles pour devenir une théosophie hardie. La première partie du Traité de la Réintégration était écrite.

Commentaires : Selon MARTINES, la chute originelle a été générale. La révolte des êtres spirituels a précédé celle de l'homme. Dieu avait créé ceux-ci pour célébrer sa gloire, mais les ayant émanés de lui, ils les avaient fait distincts et libres et les avaient placés dans un premier cercle. Cette contemplation ne leur ayant pas suffi à tous, ni le soin des causes secondes, puissances, vertus, opérations qui leur étaient dévolus, certains voulurent égaler DIEU par leur volonté criminelle. En punition DIEU créa l'univers pour être leur prison, lieu fixe où ces esprits pervers avaient à agir, à exercer en privation de toute malice. L'univers crée, DIEU émana un être qui en devait être le gardien et le maître ; l'homme. Venu après les premiers esprits, il leur était pourtant supérieur de par la volonté divine qui l'avait créé son émule, homme -Dieu et Réaux-Croix véritable. Il était le maître de l'univers et de ses trois parties : l'univers, la terre, le particulier. Le particulier comprenant tous les esprits terrestres et célestes, l'homme primitif était donc le maître des bons comme des mauvais anges. L'homme aussi était libre et fut grisé de sa puissance. Son choix le porta à entrer dans le plan démoniaque, au lieu de suivre le plan divin. Son esprit enfanta le mal : Il essaya d'égaler DIEU. Sa prévarication répète celle des être spirituels. Le résultat de son opération criminelle fut une forme matérielle, qui ressemblait à sa propre forme glorieuse mais avec le défaut d'être passive et sujette à la corruption. ADAM avait par son orgueil opéré la création de sa propre prison. La punition ne se fit pas attendre. DIEU le transmua dans cette enveloppe impure qu'il avait créée et ainsi, au lieu de pouvoir avoir une postérité spirituelle, en associant sa volonté à celle du créateur, il n'eut qu'une postérité d'homme impur et passif. Il fut précipité du paradis terrestre, couche glorieuse qui était son domaine, sur la terre qu'il dominait autrefois, pour y habiter comme le reste des animaux. Telle est la façon dont MARTINES considère la chute du monde et de l'homme.

La religion selon MARTINES ce moyen de réconciliation doit donc nous mettre en mesure de communiquer avec les esprits purs et de dominer les esprits impurs, afin de nous tenir le plus près possible du créateur. Il y a donc dans la théosophie de MARTINES toute une série de réconciliation dont les sacrifices furent acceptés par le Seigneur, pour effectuer le salut du genre humain. Abel, Enoch, Noé, Isaac, Moïse surtout, ensuite Salomon, sont les vrais types de ces sages « mineurs spirituels ».

PASQUALLY écrit que l'avènement du Christ est le point culminant de ces réconciliations successives et que sa religion est supérieure à toutes les autres. Le malheur veut que les hébreux aient par des apostasies répétées, perdu le sens vrai du sacerdoce et que les prêtres chrétiens, tout comme les prêtres israélites, soient en train de faire de même et d'oublier la religion de «l'être régénérateur universel ».

Jean Baptiste WILLERMOZ ne s'en détachera jamais. Il avait espéré en cette révélation avant de la connaitre. Certes pour une part modeste, il contribua à la faire naître en insistant pour recevoir écrites, codifiées, transformées en corps de doctrine, les vaticinations de Don MARTINES de PASQUALLY de la TOUR de la CASE.

A suivre quelques éditions du Tableau Universel produit par Louis Claude de Saint Martin dit le Philosophe Inconnu et qui permet de visualiser la Chute et la Réintégration humaine et divine dans la Jérusalem Céleste.

1772 - Au mois de mai 1772, parvint à Lyon une lettre officielle de l'Orient de Bordeaux. Elle annonçait l'ordination de deux nouveaux Réaux-Croix que sont Louis Claude de SAINT MARTIN et de SERRE, investis de la confiance du Maître et gratifiés d'un pouvoir opératoire complet. Sur la deuxième partie de la lettre, on annonçait que le Maître devait partir pour Saint Domingue pour réclamer un héritage. Il s'embarqua le 5 mai 1772. BACON de la CHEVALERIE ayant reçu délégation des pouvoirs de MARTINES, il finalisa l'ordination supérieure de 5 Réaux-Croix : SAINT MARTIN, WILLERMOZ, de SERRE, d'HAUTERIVE, et LUSIGNAN. JEAN BAPTISTE WILLERMOZ n'avait d'autres délassements que la Maçonnerie. Il ne jouissait d'aucune consolation philosophique ou surnaturelle. Sa disgrâce le privant de toute importance chez les Coëns, il demeurait incertain même d'être un « mineur spirituel ». Chef de Loge sans expérience théurgique et sans pouvoir, le Réaux-Croix lyonnais était comme l'écrivait MARTINES en avril 1774, en regard de la Chose, le dernier. WILLERMOZ s'était repris d'intérêt pour la Franche Maçonnerie Régulière. Il ne faut pas oublier que de tous ses Frères, WILLERMOZ en tête s'était attaché à ce nouvel ordre pour réformer la Maçonnerie Française qui était éparpillée dans ses doctrines, dans ses grades et dans ses fonctionnements. Le 5 avril 1772, le Duc de Chartres, Louis Philippe d'Orléans cousin du Roi, accepte sa nomination comme Grand Maître. Il envoi dans les provinces une circulaire pour y retrouver l'autorité que la Grande Loge du Comte de CLERMONT avait essayé d'exercer. Ce fut une forme de résurrection pour les Frères lyonnais et la question est posée de savoir si Lyon va s'agréger à cette nouvelle Grand Loge. Les lyonnais envoient un mémoire avec les attentes et les griefs pour être présenté aux réunions de décembre 1772 afin d'unifier les codes, les grades, les instructions etc. Sous l'impulsion du Duc du Luxembourg accesseur du Grand Maître que fut transformée la Grande loge nationale en Grand Orient, son nouveau titre. Sous ce nouveau souffle, WILLERMOZ repris de l'activité sur la région lyonnaise et œuvra pour réformer localement. Sa préoccupation de trouver la meilleure maçonnerie est si vive que certainement il devait se sentir inquiet de revenir avec ses amis au sein de la société lyonnaise dont il avait blâmé le peu de sérieux, la frivolité, le vide. La concertation avec les autres loges provinciales permis d'obtenir une réponse aux questions posées par les Lyonnais. Le 18 décembre 1772, les loges suivantes ont répondu : Union parfaite de la Rochelle,, Saint Jean d'Ecosse de Marseille, Saint Jean d'Ecosse et Etroite Observance d'Aix en Provence, Saint Jean d'Ecosse de Toulouse, Deux réunies et Bonne Foi de Montauban, Sagesse de Valence, Parfaite Union et Parfaite Vérité de Carcassonne, Sincérité de Besançon autant de soutien que WILLERMOZ a fait réagir. Aussi se jette-t-il plein d'espoir suite aux correspondances des Frères strasbourgeois et il découvre que la loge la CANDEUR s'était rattachée en adhérent à une réforme allemande qui représentait le nec plus ultra de la Franche Maçonnerie. Deux cent loges du nord de l'Allemagne s'étaient mises sous cette bannière. Bien qu'échaudé à plusieurs reprises, WILLERMOZ à 42 ans s'est précipité dans cette nouvelle voie et dès le 14 décembre il demanda à s'y affilier.

WILLERMOZ écrit au baron de HUND et des échanges de lettre avec la loge de METZ s'établissent et la Vertu l'avait mis au printemps 1761 sur la piste d'un Mystère à éclaircir. Il obtint de MEUNIER PRECOURT ancien Vénérable Maître de la Loge de METZ, le catéchisme du grade de « Grand Inspecteur, Grand Elu » avec des explications que peu de personnes possèdent. Ses révélations viennent se confirmer à l'été par une lettre démontrant que les Francs Maçons sont les descendants des Chevaliers du Temple et plus particulièrement ceux qui connaissent le Grand Œuvre. L'histoire des Templiers et de Jacques de MOLAY leur Grand Maître venait de se manifester à WILLERMOZ. Il fut très intéressé par les précisions de son correspondant. Bien que peu connu en France, ce rite était très connu en Allemagne. MEUNIER de PRECOURT connaissait cette source et il cita les Chevaliers Teutoniques, les Rose Croix Allemands comme ayant été les intermédiaires entre l'Ordre du Temple et la Franc Maçonnerie. Depuis la seconde moitié du 18ème siècle, les occultistes espéraient trouver chez les Maçons quelques initiés portant des secrets inconnus et à partir de 1760, le grade de Rose Croix apparait dans les hauts grades du rite français.

1773- le Baron HUND lui fit répondre que le 18 mars 1773 par le baron WEILER.

Cette réponse partait du principe que WEILER n'avait pas très bien compris le sens de la longue lettre de WILLERMOZ, et il réclama la liste des Frères intéressés par cette affiliation pour faire une nouvelle loge. Les Frères lyonnais comprirent dans la réponse que cet ordre nouveau allemand voulait rétablir l'Ordre du Temple de Jacques de MOLAY, divisé en 9 provinces dont Lyon serait la 9ème sous le titre de province d'Auvergne. WILLERMOZ dut à partir de cette réponse convaincre les Frères les plus importants de la nécessité de s'affilier à cet ordre allemand. Il sut les convaincre (Prost de Royer, Boyer de Rouquet, Pagannuci) et obtenir leur accord le 21 juin 1973. Malgré certaines informations contradictoires sur la Grande Loge Allemande, WILLERMOZ avait trop envie de croire en l'excellence de la réforme de DRESDE, trop besoin d'espérer d'elle un complément d'organisation et peut être de sciences secrètes pour qu'il ne fût prêt à accepter toutes les explications et à les faire admettre à ses amis encore réticent. WILLERMOZ voulait jouer sur les deux tableaux en restant pour les grades symboliques au Grand Orient et s'affilier à la loge allemande pour les hauts grades. Il s'appliqua à cette contradiction jusqu'en 1774 mais cela ne fonctionna pas et la Stricte Observance Templière ne pouvait le concevoir. En 1773, il y avait environ 80 loges rectifiées, dont une trentaine comprenait des chapitres de chevaliers. Malgré cela, la SOT montrait des signes de décadence et le Baron HUND avait monté son ordre sur une mystification. Il avait prétendu que le secret mystérieux de cet ordre lui avait été révélé à Paris par des dignitaires qui devaient rester inconnus et que c'était ses Supérieurs Inconnus qui étaient les maîtres des destinées de la Stricte Observance. Au convent de KOHLO le 24 juin 1772, les Frères allemands se réunirent et ils décidèrent d'enlever toute autorité au Baron de HUND et de nommer à sa place Ferdinand de BRUNSWICK, Eques a Victoria comme Supérieur et on changea même le nom de l'ordre en » Loges Ecossaises Réunies ».

Commentaires : à la lecture de ses épisodes à histoire multiple, au changement de chef, à la tergiversation sur les origines de la doctrine enseignée, on peut s'étonner et se poser beaucoup de questions sur le sérieux des Frères de l'époque qui suivaient tel noble, tel illuminé, tel aventurier, sans contrôler la véracité de sa source ou de sa doctrine au bénéfice que s'il avait su enrôler quelques nobles ou frères déjà connus, la réussite du projet avait de grandes chances de perdurer. On ne peut que s'étonner voir être stupéfait que la tradition maçonnique servait de faire valoir à un grand nombre d'imposteurs qui arrivaient à prospérer.

1774 - il est vrai que trente cinq ans après cette date, et retrouvé depuis dans les protocoles du Chapitre Ecossais de Lyon, JEAN BAPTISTE WILLERMOZ écrivait aux Frères de la Triple Union de Marseille que l'adhésion à la réforme allemande ne se fit pas aisément, qu'il passa de long moment de réflexion avec les Frères lyonnais, qu'il lui aura fallut deux ans d'effort pour obtenir la permission d'associer tout un groupe de « bons Frères » à son initiation personnelle.

Mais en réalité, il reconnait qu'il a négocié seul cette affiliation pour ses Frères à leur insu, et ce fut ensuite lorsque tout fut terminé qu'il informait ses amis de ce qu'il avait fait pour eux et je les comblais de joie (sic).

Jean Baptiste WILLERMOZ tout en restant affilié au Grand Orient, tout en ayant affilié ses frères lyonnais et lui-même à la Stricte Observance Templière, continuait de travailler comme Réaux-Croix, s'occupant activement des Elus Coëns de Lyon et l'organisation du Temple des Philosophes Elus Coens de la région. On peut constater son éclectisme et sa grande capacité à s'engager sur plusieurs fronts et doctrines en même temps. Très attaché à sa famille, il accueillit Madame PROVENSAL sa sœur veuve en 1769 avec un fils à élever. Cette femme très pieuse apporta un réconfort à WILLERMOZ et lui tient sa maison. Elle était fort attirée par la voie mystique et très croyante, WILLERMOZ décida de la recevoir dans l'ordre Coëns malgré l'avis éloigné et négatif de MARTINES. Mme PROVENSAL fut régulièrement admise avec un accord de sympathie de MARTINES de l'autre coté de l'atlantique et un cérémonial spécifique pour le sexe faible devait être rédigé. Mais le Maître tardant à envoyer cette instruction, WILLERMOZ décida de s'en passer et suivant les conseils de SAINT MARTIN de BORDEAUX, il ordonna sa sœur.

Cet acte donna l'occasion à SAINT MARTIN de se rapprocher de WILLERMOZ et celui-ci demanda à ce qu'il vienne enseigner l'instruction aux Frères Lyonnais.

Partis de Tours en aout, il arriva le 10 septembre à Lyon. Ce rapprochement fait que SAINT MARTIN demanda à WILLERMOZ de l'héberger ce qu'il accepta et une amitié très forte se noua entre les deux hommes. Ils purent travailler ensemble sur les exercices de Réaux-Croix et la maternelle attitude de Madame PROVENSAL augmenta les liens qui les unirent. Mais malgré tous leurs efforts, les grâces surnaturelles provoquées à l'équinoxe d'automne ne furent pas accordées à leurs opérations communes et SAINT MARTIN lui-même généralement favorisé, éprouva en compagnie de son ami un repoussement très marqué dans l'ordre spirituel. Le bénéfice de ce séjour fut plus intellectuel que surnaturel.

Commentaires : Lorsque l'on y réfléchit et que l'on regarde avec attention les différentes manifestations que les équinoxes doivent provoquer dans les opérations coëns dites « théurgiques », on constate que BACON de la CHEVALERIE, LUSIGNAN, HAUTERIVE, SAINT MARTIN se félicitaient d'avoir pu constater certains phénomènes ou en tout cas ils en parlaient comme tel, alors que WILLERMOZ échouera tout au long de sa vie et cela explique peut être sa détermination à renouveler sans cesse ses opérations pour obtenir les mêmes phénomènes. Comme le disait d'ailleurs MARTINES, il ne suffit pas d'être un homme honnête pour réussir ces opérations, il fallait ressentir autre chose.

A la lecture de ce constat, on peut se demander si WILLERMOZ avait bien les qualités requises et que si son parcours ou sa carrière maçonnique confirme qu'il avait de formidables qualités d'organisation, une autorité naturelle sur ces Frères en rapport aussi avec ses qualités humaines, sa capacité à rassembler, sa capacité humanitaire avec le rôle joué dans les hospices de Lyon mais que tout cela ne faisait pas de lui un visionnaire ni un mineur spirituel selon l'Ordre de MELCHISEDECH. (Référence : Epitre aux Hébreux)

En juillet 1774, le baron WEILER vint à Lyon pour rectifier tous les Frères lyonnais selon le rite allemand. Le Commissaire et visiteur spécial dit « Chevalier de l'Epi d'Or » se présentait comme l'envoyé spécial de l'Ordre. On pouvait penser que des Maçons aussi instruits, la cérémonie serait rapide. L'ordination en Chevalier Templier ne fut pas simple, l'initiation fut longue, et il fallut pendant le 1er mois près de 17 séances. Le 23 juillet, tous reçurent leur nom d'ordre en latin, leur devise.

Jean Baptiste WILLERMOZ fut reçu BAPTISTA AB EREMO pour nom d'ordre, son blason représentait « un Hermite avec la lance sur l'épaule en champ d'azur » et pour devise «vox in déserto» et l'inscription «verba ligant ».Les Frères avaient autant besoin de s'initier que de se représenter appartenir à un ordre structuré : L'Auvergne 2ème province de l'Ordre comprenait 24 districts : la Picardie, La Normandie, la Bretagne, l'Ile de France, la Champagne, le Blésois, la Touraine, l'Anjou, le Maine, le Berry, le Nivernais, le Bourbonnais, l'Auvergne, le Lyonnais, le Forez, le Beaujolais, les Dombes, le Viennois, le Dauphinois,, le Comtat Venaissin, la principauté d'Orange, la Savoie, le Comté de Nice, la Principauté de Monaco, territoire immense où devait prospérer autant de Grandes Loges Ecossaises.

Les Chefs de ses grandes loges, les Maîtres et les officiers n'étaient pas élus au suffrage universel, à cette époque ils étaient nommés à vie. WILLERMOZ toujours dans le souci de rester en arrière, refusa toute charge de 1er rang et inscrivit son nom comme Chancelier en 5ème rang. Le 10 août BAPTISTA AB EREMO prononça son engagement de Chancelier et Archiviste à genoux devant le Frère Augustus a Spica Auréa(WEILER) et ensuite le 11 et 13 août, il fut reçu dans la Grande Profession avec un certain nombre d'autres Frères. Seul BACON de la CHEVALERIE à cause de ses fonctions au Grand Orient, fut SOCIUS. (cette pratique est toujours en vigueur de nos jours).

A cet époque, les grades et degrés étaient composés de 8 niveaux : Apprenti, Compagnon, Maître pour la classe symbolique, Ecossais Rouge et Chevalier de l'Aigle Rose-Croix pour la 2ème catégorie qui se voulait intermédiaire et d'attente, et la troisième partie dit Ordre Intérieur où se transmettait des dignités cachées et les secrets de l'Ordre, et il comptait l'Ecossais Vert, le Noviciat d'Ecuyer et de Chevalier.

1775- WEILER mourut le 19 novembre 1775 et Charles de HUND resta le seul allemand avec lequel WILLERMOZ correspond mais il mourut quelque temps après. Les Templiers lyonnais enterraient aussi ce jour là toutes les illusions et le respect qu'ils avaient porté au temple de la Stricte Observance Templière. Mais WILLERMOZ toujours quémandeur reçu grâce au baron de DURKHEIM, Frater ab Arcu, Ministre de la cour ducale de SAXE des premières informations sérieuses.

Commentaires : cette synthèse des périodes fortes de la vie maçonnique et initiatique de WILLERMOZ ne peut reprendre en totalité les avatars que la maçonnerie française ou la maçonnerie réformée allemande de cette période mouvementée lui faisait subir. On peut considérer que la maçonnerie était devenue un enjeu politique d'un pays à l'autre et c'était un moyen de galvaniser les nobles et leur désir de conquête. Je n'ai pas voulu en faire le détail car cela n'a aucun intérêt sémantique. De 1776 à 1778, WILLERMOZ avait compris le désarroi qui régnait au sein de la Stricte Observance Templière, incapable de trouver la source qui accréditait le trésor des Templiers et donc par voie de conséquences, les Chapitres allemands doutaient de l'authenticité de leur système et de la réalité de leurs connaissances secrètes. Ferdinand de BRUNSWICK réunissait convent sur convent afin de trouver la doctrine et la cohésion qui faisait défaut à l'ordre.

1777- Le 1er mars 1777 le Grand Maître a Victoria fit conseiller aux Lyonnais de réunir les trois provinces françaises en convent national pour élire leurs Grands Maîtres afin de pouvoir participer ensuite aux convents généraux de l'Ordre tout entier. L'ardeur réformatrice de WILLERMOZ n'avait pas besoin d'être stimulée, et des échanges productifs se mirent en place. Le protocole du 28 mars 1777 enregistre qu'on aura désormais quatre grades symboliques : Apprenti, Compagnon, Maître et Ecossais, et qu'ensuite on passe directement à l'ordre intérieur sans aucune autre distinction intermédiaire. Les Ecossais devenant les dirigeants des loges symboliques ; ils formeraient les conseils ou comité écossais et choisiraient les candidats.

1778- Mais comme d'habitude des désaccords font surface, des pouvoirs obtenus ou des titres adoubés par l'un ou l'autre de ces Grands dignitaires mit la zizanie entre les Provinces de France et les trois Provinces demandèrent qu'un Convent soit organisé à Lyon pour aplanir tous ces problèmes. Le 28 août 1778 dans une séance bien remplie, il est décidé suite à la demande venue de l'Orient de Strasbourg et dont l'idée avait germé en Allemagne de programmer un Convent international en Octobre 1778. A la veille de la réunion des Directoires Ecossais en un convent appelé Convent des Gaules. WILLERMOZ se trouvait tout à fait dégouté de cette société, (cette information a été trouvée dans la lettre écrite par lui au Prince Charles de HESSE le 12 octobre 1781). Il s'était rendu compte que tous ces espoirs et son empressement de s'affilier à cette réforme allemande avait été une erreur et ne lui avait apporté aucune satisfaction spirituelle et initiatique. Certes, il cherchait dans la Maçonnerie les rares et mystérieux secrets dont il la croyait dépositaire, mais il voulait aussi par elle étendre son influence et devenir à huit clos, un personnage important. Il poursuivait un rêve de domination personnelle. Rétrospectivement il se fâcha d'ailleurs en 1775 avec Louis Claude de Saint Martin qui quitta le domicile du lyonnais et renonça aux avantages de l'hospitalité très appréciable sachant qu'il était sans fortune et privé de ressources.

L'ordre de PASQUALLY n'est pas à l'origine de ce profond différent mais cette société nouvelle dit Stricte Observance Templière auquel le Philosophe inconnu veut rester à l'écart. Toute autre occupation est secondaire, toute tutelle même généreuse est refusée : « Quand il s'agit de sa vie intérieure, aucune question de convenance, de reconnaissance n'a de valeur à ses yeux ». Cette conviction lui donnera raison, la Stricte Observance Templière malgré les convents et réformes suscitait de moins en moins d'intérêt et le zèle des Frères faiblissait. Le jeune Frère de WILLERMOZ Antoine exprimera ses craintes en tant que Maçon et Coën. Il avait confié souvent à Madame PROVENSAL l'étonnement qu'il éprouvait de constater que leur frère, qui connaissait « un chemin plus court » eut engagé ses disciples en des voies si peu sures. Quel besoin d'aller chercher ailleurs les connaissances sublimes que leur société particulière possède déjà ? Y a-t-il deux vérités possibles ? L'ainé des WILLERMOZ n'était pas très éloigné, à cette époque, de juger la Réforme avec autant de sévérité que son frère Antoine.

Un seul moyen s'offrait à WILLERMOZ celui de refondre complètement l'ordre.

Ainsi deviendrait-il la main secourable qui la mènerait à son vrai but.

Les lumières en question était celles qui lui venait de PASQUALLY, elles devaient paraître à WILLERMOZ tellement précieuses que ces années où il dépensa tant de temps et d'énergie pour propager en France la SOT, sont aussi celles où il étudia le plus sérieusement la doctrine Coëns et comprit enfin les fondements de la théurgie originale. Le Réaux-Croix accomplissait régulièrement ses devoirs de prières, de méditations et d'opérations magiques. Un petit livre rouge broché d'argent, composé après la mort de PASQUALLY et qui contient l'office des prières, de six en six heures des Elus Coëns de l'Univers, est usé à force de lui avoir servi. Les lyonnais durent étudier les redoutables problèmes de la nature de Dieu, selon les conceptions de PASQUALLY. Elles s'accordaient assez mal avec ce que l'Eglise enseigne de la Trinité, puisqu'elles considèrent le Père, le Fils et le Saint Esprit non comme trois personnes mais comme trois facultés de l'Etre Créateur. Ce n'est pas par trois, mais par quatre qu'ils divisaient l'essence même de DIEU. Selon eux, Dieu est trinitaire par ses facultés et quadruple par sa nature. Quatre essences ou puissances le constituent entièrement ; pensée, action, volonté, opération. L'univers créé reproduit cette même division avec l'immensité divine, sur céleste, céleste et terrestre.

L'homme lui-même, tel que Dieu l'a crée est aussi d'essence quaternaire, reflétant l'image de son créateur. Si nous entendons bien les termes employés, il parait évident que les disciples de MARTINES ne séparaient pas DIEU de son œuvre et que leur conception de la divinité se résolvait, en dernière analyse, dans un panthéisme curieusement précis et compliqué. L'œuvre divine comprenait le monde des esprits, le monde physique et la création de l'homme.

Commentaires : Si je devais résumer le système de PASQUALLY : Pensée, Volonté, Action : le tableau des trois facultés puissantes, innées dans le créateur, nous donne une idée du mystère incompréhensible de la Trinité : la Pensée donnée au Père ; le Verbe ou l'intention donnée au Fils ; et l'opération attribuée à l'Esprit. Comme la volonté suit la pensée, l'action est le résultat de la pensée et de la volonté. L'émanation quaternaire de l'homme provenant de la quadruple essence divine. Représentée par la pensée, la volonté, l'action, l'opération ; dont l'addition complète le nombre dénaire(10) ou la circonférence qui est l'emblème de la puissance éternelle et de la création universelle, et son centre invisible, qui représente l'unité invisible d'où tout provient et dans lequel tout sera réintégré. Distinction importante entre les êtres spirituels corporels, les êtres spirituels temporels, les êtres spirituels purs et simples. Ils établissent une classification très précise de ces êtres avec leurs rapports entre eux et ceux qu'ils avaient envers leur Créateur. Classification que MARTINES avait dessinée d'une façon imagée dans son tableau universel et sur lequel les instructions rapportent des commentaires plus ou moins clairs. Lorsqu'on lit avec attention les affirmations de MARTINES, on peut s'interroger si nous avons à faire à un illusionniste de la connaissance mystique où bien si son œuvre est d'une telle profondeur et orthodoxie, que l'enseignement des Eglises devient superficielle et ne présente que le noyau administratif du message de Dieu. On peut soutenir cette affirmation avec d'autant plus de force que tous ces Frères du siècle des lumières étaient en grande partie des catholiques très croyant et endoctrinés dès le plus jeune âge du mystère de la chrétienté. Dans toutes les sources mises à notre disposition, et surtout celle de celui qui nous intéresse à savoir WILLERMOZ, pieux catholique, croyant engagé auprès des actions de l'église, son attitude et sa réaction face à cette affirmation de PASQUALLY remet obligatoirement en cause non pas sa Foi ni sa Croyance envers DIEU mais intellectuellement la maison « Eglise » qui est censé le nourrir et entretenir sa FOI. On peut donc s'interroger légitimement sur son rapport avec le message catholique et sa dogmatique qui si elle était suffisamment claire et riche, si elle avait une valeur d'exemple comme le message du Christ l'a donné, pourquoi elle détourne d'elle les Hommes et les femmes qui ne trouvent pas les réponses dans le message de l'église déformée par rapport au message de Dieu par son fils Jésus Christ dans lequel il s'est incarné pour nous rappeler notre sacerdoce. Et on peut aussi légitimement ce poser la même question pour la Franche Maçonnerie traditionnelle qui bien que dévoyée aux yeux de l'église par les bulles papales, s'appuyait sur la liturgie catholique auquel elle a rajouté des légendes et des mythes comme celui de l'architecte HIRAM ABIF...

La réflexion reste posée et entière et plus j'avance dans ma relation avec DIEU plus je m'écarte des églises conditionnées par des hommes souvent impurs qui ont su profiter de la croyance et de la peur populaire pour s'octroyer des droits, des pouvoirs et des privilèges répétés sans ostentation depuis des siècles..On comprend bien que la rédemption ne peut être quantitative par le nombre mais seulement qualitative par le peu d'Elus qui sauront s'élever au plus près du Père pour que son attention soit attirée afin qu'il nous ouvre la porte de son jardin céleste. Amen...

Les thèses de MARTINES dans son traité de la Réintégration partaient du postulat que les êtres spirituels étaient coéternels avec le créateur et n'avaient d'autre existence et d'autre intelligence que celle de DIEU ; seule une libre volonté, dont ils avaient été doués au moment de leur émanation constituait leur personnalité. Le monde physique était une conséquence de la révolte des anges. PASQUALLY comblait une lacune de la Bible, enseignait que la matière, l'espace, le temps, étaient en somme la punition des pervers, la prison où DIEU les avait enfermés pour y limiter les effets de leur volonté révoltée. Rejoignant les thèses gnostiques, ces théories voyaient dans le mal l'origine de la matière.

Elles entraient dans toutes sortes de précisions au sujet de la hiérarchie des êtres qui constituent le monde physique : esprits planétaires majeurs et inférieurs, esprit de l'Axe Feu central dont dépendent les véhicules ou âmes passives, des animaux, des végétaux, des minéraux, destinés à l'entretien des formes. Cette classe inférieure des êtres spirituels corporels se distinguait surtout des autres parce que l'Etre Créateur ne leur avait pas donné de libre arbitre. Il ne s'agissait pas seulement d'assimiler la doctrine de PASQUALLY, mais aussi de la compléter. Le Traité de la Réintégration fort complet au sujet de la chute du monde, avait à peine ébauché ce qui faisait son principal objet c'est à dire pour l'homme : sa régénération(1) ou sa réédification(2) où sa réintégration(3) au plan divin.

Commentaires : Ces trois appellations sont souvent utilisées dans la textuelle des travaux maçonniques et très souvent également, des oppositions exégètes se font entre les uns et les autres souvent sous forme d'un corporatiste exacerbé ou d'une remise en cause de la Foi chrétienne que chacun porte. Voulant conserver la neutralité de l'auteur qui ne prédispose de rien mais seulement d'un regard consensuel sur les choses à traiter, j'ai écrit ci-dessous les définitions de chacun de ces mots ou expressions tels qu'elles sont codifiées dans le Larousse, dans le dictionnaire des lettrés ou dans l'encyclopédie universelle. En se référant au trois sources, j'apporte la garantie de bonne foi. Hors en chrétien que je suis et si je travaille à revenir dans le jardin du Père, seul l'appellation REINTEGRATION me convient et correspond à ma quête de mineur spirituel. Pour les deux autres, je ne risque pas de me faire ouvrir la porte de DIEU.

(1)La régénération est la faculté d'une entité vivante à se reconstituer après destruction d'une partie de cette entité.

(2)La réintégration est l'acte par lequel un élément qui avait été suspendu reprend sa place dans l'état où il était précédemment.

(3) la réédification est l'acte par lequel une entité se reconstruit après avoir été détruite.

ADAM a dont été réédifié ainsi que tous les hommes, ses descendants, par le CHRIST, mais la grâce de sa réédification a procuré sa réconciliation personnelle mais sa REINTEGRATION dans ses droits est retardée jusqu'à la purification universelle de sa prospérité. Le Créateur a voulu que le Prince de la cour démoniaque put réagir et gouverner par sa pensée mauvaise tout son empire et que cette triste similitude, fruit de leur crime fut conservée jusqu'à leur repentir la fit cesser. La science du mal ne peut cesser que par le repentir de ceux qui la professent et ils sont incapables de se repentir eux-mêmes, si ce sentiment ne leur est pas suggéré par le seul être qui en eut le pouvoir, qu'ils ont eu le malheur de séduire et d'entrainer avec eux. Si la miséricorde de DIEU veut opérer quelque chose en faveur des pervers, ce sera par la seule communication de l'Homme, c'est-à-dire la disparition du mal et la reconstitution de l'Univers selon le plan divin.

Les notes prises par WILLERMOZ limitent tout de même les ambitions de l'initié, en insinuant que pendant la vie terrestre, toute réconciliation et à plus forte raison toute réintégration, ne peut être qu'imparfaite. Le salut était affaire de discernement, il dépendait de trois colonnes : celle du midi qui est la faculté de choix, celle du nord, qui est la volonté courageuse, celle de l'Orient, l'humilité.

Les sept grades de l'Ordre étaient les sept degrés de purification qui menaient à l'état de mineur spirituel apte à se réintégrer. Les symboles et les thèses maçonniques surtout celui du Temple de SALOMON étaient expliquées à la lumière des doctrines de PASQUALLY. Toute autre forme de maçonnerie était proclamée Apocryphe. La purification corporelle et intellectuelle était transmise jusqu'au grade de Maître Elu, la purification spirituelle réservée aux degrés supérieurs, l'accès aux opérations théurgiques étaient réservées exclusivement à partir de l'état de Réaux-Croix.

Ce qui est particulier chez PASQUALLY est que son Traité de la Réintégration s'arrête à l'Exode, donnant MOISE comme le dernier des réconciliateurs étudiés, et on ne sait pas vraiment quel rôle il attribuait au CHRIST malgré bon nombre de vénération à son égard et qu'il a toujours prétendu être un bon chrétien.

La Maçonnerie apocryphe dérivée de l'Ordre appelle ses assemblées Loges et non Temples, ils se nomment Maçons et nous aujourd'hui pour nous distinguer nous nous disons Philosophes Elus Coëns, instruisait MARTINES.

Mais WILLERMOZ et ses Frères donnaient au CHRIST une place la plus importante afin d'appliquer au symbolisme les Evangiles dans le vocabulaire coëns. Pour eux, le CHRIST n'est pas seulement le dernier des réconciliateurs, c'est le DIEU fait homme, le seul rédempteur du monde. En se substituant à ADAM, son sacrifice dépasse celui d'Abel, d'Abraham, de Moise et de Salomon. C'est l'opération parfaite grâce à quoi l'homme a obtenu la faveur d'une seconde naissance spirituelle. Aussi attache-t-il une grande importance à l'Eucharistie, sacrement et sacrifice, qui continue dans l'Eglise le sacrifice du Calvaire.

PASQUALLY leur avait enseigné que le vrai culte cérémonial a été enseigné à Adam après sa chute par l'Ange réconciliateur, qu'il a opéré saintement par son fils Abel en sa présence, rétabli sous Enoch qui forma de nouveaux disciples, oublié ensuite par toute la terre, il a été restauré par Noé et ses enfants, renouvelé ensuite par Moise, David, Salomon et Zorobabel et enfin perfectionné par CHRIST, au milieu de ses douze Apôtres. Certes dans cette chaine, le Christianisme avait une place importante, mais la Franche Maçonnerie y avait aussi sa place avec d'autres croyances qui venaient de toute la tradition biblique. Les Coëns étaient persuadés que toutes les formes religieuses ne sont que les restes dégradés du vrai Culte de l'Eternel et qu'elles ont entre elles de secrètes correspondances. Les églises chrétiennes n'avaient pas mieux que les autres conservées la tradition qu'un DIEU était venu leur répéter. Les prêtres avaient perdus le sens du culte qu'ils célébraient. La légende maçonnique du grade de Maître trouvait ici sa chute et application : les Coëns avaient retrouvé la Parole perdue. WILLERMOZ se pénétra de l'idée que le secret du vrai culte avait été transmis d'âge en âge par quelques initiés. Il tenta des rapprochements significatifs entre le cérémoniel des sacrifices de l'ancien culte et le cérémonial institué par le CHRIST.

Il s'appuyait sur un fragment de Saint Basile de Césarée, d'une lettre écrite par le Pape Innocent I à l'Evêque DECENTIUS, parce que ces extraits lui semblaient prouver que le Christianisme primitif était un mystère que seuls connaissaient quelques initiés. Les Cohen se croyaient parfaitement autorisés à rechercher les analogies entre la religion chrétienne et la doctrine de PASQUALLY. Parmi les documents laissés par WILLERMOZ se trouve une instruction à suivre pendant l'élévation qui parait avoir été écrite par Louis Claude de Saint Martin. Elle associe intimement le triangle maçonnique, la mystique des noms divins, l'invocation au DIEU quaternaire, l'appel aux Esprits majeurs avec la dévotion au CHRIST, présent dans l'hostie consacrée. Voici le texte tel qui l'est : A l' instant où le Prêtre prend l'hostie pour la consacrer, on met les deux genoux à terre, on fait, avec le pouce de la main droite en équerre, une croix sur le cœur, sur la partie opposée et sur le haut de l'estomac, ce qui fait un triangle ; on fait une quatrième croix sur la bouche en disant trois fois : KADOZ.

Au moment de l'élévation, on dit : (1) conjuro vos, angeli, archangeli, cherubini et sépharini par les saints noms de DIEU, intercéder pour moi auprès du Créateur tout puissant... In quacumque die invocavero te, velociter exaudi me per Christum filium tuum. Amen.

(1)Traduction de l'invocation : je vous en conjure, les anges, les archanges, les chérubins, et les séraphins par les saints noms de DIEU, intercéder pour moi auprès du Créateur tout puissant, afin que dans la journée quand je l'appelle, il me réponde à bref délai par le Christ ton fils. Heureux sont les saints d'esprits car le royaume des cieux leur appartient. St Jean.

Cet éclectisme pourrait paraitre choquant pour un croyant non élevé s'il ne montrait pas surtout la profonde conviction de ces initiés et leur effort pour associer réciproquement leur religion traditionnelle et leur foi nouvelle (sic). Cette réflexion est trop complexe pour la dénaturer dans une caricature et il faut puiser dans le Traité de la Réintégration pour en connaitre toute la substance avant de tancer les travaux de ces Frères Lyonnais en général et de WILLERMOZ en particulier.

Commentaires : Ces Frères avaient appris sur la Foi de leur Maître, et sur la confiance accordée par WILLERMOZ à cet enseignement qu'il avait maintes fois transmis à ces Frères Lyonnais, à concilier des notions contraires, à croire en un DIEU personnel, tout en ne séparant pas la puissance éternelle de la création universelle ; à baser un enseignement moral et religieux sur le libre arbitre des êtres spirituels, tout en refusant à ces mêmes êtres toute existence et toute pensée en dehors de DIEU ; à donner au Pervers l'initiative et la responsabilité de la création du mal, tout en croyant à un DIEU unique et seul créateur. On pourrait allonger la liste. Est-il sage de le faire si nous désirons la comprendre et comprendre ceux qui, sans être atteint de débilité mentale, purent s'y attacher. Regarder le monde de l'Illumination à travers les verres du sens commun, de la logique et d'une froide critique, c'est risquer de n'en voir qu'une image caricaturale et brouillée. Le raisonnement n'est pas l'origine des convictions du mystique. Il voit, sait et croit tout d'abord ; sa raison ne s'exerce qu'ensuite sur une matière qu'il ne peut changer, comme un physicien construisant une science sur les données des phénomènes qu'il observe.

Lecteurs qui que vous soyez, nous conviendrons ensemble que nous sommes très très loin de la Franche Maçonnerie Traditionnelle et Opérative dans le sens spéculatif du terme. Devant cette évidence, on comprend mieux pourquoi les Frères nourris aux symbolismes salomoniens dont la source bien que chrétienne est compagnonnique, ne comprennent pas pour la plupart dans quelle église ils sont entrés et quand un homme ne comprend pas, il dérive et blasphème en permanence dans son chemin initiatique.

Le viatique maçonnique permet malheureusement à un trop grand nombre de Frères d'être comme les brebis égarées et de venir aux tenues de sa loge que pour partager une fraternité certes, indispensable à son épanouissement, ainsi qu'aux agapes, mais l'essentiel n'est pas là et les Elus qui sont à coté d'eux souffrent en silence d'une telle iniquité. Prière personnelle : « quærens, perseverent dolore introducet te dominus sacrificium res ego diligo vos in hoc respondet petitionem tuam perpetuam tutis area, nisi plenus indigents credentibus sine cupiditate et sine prudentia. Amen ». Salve Régina des Coëns traduite :

Je vous salue, Reine des anges, mère de miséricorde ;
ma vie, ma douceur, notre espérance, soyez donc notre avocate ;

Et tournez vers moi vos yeux de bonté, et lorsque je serais sorti de cette prison de matière ténébreuse dans laquelle je suis enfermé ;
Tourner, ces yeux de miséricorde vers nous.
Et Jésus, le fruit béni de tes entrailles, et après ce spectacle de notre exil.
Ô clémente, ô pieuse, ô douce Vierge Marie.

Rodolphe SALTZMAN vient donc à Lyon en Maître des Novices de Strasbourg fin 1777. Le Frère ab HEDERA resta à Lyon jusqu'à fin 1778 et c'était un homme sérieux, un esprit religieux qui avait songé à se faire Pasteur et il avait entamé des études théologiques. WILLERMOZ et lui étaient faits pour s'entendre ayant la même rigueur, le même sentiment que l'ordre bien organisé était indispensable pour se consacrer à l'étude de la Chose. Ils travaillèrent donc d'abord à établir une réforme administrative de l'ordre mais WILLERMOZ voulut aller plus loin. Pour convaincre son invité, il l'initia aux premiers degrés COENS et à sa doctrine secrète. SALTZMAN fut captif et conquis par les révélations de WILLERMOZ. Il lui conseilla de tenir TURKHEIM dans la confidence afin d'obtenir son appui. Il fut convenu que l'un favoriserait la réforme, l'autre la doctrine et le troisième l'administration lors du prochain Convent. Un Convent général des directoires français serait convoqué.

WILLERMOZ décida de créer une classe secrète celle de la Profession tout en préservant le plus grand secret de sa réforme. Les nouveaux Chevalier Profès pourraient s'instruire à la source de la pure tradition rectifiée, puisque WILLERMOZ voulait pouvoir y enseigner la partie scientifique relative à la maçonnerie primitive. Acceptant de conserver la fiction des rapports de la Maçonnerie avec l'Ordre des Templiers, il décida de rejeter la légende templière du régime écossais rectifié et cela dès les grades symboliques. Il devra conserver par contre le 4ème grade d'Ecossais Vert dont les Directoires Français ne savaient que faire mais qui pourrait être un trait d'union avec les autres rites écossais du royaume. Aidé de SALTZMAN, WILLERMOZ et ses amis se chargèrent de la réforme des 4 grades symboliques ; l'ordre intérieur fut confié à THURKEIM tandis que la Profession resta l'œuvre personnelle de WILLERMOZ.

Sa tache était délicate, il devait y intégrer un précis de la doctrine de PASQUALLY, telle qu'il l' avait comprise après tant d'années d'expériences, mais il devait faire attention à la part qu'il pouvait dire et à celle qu'il ne devait pas dire dans ces rituels qui n'étaient pas destinés aux COENS mais à des Francs Maçons nourris de la légende d'HIRAM.

L'Ordre COENS conserverait seul le secret de son culte singulier, le pouvoir d'y admettre les néophytes et le soin de les guider dans la pratique des opérations de sa merveilleuse théurgie. Mais c'était un travail gigantesque de tout réécrire, de tout refaire et au 20 mars 1778, la commission du directoire déclara qu'elle n'avait pas encore terminé.

Commentaires : arrêtons-nous un instant même si plus en avant nous avons déjà dit et écrit que la Franc Maçonnerie de tradition était remise en cause dans ses fondements. Nous voyons bien là que même si nous ne pouvons pas douter de la sincérité de WILLERMOZ et de ceux qui adhéraient à sa volonté, on distingue que la Franche Maçonnerie de tradition était bien loin de remplir les esprits mystiques des fondateurs du Régime Ecossais Rectifié. Et que les préoccupations des uns et des autres étaient de réformer ces doctrines usées et qui se vidaient progressivement de leur sens, de leur vérité et on peut établir sans offenser qui que ce soit, que tous les rites qui ont perduré en dehors du Rite Ecossais Rectifié se réunissent toujours sur des fondations qui n'existent pas ou qui n'ont jamais existé en dehors des légendes que le temps a rendu crédible et qui continuent de faire croire au profane que la voie de la chose passe obligatoirement par ces systèmes devenus iniques et sans Foi salvatrice. Mais ma conviction ne veut blesser personne mais seulement réveiller celui qui lira cette affirmation. Tout le monde peut croire dans ce qui n'existe pas dès lors qu'il rentre dans un monde que la vérité populaire présente comme un secret de la nuit des temps mais s'il prend le temps de travailler à fond le sujet, il doit découvrir et prendre conscience, que celui-ci prend ses sources sur des apocryphes erronés et apostatiques.

Le 25 novembre 1778 eu lieu le Convent des Gaules à Lyon. Toutes les provinces envoyèrent un ou des représentants sauf le représentant des Philalèthes SAVALETTE de LANGE que WILLERMOZ avait insisté pour le faire venir mais celui-ci se déroba. Tout était déjà préparé à l'avance et les accords tacites pris en amont furent respectés. Le nouveau nom de « Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte » fut adopté pour l'ordre intérieur à la place de celui de Templier. Sinon tous ce que nous connaissons de la structure et de l'organisation qui est pratiquée à ce jour est à l'identique. Mais WILLERMOZ pouvait être satisfait car sous le couvert du secret, il réussit à faire valider toute sa réforme.

Le Chancelier A FLUMINE révélait ensuite qu'il existait déjà des sages maçons qui se consacraient à la recherche et à l'étude des vérités éternelles; et que ces « êtres privilégiés » devaient être autorisés à continuer les fonctions augustes du sacerdoce primitif sans être troublés par les indiscrétions de leurs Frères.

Pour le plus grand bien de l'Ordre, chacun devait admettre qu'à coté des loges et des chapitres officiels de Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte existerait des cercles occultes qui ne seraient communiqués qu'à un petit nombre...

Commentaires : Afin de montrer la véracité de la Profession, un nouvel engagement fut exigé à ceux que l'on jugerait digne d'y accéder et qui effaçaient tous les serments préalables des Maçons : « Je promets devant DIEU, dont j'avais hautement professé l'existence, et je m'engage envers tous mes Frères, sur ma parole d'honneur, de ne jamais communiqué ni faire aucune mention verbalement, ou par écrit, à aucun homme qui ne sera pas engagé, comme je me reconnait l'être dès à présent, des intentions secrètes de l'ordre qui vont m'être communiquées, ou pourront l'être par la suite, à moins d'y être autorisé par mes Frères réunis, qui auront les mêmes, me reconnaissant dès ce moment indigne de leur estime et de toute communication envers eux, si je contreviens en aucune manière au présent engagement, que je contracte librement et volontairement pour mon avancement dans la vertu et la connaissance de la vérité. Que DIEU me soit en aide.

Sous la date de 1778, signèrent : THURKEIM, WILLERMOZ Pierre Jacques, SALTZMAN, PROST DE ROYER, BAYERLE, DUPERRET, WILLERMOZ JB, BOYER DE ROUQUET.

Quelques mots sur la Classe Secrète du Régime dit Collège Métropolitain

Commentaires : L'instruction secrète des Profès a été conservée, ce n'est guère qu'un tableau brossé à grands traits de l'histoire de l'homme telle que l'enseigne la doctrine de la réintégration. Elle expose sa création comme être spirituel divin jouissant d'une puissance et d'une science parfaite, sa prévarication qui le dégrade et sa destinée à la recherche des biens qu'il a perdus. C'est aussi un historique si l'on peut dire, des divers avatars qu'a subis la vérité à travers les âges et les diverses sociétés humaines ; les initiations primitives d'Adam jusqu'à l'initiation chrétienne, en passant par l'égyptienne, celle de Moise, du peuple d'Israël et du temple de Salomon. Certaines étaient d'inspiration divine, comme le Judaïsme et le Christianisme, d'autre l'œuvre de sages inspirés. Les unes avaient vite succombé à la corruption, telle l'initiation égyptienne (pour condamner la Maçonnerie égyptienne de CAGLIOSTRO) qui s'était perdue dans les recherches matérielles ou arbitraires, d'autres s'étaient associées telle la Maçonnerie issue de l'initiation du Temple qui avait accepté la révélation chrétienne et qui conservait sa forme ancienne que parce que les Maçons considéraient que cette forme avait autrefois éclairé leur esprit sur les mystères de l'homme et de l'Univers.

Il faut remarquer et accepter qu'aucune distinction n'était faite, en pratique, entre le sens du mot « vérité » et celui que nous donnons au mot religion. Pour le Profès, toute science n'est en dernière analyse que connaissance de DIEU, et toute la sagesse de l'homme est venue des souvenirs qu'Adam conservait de l'état de gloire où avant sa faute, il pouvait contempler l'Etre divin, source unique, d'où découlaient toutes les vérités, toutes les sciences, toutes les religions humaines et même tous les rites de la classe secrète de la Profession. (Extraits des statuts de la profession). Le dernier livre de 2017 sur l'origine du Régime Ecossais Rectifié de Jean Marc VIVENZA confirme que la classe métropolitaine n'a jamais cessé de fonctionner mais que seuls les Initiés inscrits à la plume sur le Grand Livre de la Profession depuis 1778 à nos jours, ont été reçus dans celle voulue par Jean Baptiste Willermoz. Tous les autres sont apocryphes, dénaturés, et inventés par des hommes de peu de foi et instruits sur un Rituel de même nature.

Extraits des Statuts de la Porfession

Article 1er

La Grande Profession de l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte est l'acte par lequel les Chevaliers et les Frères des classes inférieures du même ordre qui en seraient trouvés dignes, sont initiés après les épreuves requises à la connaissance des Mystères de l'ancienne et primitive maçonnerie, et sont reconnus propres à recevoir l'explication et le développement final des emblèmes, symboles et allégories maçonniques.

Article 2

La Profession se fait en deux temps ou actes qui exigent chacun des engagements particuliers relativement à leur objet. Le premier, uniquement destiné à indiquer la nécessité et le but des initiations, n'est que préparatoire au second. Le Chevalier qui est admis à faire ce premier acte acquiert par là le simple titre de Profès, ou de Chevalier admis à la Grande Profession, à laquelle il est invité à se préparer sérieusement. Le second, qui est le dernier terme de la Grande Profession, donne le titre de Grand Profès. Chacune de ces classes à un mot particulier pour servir aux Frères à se reconnaître entre eux.

Article 3

Les Profès et Grands Profès ne prendront jamais ce titre devant ceux qui ne sont pas de l'une de ces classes. Ils auront grand soin de ne pas se faire connaître les uns et les autres en cette qualité aux simples Chevaliers, afin de ne pas exciter en eux une curiosité importante et peut être leur jalousie. Cet article est d'observance stricte et fait partie des engagements prêtés lors de leur admission.

On peut penser que les premiers élus ne trouvèrent qu'un moyen pour préserver leurs connaissances précieuses ; ils décidèrent de les cacher et de les enseigner qu'à des disciples éprouvés. De là, on peut estimer que toutes les écoles de sagesse et toutes les religions héritèrent en partie ou en totalité de la sagesse véritable qui avait été cachée. L'instruction des Profès ne s'y dérobait pas. Elle développa cette opinion chère à WILLERMOZ que l'institution chrétienne primitive n'avait été qu'une initiation à des mystères sacrés et ineffables. Ainsi, prétendais-t-on établir que le Christianisme primitif avait été un secret confié à un petit nombre d'Elus.

Mais le but poursuivi par JEAN BAPTISTE WILLERMOZ était atteint. Le Convent des Gaules venait de transformer les Directoires Ecossais de la S.O.T en une société mystique fort éloignée de l'institution allemande dont elle se réclamait. Le tour était joué, malgré des affectations de modestie, le Chancelier de Lyon était devenu le Maître d'un Ordre Maçonnique nouveau ; le vrai Supérieur Inconnu des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, de la Jérusalem Céleste et du saint sépulcre en Palestine, Chevalier du Silence.

Commentaires : La nature a une marche mystérieuse, mais qui peut être saisie. Le voile dont la vérité se couvre pour être mieux sentie, ne parait point impénétrable à l'homme qui la désire et qui la cherche sans prévention et sans orgueil.

Les années qui suivirent le Convent des Gaules furent pour Jean Baptiste WILLERMOZ des années d'intense travail. Dès la clôture le 10 décembre 1778, le nouveau régime fut instauré dans le Grand Chapitre. Lyon serait selon les plans du Convent comme bien d'autre, le siège de trois organismes distincts et permanent : Un Prieuré, une Préfecture, une Commanderie.

1779 - Ce ne fut que le 10 mai 1779, que le Code Maçonnique fut imprimé, que les rituels et documents nécessaires à leur transformation furent remis par le Chancelier national. Dans la province Lyon, l'ordre se développait, des Frères de qualité venaient en nombre important à Lyon pour se faire recevoir C.B.C.S par WILLERMOZ.

1780 - Un tableau imprimé des Membres de la Bienfaisance de Lyon compte 16 officiers, 15 Frères agrégés sans offices et 13 affiliés. Mais les intérêts des uns et des autres n'étaient pas enclin à ne pas provoquer des conflits d'intérêts.

En octobre 1780, Bacon de la Chevalerie vient à Lyon pour exposer au Directoire les difficultés qu'il rencontrait dans son rôle de défenseur de l'ordre Rectifié. Il avertissait les Frères lyonnais qu'ils avaient tort de se croire Maître de leur société, même en France, il leur apprend qu'à Paris des Frères Ecossais Suédois du rite allemand avaient ouvert une loge et ils distribuaient des grades et des titres sans se soucier de l'autorité de Lyon. Il offrit sa démission. WILLERMOZ s'employa à calmer son Frère et obtint qu'il conserve ses fonctions. Mais au-delà de ses querelles, de ses égos récurant, Le Sérénissime Grand Maître a Victoria avait annoncé fin 1979 son intention de réunir un convent général de l'ordre rectifié avec tous les pays représentés et particulièrement les Français.

Mais WILLERMOZ trop occupé à faire fonctionner son cercle de C.B.C.S et celui de PROFES a délaissé les choses administratives.

Sa motivation principale était les cercles de PROFES où se conservaient le secret de la Maçonnerie primitive et après le Convent des Gaules, il avait du avec l'aide de ses collaborateurs mettre en forme les statuts et règlements ainsi que les instructions des Profès et des Grands Profès.

Le but était de recevoir les C.B.C.S qui étaient jugés dignes à la connaissance des mystères de l'ancienne et primitive maçonnerie et propre à recevoir l'explication et le développement final des symboles et allégories maçonniques.

Commentaires : je renvoi le lecteur à la page 23 où dans les commentaires, il est déjà fort bien explicité l'instruction et le but du Profès. Sans vouloir être trop présomptueux et reconnaissant les vertus d'orientation au travail que préconisait WILLERMOZ, on peut se poser une question fondamentale à ce stade du raisonnement : WILLERMOZ cherchant désespérément le secret maçonnique comme ultime Graal de la condition humaine, ayant quelques difficultés à se le faire manifester dans ces travaux de R+C aux équinoxes, on a le sentiment qu'il avait créé dans cette classe de Profès et Grand Profès une copie plus simple, plus pragmatique dans cette profession, en tout cas celle dont il était capable de pouvoir l'expliquer, ce qui n'était pas le cas dans la réception complexe voir imaginaire de l'initiation sacerdotale de PASQUALLY. Si l'on met bout à bout la chronologie de la vie initiatique de WILLERMOZ, je vais me répéter en disant que le secret maçonnique n'existe pas au sens propre mais il est né de l'imaginaire des hommes qui ont besoin de la forme inconnue, de la forme cachée pour se persuader des mythes etlégendes qu'on leur délivre et qu'ils perpétuent voir pour certains qu'ils font grandir. Ce qui fait toute la différence avec SAINT MARTIN ou BOEHME.

Et la citation ci-dessous ne fait que confirmer mon sentiment :

« Profès et Grand Profès avaient l'obligation stricte de cacher leur qualité, et naturellement leurs instructions, au commun des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte. Les statuts et cérémonials de l'Ordre étaient simples et tout imprégnés de religiosité ; ils employaient les expressions caractéristiques des Elus Cohen(Henoch) et leur symbolisme original. »

J'ose encore allez plus loin en affirmant que le grade de Profès et de Grand Profès se donnaient de la même manière « A genoux devant le président de séance, le candidat prononçait son engagement spécial, faisant de la main le signe maçonnique de Compagnon dans le Rite Rectifié. Puis, il apposait sa signature au bas de l'engagement. La réception se terminait par la lecture d'une instruction spéciale, dont nous savons qu'elle expliquait la »vraie cause de l'initiation et donnait un mot de passe »

Ainsi, introduit dans le cercle des Profès (identique à l'apprenti R+C et au supérieur inconnu) et Grand Profès (Réaux-Croix et Supérieur Inconnu Initiateur) il pouvait prendre part aux cercles d'instruction, où régnait la plus grande égalité et où l'on ne faisait rien d'autre, après les prières rituelles, que de lire et d'expliquer les vérités de la doctrine secrète.

Tout est dit et résumé, nous comprenons mieux pourquoi Louis Claude de Saint Martin s'en était ouvert à MARTINES et qui en résumé, lui demandait à quoi servait toutes ses calligraphies, ablutions et cérémonies fort longues etc. pour rentrer en contact avec les représentants spirituels de DIEU et que celui-ci lui répondit que la nature humaine a besoin de ce scénario pour y croire. Nous comprenons ainsi que SAINT MARTIN avait compris que seul le rapport direct avec DIEU était constructif et la Prière était la seule voie de respiration par le Cœur qui permettrait à l'homme d'y arriver.

Donc, les travaux des cercles martinistes dès lors qu'ils sont engagés avec sérieux, avec des Supérieurs Inconnus instruits et qui ont compris la pensée de SAINT MARTIN, ils réalisent exactement le même travail mais épuré de toutes ses manifestations externes.

D'ailleurs, le vrai nom du C.B.C.S réédifié dans la profession est : » Supérieur Inconnu, Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte, du Saint sépulcre de Jérusalem en Palestine, du Chevalier du Silence, du Parfait Maçon. »

Ce n'est pas innocent que l'appellation commence par Supérieur Inconnu... la Coagulation est parfaite.

WILLERMOZ n'avait pas voulu fonder un institut de sciences secrètes à la manière des PHILATHETES, mais une école de vie spirituelle et de perfectionnement mystique.

Pour connaitre la Vérité, le Profès devait tout d'abord le mériter ; il avait recommandé de dompter ses passions, de pratiquer la Charité, de faire preuve de courage et de Foi. L'engagement de la profession était un serment de silence mais surtout un acte de Foi en un DIEU tout puissant. Le Grand Profès lui affirmait son attachement à la religion chrétienne et surtout il faisait vœux de perfection.

A la fin de chaque cercle, au moment de la prière où des prières, ils imploraient l'aide de DIEU et ses lumières. Amen.

WILLERMOZ avait une telle volonté de perfection et il était si convaincu que son enseignement dépendait des dispositions de ses disciples, qu'il conseillait à ses instructeurs de ne pas trop user de persuasion envers les sujets lents à comprendre ou portés à la discussion ; le mieux serait d'attendre plutôt que de hâter artificiellement une instruction qui devait être une véritable conversion. Il s'entendait rappeler qu'un vrai désir sans mélange de motif humain est ce qui importe le plus et que le chemin de la science passe par les régions arides du sacrifice et de la mortification du cœur et de l'esprit. C'est ce que rappelait l'épreuve du miroir au grade de Compagnon. La doctrine Coën nous le savons établissait entre la nature de l'homme et celle du monde, d'étroites relations ou correspondances, elle prétendait que celui qui sait lire en lui-même, connait en même temps le plan divin, et avait toujours accordé une primordiale importante au désir et au libre arbitre. C'est une donnée de l'expérience que toute vocation spirituelle exige surtout l'effort. L'âme soit qu'elle cherche la vérité, l'art du divin, a besoin d'une volonté ferme pour s'abstraire des habitudes et des apparences et tendre vers le monde spécial de sa contemplation.

WILLERMOZ qui n'était pas parmi les mieux doués, restera toute sa vie assoiffé de merveilleux, tout en croyant de bonne foi vivre dans les pures régions du monde de l'esprit. Pour tous ceux qui lui semblaient transgresser ou profaner cette dimension à ses yeux, loin d'irriter sa curiosité en prononçant son exclusion, on s'efforcerait de le lasser. On ne le ferait avancer ni en grade, ni en science, on le convoquerait plus, on lui cacherait la date des conférences. Ainsi serait il repoussé tout doucement et exclu de fait « soit qu'il soit besoin de l'en prévenir ».

Mais malgré cela, la classe des Profès entre l'Allemagne, la France et l'Italie étaient constituée de plus de soixante membres en 1782.

Commentaires : je peux ne pas retenir mon envie de dire que la disposition d'écarter un Frère méritant hors du format standard du « bon soldat » comme cet adage l'exprime, fait que l'exclusion par l'oubli ou le dédain pratiqué vis-à-vis du Frère marginalisé de fait, perdure au XXIème siècle. Mais DIEU a pourvu à la trahison de l'humain car à chaque époque, il revoit le monde qu'il a créé et il a le souci de protéger ses fils. Non seulement l'évolution technique à réduit les distances mais l'intelligence artificielle qui a créé Internet, permet à celui qui est banni par défaut ou écarté sans motifs sinon celle des hommes prévaricateurs, d'aller s'abreuver à d'autres sources aussi crédibles et même de progresser plus vite par ce moyen que les judas qui l'ont écartés. Le syndrome du fils chassé de sa propre famille et qui va faire fortune ailleurs et qui revient un jour pour montrer au Père que ce bannissement a été un révélateur magique de ses vraies possibilités ou de cette richesse que DIEU avait déposé en lui est démontré dans les livres de vie.

Donc, j'encourage tous mes Frères subissant l'opprobre de faux Frères, de croire en eux, il n'y a pas de malédiction inscrite d'avance, la miséricorde divine veille sur chacun de nous dès lors que nous prenons le temps de chercher parmi toutes les sources disponibles la vraie lumière inscrite dans leurs cœurs et ils progresseront plus vite par eux-mêmes que par ceux qui les écartaient de la voie divine dont ils ne sont pas maître et très souvent incompétent.

Une chose est frappante, c'est que la doctrine des Profès n'est nullement originale et qu'elle vient de l'enseignement de PASQUALLY. WILLERMOZ n'a ajouté à la science de son maître qu'un seul complément : l'ingénieuse filiation qui fait remonter aux fils de NOE l'origine des initiations secrètes, encore ce soit disant, d'une addition originale. « On voit assez qu'elle vient des instructions de PASQUALLY, enseignant que c'est de sages en sages, au moyen de l'initiation de quelques élus que s'est transmis le vrai culte divin. Les papiers personnels de WILLERMOZ contiennent des traces de l'importance qu'eut pour lui cette idée des initiations, et de la permanence de la vraie doctrine, sous les apparences des cultes divers. » Après le travail effectué dans les conférences du Temple Elus Coëns lyonnais, les instructions composées pour les Profès étaient le résultat des efforts que WILLERMOZ avait fait pendant bien des années pour comprendre la doctrine de la Réintégration et aussi pour la concilier autant que possible avec l'orthodoxie catholique. »Quelques études, copies, fragments de lettres conservées dans les papiers de WILLERMOZ attestent cet effort persistant. On peut citer copie d'un sermon de Pâques 1773 sur la mort du Christ et l'état de l'homme après sa mort. »

Commentaires : comme le Cohen, le Profès apprenait que DIEU est UN, triple et quadruple, selon qu'on considère sa puissance et sa nature ; que le monde physique a été créé, après la révolte des esprits, pour être la prison des pervers ; que la matière est d'essence trine, formée par la combinaison des trois éléments : sel ; soufre ; mercure ; que toute la matière se résorbera finalement, amenant la disparition de tous les êtres du monde minéral, végétal et animal ; que tous ces êtres sont des esprits répartis en quatre classes, de plus en plus éloignés du centre divin selon que leur mission est plus temporelle et leur forme plus matérielle ; qu'il faut distinguer parmi les êtres, ceux qui sont émanés et sont les instruments passifs de la divine volonté, et ceux qui sont émancipés et jouissent de leur libre arbitre ; enfin, que deux forces opposées, le bien et le mal agissent sur l'Univers.

L'histoire de la destinée humaine tenait une place importante dans l'initiation.

L'homme n'a qu'une tache : celle de se réconcilier avec DIEU. Cette tache n'est pas impossible d'abord parce qu'ADAM a reçu des secours très puissants et ensuite l'œuvre du CHRIST, divin réparateur universel et son enseignement dont le secret a été connu des seuls disciples, nous a ouvert la voie et nous promet le succès. Les emblèmes maçonniques se rapportent à cette mystique et doivent être interprétés d'après elle. Le Temple de SALOMON, d'après les plans mystérieux reçus de DAVID, et exécutés par SALOMON avec l'aide de HYRAM et HYRAM ABIF et des premiers maçons opératifs, est construit à l'image de l'homme et de l'univers. Etudier les symboles du Temple, c'est étudier l'un et l'autre. Quelques éléments d'arithmosophie (science des nombres), le sens des nombres 3,6,9 par exemple, et du nombre de 4 divin, complétaient l'instruction des grands Profès.

Commentaires : il me semble que le texte proposé ci-dessus nous prévient d'une chose importante. Si DIEU a demandé à DAVID puis à SALOMON de construire le Temple sur les proportions de l'homme, afin que le monde fixe son regard sur cette confirmation, il apparait évident que sa destruction ensuite était nécessaire pour que l'homme ayant imprimé cette image aux divines proportions, la transmette oralement à ses proches et ensuite dans des manuscrits. Sinon DIEU aurait assuré que cette construction devait rester visible. J'ose affirmer que l'âme des sages de cette époque ou grands prêtres ont conservé cette manifestation de DIEU dans des secrets bien gardés afin de les transmettre qu'aux Elus susceptibles de les comprendre ou de les étudier. Je prends en référence d'ailleurs dans le rituel du 1er grade au Rite Ecossais Rectifié que l'allégorie suivante est rappelé dans les instructions « Pour réédifier mystiquement le Temple de Salomon » ce qui affirme que le profane reçut doit chercher par son âme dans son cœur et par une forte spiritualité, ce temple mystique pour en réactiver la lumière divine et son corps glorieux.

Nous n'allons pas nous arrêter à différentes situations qui n'ont pas d'intérêt particulier sinon que WILLERMOZ a été victime d'une maladie dans la cinquantaine payant certainement les 30 années passées où il dut continuer son activité de soyeux, s'engager plus avant dans la profession de foi et sa recherche effrénée et se protéger vis-à-vis de tous les conflits dont il fut l'objet. De 1778 à sa maladie en 1782, plusieurs tourments viendront l'accaparer et ses amis et ses collaborateurs décideront de le laisser se reposer. Mais la paix ne vint pas car le prosélytisme de WILLERMOZ loin de se contenter du milieu maçon français, étendait déjà son ambition au-delà des frontières. A l'automne de l'année 1779, en octobre un Danois du nom de PLESSEN qui portait le nom rectifié de : A TAURO RUBRO arriva à LYON muni de lettres d'introduction d'Italie. Il venait demander au Chancelier de la Réforme du Directoire d'Auvergne de l'instruire. Le hasard servit à merveille son désir de se renseigner sur les loges allemandes et de PLESSEN était par ses fonctions en rapport direct avec : de BRUNSWICK et de HESSE. WILLERMOZ put savoir le résultat négatif des démarches auprès du prétendant Charles Edouard et de fait cela mettait un terme à la fiction qui faisait des STUARTS les fondateurs et les directeurs secrets de la Maçonnerie.

1781- La STRICTE OBSERVANCE TEMPLIERE n'avait jamais eu de Chefs Mystérieux, que dans l'imagination de son Chef fondateur le Baron de HUND.

Malgré tous ses avatars, WILLERMOZ continua d'essayer de plaire à ces princes ou ducs ou nobles de haute lignée pour faire avancer ses thèses. Le Sérénissime Frère a VICTORIA après avoir écarté de la grande maîtrise Charles de SUDERMANIE qui en réclamait l'autorité en sa qualité de Visiteur Général de l'Ordre, Grand Maître de la VIIème province hérité de Charles de HUND, fort de l'appui de la Maçonnerie suédoise. Le directoire de BRUNSWICK par une délibération du 14 mars1781 repoussa ses réclamations approuvant ainsi la suprématie de BRUNSWICK. Le Duc de SUDERMANIE démissionna de toutes ses charges et se sépara de l'ordre allemand.

Le 18 juin 1781 le Sérénissime fixa par une circulaire la date du Convent de WILHEMSBAD au 15 octobre 1781. Trois mois après, il fait reporter le convent à PAQUES 1782, puis le 20 Mars 1782 fait encore déplacer en juillet 1782.

Entre 1778 et 1781, WILLERMOZ avait rencontré d'autres initiateurs de maçonnerie qu'il avait su convaincre du secret qu'il détenait. Entre les secrets de WAECHTER et HAUGWITZ, WILLERMOZ hésitait à s'engager avec eux. WAECHTER déclina l'offre du convent qui devait unifier toutes ses courants. Le système de HAUGWITZ semblait plus simple et se rapprochait de celui de LYON. Sur la demande de BRUNSWICK, il accepta de recevoir comme Profès HAUGWITZ sous la réserve de comprendre sa doctrine et il tenta de le convertir à sa conception de la nature de l'homme.

Tous les occultistes n'admettaient pas forcément que cette nature triple, était faite du Corps, de l'Ame et de l'Esprit. La difficulté venait de la définition que chacun donnait à ces éléments et du rôle qu'ils leur reconnaissaient. WILLERMOZ voyait dans l'âme l'élément secondaire chargé de gouverner la matière et de diriger le corps; il donnait la prééminence à l'esprit, tandis qu'HAUGWITZ enseignait que l'âme est la partie supérieure et qu'elle est douée d'une force magique. En fait il leur aurait suffit de s'entendre sur les mots de cette très ancienne conception de la psychologie antique, venue d'Aristote et transmise par Saint PAUL.

Les sociétés de Francs-Maçons présentaient donc des genres extrêmement différents selon qu'elles s'appliquaient à l'un ou l'autre des trois aspects de la science. Un bon régime maçonnique devait comporter, selon WILLERMOZ trois classes distinctes : symbolique, théorique et pratique. Il donnait en exemple ceux qu'il avait organisé avec l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants, la classe des Profès et celle des Elus Cohen.

Mais WILLERMOZ, WAECHTER et HAUGWITZ désiraient conserver chacun ses secrets, ses croyances, sa suprématie, sa personnelle importance. La situation était donc bloquée. La dessus après WAECHTER, HAUGWITZ se retira et refusa le rôle actif qu'on voulait lui faire jouer. Le Grand Supérieur a VICTORIA se sentit plongé dans un grand désarroi car il voyait que le prochain convent allait provoquer le chaos.

Parallèlement de PLESSEN écrivait le 15 mars 1782 à WILLERMOZ que les Frères de l'ordre allemand réclamaient des comptes à leur Grand Supérieur car sa banqueroute s'élevait à 600 mille écus.

1782 - Joseph de MAISTRE maçon et Grand Profès répondit à cette invitation de Convent Général à WILHEMSBAD. Il était un de ces maçons qui voulait rejeter le déguisement Templier, les chimères des Supérieurs Inconnus, les folles prestations ou mystères qui couraient dans les loges et ne menaient à rien. Pour lui, la Franche Maçonnerie devait se consacrer au service de la religion et au progrès de l'humanité. Dans son projet, les grades symboliques doivent enseigner « les actes de la bienfaisance en général, l'étude de la morale, celle de la politique générale et particulière ». La deuxième classe s'élève au projet ambitieux de contribuer à l'instruction des gouvernements et à la réunion des églises chrétiennes. Mais WILLERMOZ s'arrangeait pour que le Frater a VICTORIA n'eut jamais connaissance de ce mémoire du Chevalier de MAISTRE et ces suggestions n'ont eu aucune influence sur les délibérations du Convent de WILHEMSBAD.

WILLERMOZ prépara avec soin le convent de WILHEMSBAD, il décida d'abandonner son activité de commerce qu'il exerçait depuis 30 ans. Muni d'un passeport valable 6 mois, il arriva quelques jours avant l'ouverture du convent. Il prit connaissance des divers courants de l'opinion allemande, du moins ceux qui pouvaient favoriser ou contrarier son action. Le livre des « Erreurs et de la Vérité » de Louis Claude de Saint Martin avait été traduit en allemand en 1781 et il trouvait des défenseurs passionnés dans les cercles protestants. Plus visible encore était l'extraordinaire popularité des théories et des ouvrages du pasteur de Zurich, Jean Gaspard LAVATER. L'auteur de la Physiognomonie jouissait du plus grand crédit, ses opinions en matière de religion et de spiritualité se rapprochaient de celle de WILLERMOZ.

Ainsi l'orientation que les princes allemands voulaient donner à leurs loges avec l'aide de WILLERMOZ arrivait en un temps où elle pouvait être accueillie et soutenue par un cercle plus large, plus religieux et d'un mysticisme tout de même de meilleur aloi, que celui où s'étaient jusqu'alors recrutés tous les amateurs de mystères et de secrets maçonniques.

De son coté WILLERMOZ vint trois jours avant l'ouverture des débats, des conférences amicales avec les délégués d'Italie, de Bourgogne et d'Auvergne afin de compter ses supporters. Mais le Marquis de CHEFDEBIEN qui représentait le prieuré de MONTPELLIER et toute l'Occitanie et qui avait suivi les conférences de WILLERMOZ n'était pas enclin à le soutenir et on peut supposer qu'il était l'émissaire secret des PHILATHETES. CHEFDEBIEN devait se procurer des renseignements sur la Franche Maçonnerie Rectifié auprès de Frères instruits de ses secrets et porter son enquête sur les Elus Coëns. Mais WILLERMOZ avait été prévenu par une lettre des Grands Profès de MONTPELLIER qui l'avait mis en garde.

On le voit bien que la partie qui allait s'engager à WILHEMSBAD entre toute ses ambitions diverses et toutes ces différentes doctrines n'était pas simple.

La bataille allait se mener entre :

s Ferdinand de BRUNSWICK qui fera toutes les concessions pourvu qu'il reste le Chef ;

s Charles de HESSE qui défend le système religieux de HAUGWITZ ;

s WILLERMOZ qui veut faire triompher en Allemagne son nouveau système rectifié ;

s Un député italien qui dit toujours oui ;

s Quelques fous hermétiques

s Un espion des ROSE CROIX ;

s Un groupe sensé qui ne veut plus que les deux princes les mènent par le bout du nez.

Le 14 juillet 1782, BRUNSWICK donna lecture du règlement établi par les articles préliminaires.

Une trentaine de députés composaient le congrès de maçons dont certains avaient été ordonnés au dernier moment dans l'ordre intérieur pour pouvoir voter.

Evitons de développer toutes les objections, basses manœuvres, conflits sous jacents qui eurent lieu et qui sont peu dignes de l'esprit maçonnique pour dire que le 17 août 1782 à la 18ème séance, BRUNSWICK fut réélu Grand Maître Général. Le 28 août il prêtait serment, promulgua et signa ses capitulations et s'engagea à répudier la filiation templière et ne jamais reconnaitre de Supérieur Inconnu.

Mais WILLERMOZ grâce à sa constance, à son art de rester en retrait tout en s'activant et avec l'aide de ses amis réussit à faire valider par le Convent de WILHEMSBAD l'ensemble de son œuvre et sa doctrine rectifiée.


EXTRAITS DES REUNIONS DE WILHEMSBAD (source originale)

Considérant que le Convent de Lyon avait en priorité définit les codes et règlements, le pari de WILLERMOZ à WILHEMSBAD était de faire adopter la doctrine et les rituels et instructions qui avaient été que des ébauches au Convent de Lyon. Pour mémoire et information détaillée, quelques extraits ci-dessous montrent l'âpreté des échanges et de la durée des négociations.

Lors de la 14ème séance (3 août 1782)

Un comité fut chargé de préparer les cahiers des différents grades et de les soumettre à l'approbation des délégués. Composé de sept membres -Charles de Hesse, acquis aux vues de WILLERMOZ; le chevalier SAVARON, Visiteur Général de la 2ème Province; Sébastien GIRAUD, chancelier du Grand Prieuré d'Italie; l'autrichien Euber BODECKER; le baron de DURCKEIM, Grand Maître Provincial de Bourgogne, 5° Province; Chrétien de HEINE, du duché de SCHLESVIG - ce comité reçut à disposition "les rituels approuvés au Convent de Lyon, les grades suédois et ceux de la Grosse LANDESLOGE de Berlin, les rituels des quatre grades intérieurs de la VII° Province et un rituel des Frères CLERICI, également de la VII° Province".

Lors de la 15ème séance (14 août 1782)

Charles de HESSE annonça au Convent réuni en sa 15ème séance qu'après avoir comparé les anciens rituels à ceux arrêtés au Convent des Gaules, il avait chargé WILLERMOZ de la rédaction du premier grade. Ce dernier donna lecture d'un projet qui s'intitulait "Rituel d'apprenti des chevaliers francs-maçons rectifiés". Il s'ensuivit une vive discussion sur l'opportunité d'un tel titre, le Convent ayant résolu en sa 13ème séance de renoncer à la filiation templière, non sans maintenir qu'il existait "un rapport" entre l'Ordre du temple et celui des Franc Maçons, rapport que devait expliciter une "Instruction historique" destinée au dernier grade du Rite. Finalement on décida de ne pas adopter à ce stade l'intitulé de WILLERMOZ, tout en reconnaissant aux loges de Vienne et de Berlin le droit de le conserver, si elles le désiraient. Moyennant quoi le rituel d'apprenti fut approuvé par 15 voix contre 3 après quelques corrections mineures ne portant que sur le style.

Lors de la 16ème séance (15 août 1782)

Jean de TURCKHEIM, chancelier de la V° Province et ami de longue date de WILLERMOZ, présenta la Règle (à l'usage des loges réunies et rectifiées) qu'il avait préparée, déclarant qu'il l'avait conçue en forme d'une prière ou d'une prescription. Une première mouture ayant paru "trop étendue et trop chargée d'ornements oratoires", il en avait concentré l'essentiel en une version plus courte et simplifiée. Les deux furent lues à l'assemblée, toutes deux en neuf articles, la "longue" étant pourvue d'un préambule original et d'un épilogue. Le Convent décida de les approuver également, la version courte devant être lue à l'impétrant lors de son initiation, l'autre lui étant remise pour étude ultérieure.

Lors de la 17ème séance (16 août 1782)

WILLERMOZ donna lecture du catéchisme et de l'instruction finale d'apprenti, bien augmentée depuis l'ébauche de Lyon. Celui-ci suscita un débat assez vif sur la constitution ternaire de l'homme (esprit-âme-corps) dont le lyonnais voulait qu'elle soit un "secret" (ou "mystère") de l'Ordre, illustré par les trois coups de maillet que reçoit le récipiendaire lors de sa consécration. Un délégué allemand, VON KORTUM fit remarquer que la triple nature de l'homme, bien qu'enseignée "par plusieurs anciens docteurs de l'Eglise", n'était que spéculation philosophique. Il suffisait à un chrétien de savoir que "son âme séparée du corps était immortelle". WILLERMOZ rétorqua que cette doctrine était conforme à l'Ecriture Sainte et explicitement citée par Saint Paul:

"Que le Dieu de paix vous sanctifie lui-même en toute matière et que tout votre être, corps, âme et esprit, soit gardé irréprochable pour la venue de notre seigneur Jésus-Christ "(1° épître aux THESSALONICIENS, V.2 3).

Nonobstant cette opposition, le convent arrêta à la pluralité des voix que l'instruction serait adoptée sous réserve de ratification.

Lors de la 21ème séance (21 août 1782)

Il fut consacré au grade de maître écossais. Certains voulaient sa suppression, d'autres désiraient qu'il devienne le premier de l'Ordre Intérieur. A l'opinion de WILLERMOZ qui estimait que le grade écossais devait constituer une classe intermédiaire, séparée à la fois des grades bleus et de l'Ordre Intérieur, Charles de HESSE ajouta que la maçonnerie, par ses trois classes, devait représenter le ternaire fondamental : la 1ère classe représentait l'Ancienne Loi, la 2ème classe devait être l'étape intermédiaire composée d'un ou plusieurs grades, la 3ème classe la Loi Nouvelle. CHEFDEBIEN, délégué de la III° Province (Occitanie), adversaire déclaré de WILLERMOZ depuis que celui-ci lui avait refusé l'accès à la Grande Profession, ne voyait pas, déclara-t-il, la nécessité de cette classe intermédiaire puisque "l'Ancien Testament s'arrête là où commence le Nouveau". Finalement on résolut que le grade écossais serait considéré comme le quatrième grade "symbolique" et constituerait une classe intermédiaire entre la maçonnerie et l'Ordre Intérieur, son objet essentiel étant la résurrection d'HIRAM ABIF et la reconstruction du Temple. La même séance vit la lecture de l'acte de renonciation à la filiation templière, reprise en annexe (n° 147) aux protocoles du Convent.

Lors de la 22ème séance (22 août 1782)

Il fut débattu la question des "symboles" des grades dont certains voulaient qu'ils soient remplacés par ceux en usage dans la maçonnerie habituelle, la colonne brisée et le vaisseau démâté paraissant une allusion trop évidente à l'Ordre du Temple. On passa outre et WILLERMOZ put donner lecture du rituel de compagnon proposé par la commission des rituels.

Il fut adopté sans difficulté.

Lors de la 23ème séance (23 août 1782)

Il vit la définition du nombre et du rang des officiers de la loge. Sept étaient essentiels - Vénérable, surveillants, orateur, secrétaire, trésorier et éléémosynaire -, deux facultatifs - maître des cérémonies et économe-. Plus importante fut la décision de fixer à 21 ans l'âge minimum de réception, "de préférence prouvé par un certificat de baptême". Cette exigence nouvelle n'était pas, on le voit, dictée par un souci d'orthodoxie religieuse (aucun des délégués n'aurait imaginé qu'on puisse initier un non chrétien) mais bien par la volonté de s'assurer de l'âge du candidat par le seul document probant à l'époque.

Lors de la 25ème séance (25 août 1782)

Le projet de rituel du troisième grade fut présenté, par WILLERMOZ.

Trois points particuliers furent adoptés :

Les trois coups donnés au récipiendaire le seraient au front, au cœur et à l'abdomen curieusement WILLERMOZ ne tint aucun compte de cette décision dans ses remaniements finaux.

L'ancien mot du maître, Jéhovah, ne serait plus enseigné au nouveau maître mais seulement sa première (J) et sa dernière lettre (A).

Le nombre de larmes sur le tableau serait indéfini alors que WILLERMOZ en voulait 27 au grade de maître et 81 à celui d'écossais.

Lors de la 26° séance (26 août 1782)

Le Convent, sur proposition de WILLERMOZ, estima opportun d'introduire une prière à l'ouverture et à la fermeture de la loge,

"à l'instar de ce qui se faisait en Allemagne". Après lecture du catéchisme du 3° grade, les délégués durent se prononcer sur l'ensemble des trois grades. Après un dernier plaidoyer de Charles de HESSE, les rituels furent adoptés, sous réserve de ratification ultérieure par les loges du Régime. Il fut donné aux Provinces jusqu'à la fin de 1783 pour donner leur accord final (celui-ci ne vint jamais).

Lors de la 28ème séance(28 août 1782)

Elle fut décisive, WILLERMOZ y présenta un "Projet d'ébauche pour servir de base, au Rituel du 4e Grade" qui donna lieu à une discussion animée.

"Le F. ab EREMO a présenté la première Esquisse du nouvel écossais avec le 4ème Grade de notre Maçonnerie Rectifiée : sur laquelle on a fait plusieurs remarques. On a demandé l'abolition du gibet & de la corde au cou par les récipiendaires : ce qui a été convenu à la pluralité. Le F. a CRUCE CERULEA(Hyacinthe CHAPPES de la HENRIERE, député de la Préfecture de Nancy) a demandé la conservation des deux tableaux de l'Ecossisme du Convent des Gaules, surtout le Maître HIRAM sortant du tombeau face à l'Orient & l'autel avec le feu sacré : on a observé, que les nouveaux symboles présentés dans l'esquisse étaient connus depuis de longues années en France, & y avaient été abandonnés.

Le F. a LILIO CONVALLIUM(BODE) croit que nos maçons ne sont pas encore assez préparés à un Ecossisme aussi sublime & aussi religieux & a ajouté qu'il se souvenait que le tableau de l'Ecossisme, il y a 20 ans avait été partagé en trois parties: l'inférieur contenant quelques symboles & instruments Maçonniques, au milieu le Chandelier à 7 branches: autel des parfums, table des pains de proposition: l'arche d'alliance & les colonnes du Temple brisés; à la 3ème partie Supérieure il y avait le mont Sion et l'agneau céleste. Le F. ab EREMO a désiré qu'en adoptant le tapis conforme à celui indiqué par le F. a LILIO CONVALLIUM, on y ajouta le Maître HIRAM Ressuscité se relevant du cercueil face à l'Orient et se protégeant de la lumière divine & le feu sacré. Le Sérénissime Charles de HESSE étant entré dans les idées du F. ab EREMO, on est convenu de faire la rédaction d'après ces principes. "(Orthographe modernisée).

La conclusion s'impose : à WILLERMOZ échut le soin de rédiger la version définitive du 4° grade.

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Cependant, le Chancelier de Lyon reçut maintes et maintes preuves d'amitié des princes allemands qui dirigeaient l'Ordre Rectifié. La dernière fut son initiation au système secret de GOTTORP. Charles de HESSE y enseignait, d'après ses principes personnels, une doctrine ésotérique venue des théories de WAECHTER et HAUGWITZ. Sans doute, le fait d'appartenir à la petite église secrète, dont le landgrave était le pape, consola-t-il un peu WILLERMOZ de n'avoir pu pénétrer dans l'Ordre du difficile a CERASO. Quoi qu'il en soit, il revint en France chargé des catéchismes des premiers grades de GOTTORP, avec la mission de les faire connaitre à quelques Frères choisis de France et d'Italie.

Il est piquant de constater que parti pour convertir les allemands à son régime, WILLERMOZ revenait l'apôtre d'une autre société et d'un autre système. Mais il était satisfait de ce convent parce qu'il avait fait inscrire quelques principes et quelques symboles spiritualistes dans les grades symboliques de l'Ordre Rectifié et il croyait sincèrement avoir jeté enfin les bases de la vraie Maçonnerie.

Le 30 septembre 1782 il était revenu à Lyon.

Mais la réunion générale de l'Ordre n'avait rien apporté de neuf aux Chevaliers Bienfaisants, sinon dispositions contradictoires et plans inachevés. Il fallait donc tout d'abord, tracer du convent de WILHEMSBAD et de son succès une image qui corrigerait la réalité, afin d'en faire pour les disciples présents et à venir un sujet d'édification. Une circulaire officielle, datée du 8 décembre 1782, fut envoyée aux loges du ressort de la province d'Auvergne. La ratification des actes de WILHEMSBAD devait théoriquement se passer à la Saint Jean d'Hiver de 1783 mais rien ne se passa comme prévu. Mais une fois encore WILLERMOZ fit promulguer dans sa province la règle maçonnique à l'usage des loges réunies et rectifiées et la fit traduire en allemand.

C'est un fait, que le milieu des occultistes français se trouve au début de 1783, profondément divisé et que c'est WILLERMOZ qui est cause de ces intrigues, de ces dissensions, de ces discussions. Francs Maçons et Hermétistes se rendaient compte de la place envahissante que prenait peu à peu le lyonnais dans le monde des amateurs de sciences cachées.

Dans un cercle qui touchait de plus près encore le Chancelier de Lyon, d'autres adversaires menaient contre lui de virulentes campagnes. C'est ce qui ressort d'une lettre écrite de SAINT MARTIN le 10 février 1783. Il semble que certains avaient imaginé d'admettre parmi eux quelques uns des ennemis de WILLERMOZ, afin de pouvoir combattre ses projets. Où s'étaient produites ces réceptions scandaleuses ?

A la Bienfaisance de Paris ? Dans un Temple Coën ? Nous l'ignorons.

Pourtant SAINT MARTIN se trouvait mêlé à ces réceptions et même se croyait obliger de les présider, c'est qu'il s'agit sans doute d'une réunion de disciples de PASQUALLY. Les Coëns avaient certes de bonne raison pour supporter les libertés que WILLERMOZ prenait avec leur doctrine.

Ce sont là des hypothèses. Ce qui est certain, c'est que WILLERMOZ appela SAINT MARTIN à son aide et le somma d'avoir à défendre sa personne et son œuvre, et que le Philosophe Inconnu se récusa. SAINT MARTIN refusa de devenir le champion de la cause de WILLERMOZ. Il jugeait sévèrement les variations de son ami. N'oubliant pas qu'il avait été l'instructeur de WILLERMOZ, il le rappela à un sentiment plus juste de sa valeur intellectuelle et mystique : «j'aurais désiré, qu'avant de lever l'étendard d'Israël, vous vous fussiez longtemps stylé aux métiers des armes, j'aurais désiré que, rempli de cette foi que vous savez si bien exprimer, vous l'eusses employée à votre propre avantage et qu'au lieu de vous lancer dans le tourbillon des nations vous vous fussiez lancé en DIEU » ; « l'assurance qu'affichait le Chancelier de Lyon l'irritait ainsi que son incompréhension chronique ; il lui recommandait la Prudence, en lui faisant sentir qu'après la quarantaine il était temps qu'un sage se défendit de la moindre considération dans sa conduite spirituelle ».

Les objections qu'il élevait étaient surtout de l'ordre plus général. Le Philosophe Inconnu essayait de bien faire entendre à son correspondant que cette ambition d'unifier la science mystique sous une discipline commune, cet espoir de concentrer l'esprit dans les codes et dans les écoles, afin de pouvoir diriger ses progrès et surveiller sa diffusion, courait à un échec certain, parce que la nature même de toute mystique est d'être individuelle, libre et presque incommunicable.

Commentaires : il est difficile de ne pas constater que le système de WILLERMOZ pour celui ou ceux qui le pratique depuis très longtemps et qui ont réellement travaillé le sujet, ont pris conscience de l'effort constant et engagé qu'il devait faire pour le comprendre. Et qu'une grande majorité de nos Frères comme je le dis souvent, en sont restés à l'écorce considérant que s'instruire du noyau était trop difficile et ce qui rend nos tenues souvent insipides.

SAINT MARTIN reprochait à WILLERMOZ d'avoir modifié le sens profond de l'initiation Coën et de son Traité de la Réintégration. WILLERMOZ proposait des changements importants de la doctrine secrète, ce que ST MARTIN en Coën orthodoxe, ne pouvait ni l'accepter ni même le comprendre, puisqu'il excluait « l'action spirituelle temporelle », le concours des esprits purs dans les rapports de l'homme avec la Divinité ; c'est-à-dire l'essentiel de la foi secrète qu'ils tenaient de PASQUALLY.

Pour comprendre le sens de ce passage, il faudrait savoir ce qu'entend désigner saint martin par « action spirituelle « et «adjuvamentum ». Ces expressions sont elles employées au sens général ou désignent-elles des cérémonies précises du culte secret. Dans les instructions du Temple des Coëns de Lyon, l'expression « action spirituelle » est toujours prise au sens le plus général, elle désigne le rôle dévolu aux esprits purs ; l'action spirituelle temporelle est proprement leur tache dans le monde terrestre comme intermédiaires entre l'homme et DIEU. Le mot adjuvamentum reste plus mystérieux. On peut supposer une sorte de cérémonie d'initiation, communiquant l'esprit aux néophytes et effaçant les suites du pêché original. Il n'y a aucun acte temporel corporel qui ne soit précédé d'une action spirituelle. La prévarication du premier homme a fait subvenir un changement dans la loi d'action des esprits et les assujettit à une action en partie spirituelle et en partie temporelle. C'est par eux que l'homme reçoit communication de la pensée du créateur. Pour l'esprit pur, il n'y a pas de temps puisqu'il est toujours en action, son action est la vérité spirituelle et temporelle, parce qu'il est assujetti à opérer dans les régions du temps.

1784- Du 10 août au 9 septembre 1784, le Chapitre de la Vème Province se réunit à Strasbourg, dans un convent régional pour essayer de liquider les questions irritantes et proclamer enfin l'adhésion à la réforme promulguée en 1782. La réunion consacra la réconciliation des partisans et des détracteurs de l'œuvre de WILLERMOZ et de THURKEIM y joua un grand rôle conciliateur. Nous passerons sur la rencontre de WILLERMOZ avec CAGLIOSTRO qui traversa la vie de notre ami sans marquer son esprit. Courant 1783 mais surtout début 1784, on commença à se préoccuper à Lyon du fluide de MESMER. Celui prétendait avoir décelé un fluide très subtil, qui unissait les astres et les planètes aux organismes vivants et qui leur communiquait une sorte d'influx vital, dont dépendait leur bonne ou mauvaise santé ; la maladie en arrêtait le cours et il fallait le rétablir pour provoquer la guérison. MESMER avait fait des études de mathématiques et de physique avant de tâter la médecine ; sa thèse de la faculté de Vienne datait de 1776.

Elle traitait du cours des planètes dans le corps de l'homme. Il avait aussi collaboré avec un guérisseur viennois, qui soignait les maladies par les aimants. Obligé de quitter Vienne, à la suite de contestations avec la famille d'une de ses malades, il était arrivé à Paris en février 1778.

Il publia un mémoire sur la découverte du Magnétisme Animal en 1779.

Il est certain que l'Autrichien avait fait de son mieux pour conserver ses procédés secrets afin d'en tirer le meilleur profit. Après sa brouille sur Paris avec un certain DESLON médecin du Comte d'Artois qu'il se décida à former des élèves et à vendre aussi cher que possible une méthode thérapeutique dont il ne pouvait conserver l'exclusivité. La loge HARMONIE fut fondée en 1783, à l'instigation de BERGASSE pour être l'école officielle où MESMER exposerait ses découvertes et formerait des magnétiseurs. C'était une société par souscription ; elle devait compter 100 membres versant chacun cent louis. Ainsi la pratique médicale de MESMER passa-t-elle au rang de secret d'une Franche Maçonnerie nouvelle. En février 1784, SAINT MARTIN adhéra au groupement et trouvait l'école encore informe, mais il espérait qu'elle s'organiserait très vite. Le succès fut en tout cas très vif. L'Harmonie essaima par tout le royaume. Lyon n'échappa pas à la contagion et dès mai 1784, ce fut chose faite. Un certain Monsieur de BONNEFOY faisait parler de lui dans le journal local.

Les médecins, les chirurgiens, les apothicaires lui réservent beaucoup de malades.

WILLERMOZ sera aussi emporté par ce nouvel élan et il deviendra membre de la Concorde. Cette société n'était pas une loge mais rassemblait des magnétiseurs à succès comme DUTRECH et BARBERIN qui ne figurent pas comme des Francs Maçons dans les registres des loges. Mais comme d'habitude, WILLERMOZ en s'initiant au magnétisme, initia les magnétiseurs à ses doctrines et à sa loge la Bienfaisance si bien que Concorde en deviendra une succursale.

On peut s'étonner de trouver que les fils spirituels de PASQUALLY soient venus dans les sociétés de magnétiseurs. Car enfin, n'avaient-ils pas appris à mépriser la matière, à considérer toute science physique comme imparfaite, impure et indigne de faire « l'occupation de l'homme de DESIR ». MESMER s'était toujours efforcé de faire passer sa découverte pour une découverte scientifiquement prouvée. Il sollicitait d'ailleurs les patronages officiels, les suffrages des académies. Si fluide qu'il fut et si subtil, le magnétisme animal était un agent matériel, qui se réfléchissait par les miroirs, se renforçait par les sons musicaux, s'amassait, se diminuait, se transmettait au moyen de conducteurs appropriés. Comment les Grands Profès de Lyon s'étaient ils laissé entrainer dans la galère mesmérienne ? Ils y étaient poussés par cette curiosité intense, qui possède les amateurs de mystère et qui leur fait cultiver indifféremment toutes sortes de doctrines, même contradictoires et fréquenter toutes sortes de gens, même douteux, du moment qu'ils peuvent espérer des pouvoirs extraordinaires et des spectacles inédits.

Commentaires : je ne ferais pas le procès de nos Frères du siècle des lumières car une fois de plus, on voit bien que cette lumière était tellement souhaitée qu'ils en devenaient quelque peu illuminés. D'ailleurs, une fois de plus WILLERMOZ comme avec le système de PASQUALLY et les équinoxes coëns qui ne lui apporteront pas les apparitions ou les manifestations souhaitées, le magnétisme n'était pas pour lui révélateur.

Je peux raconter des faits avérés que j'ai côtoyé dans la région de Brive la Gaillarde dans la Corrèze remplie de mystères, sorciers, guérisseurs etc. L'un de nos Frères, Vénérable Maître, maître des lieux où il nous recevait en tenue, avait reçu par transmission un don de guérisseur ou de magnétiseur. Il était dentiste de profession et il avait la capacité par ce don d'arrêter des hémorragies sanguines même à distance dans des situations compliquées que la médecine ne pouvait régler. Je pense que ce don est une transmission dirigée par une volonté divine où un don naturel reçu à la naissance et que celui qui en reçoit la Bénédiction est choisi. Et chacun d'entre nous a en lui une bénédiction de DIEU plus forte que les autres, soit que DIEU l'a oublié, soit que DIEU l'a laissé volontairement pour tester l'homme dont il attend tant de choses. Un évènement peut déclencher ce Don et ensuite il faut le magnifier pour le faire perdurer dans le but d'aider les autres. Mais cet acte d'amour universel ne peut pas se décider par la volonté faite homme et on voit bien que WILLERMOZ était un grand maçon plein de servitudes pour son art, mais pas un Grand Architecte car il n'a jamais fait les plans d'origine du Régime Ecossais Rectifié, il a reproduit des secrets, des textes déjà écrits par d'autres, assemblé ce qui était épars, intégré les axiomes coëns certes, mais pas au delà.

Comme je le pensais avant de lire sa bibliographie, il a avec passion, détermination construit le Régime Ecossais Rectifié sur les fondations de la Stricte Observance Templière qu'il a transformé tout en conservant sa rigueur et sa verticalité. Puis dans cette architecture sans contenu, il a réécrit les rituels en y implémentant la doctrine théurgique de MARTINES sous le couvert des allégories de l'ancien testament et du mythe salomonien qui avait fait ses preuves. Mais cela ne suffisait pas pour notre maçon chrétien, il a modifié également la doctrine de PASQUALLY en lui insufflant sa Foi sans faille dans le christianisme primitif avec une coloration chevaleresque.

Qui mieux que la légende des Chevaliers, seigneurs qui feront allégeances à toute la chrétienté et au Christ en allant au prix de leurs vies et de leurs fortunes défendre le royaume de Jérusalem où tout s'est écrit depuis la résurrection du Seigneur. Cela n'enlève rien à la persévérance de cet homme qui a cherché toute sa vie a renforcé son intuition mais cela ne fait pas lui, un visionnaire ni un prophète seulement un grand maçon bâtisseur.

Définition du Mesmérisme à notre époque...

Cette technique fut conçue par Franz Anton Mesmer, un médecin et faiseur de miracles qui accomplit des guérisons des plus spectaculaires. Ce médecin allemand croyait en un fluide invisible et curatif qui, circulant dans l'univers, possédait la capacité d'influencer le corps humain et de soulager les douleurs de ses patients. Une sorte d'onction si vous préférez. Selon lui, un déséquilibre de ce fluide dans le corps ferait la différence entre la santé et la maladie. Par conséquent, il développa le mesmérisme qui se définit comme suit: la capacité d'élever l'état émotionnel d'un individu, ou d'une foule, à un niveau anormal, mais contrôlable. Ce système est le précurseur de l'hypnotisme. La musique joue un rôle de premier plan pour obtenir le contrôle mental et nerveux des gens, c'est pourquoi certains "évangélistes" misent autant sur une forme bruyante et émotionnelle de louange et d'adoration.

Le verbe "mesmériser" signifie hypnotiser, envoûter et son synonyme occidental se dit "entrer en transe" parce que les sujets se retrouvaient dans un état de semi-conscience. FRANZ MESMER assembla de façon méthodique et systématique des idées telles que la suggestion, l'autosuggestion et la médecine, puis en popularisa le concept. Il pratiquait sa technique de guérison de la même façon que quelques faiseurs de miracles opèrent de nos jours. Cette méthode, sous une apparence bénéfique, est bien loin d'être inoffensive et sans danger. Le mesmérisme contourne la raison, laissant la personne incapable de distinguer entre le réel et l'incroyable, le chrétien du non chrétien, la vérité du mensonge. Une personne mesmériser ne peut plus analyser ! MESMER imposait les mains soit en touchant ou en faisant des passes magnétiques près du corps. D'après lui, les guérisons étaient déclenchées par le biais de ses "passes magnétiques." Et bien sûr, la douleur s'estompait et les gens se croyaient guéris. Il pointait du doigt un patient se tenant quelquefois à plusieurs mètres de lui, et l'instant d'après, le patient se retrouvait en convulsions au plancher. Et ses disciples accomplissaient les mêmes prouesses. Il est à craindre que dans certaines réunions "évangéliques" on utilise inconsciemment cette technique ! Soyons vigilants et ne craignons pas de dénoncer les déviances, quitte à aller à contre courant.

Le Mesmérisme eut à subir une méthode nouvelle que l'on nomme le somnambulisme qui supplanta le magnétisme progressivement. La Concorde ne faisait que suivre en cela les fluctuations de la mode. Le somnambulisme rejeta très vite à l'arrière plan le mesmérisme primitif ; les loges magnétisantes remisèrent leurs baquets et l'on ne s'occupa plus que d'interroger les «crisiaques ».

Plongés dans l'étrange et merveilleux sommeil. Lorsque MESMER quitta la France en 1785, il était plus qu'à moitié oublié.

Mais le MESMERISME oublié voilà que WILLERMOZ s'engage sur la nouvelle croisade du somnambulisme magnétique, les procédés de MONSPEY et BARBERIN venaient à peine de recevoir à Lyon la consécration quasi-officielle de l'Ecole Vétérinaire, qu'ils étaient déjà éclipsés par le retentissement des succès du Marquis de PUYSEGUR.

Madame PROVENCAL et WILLERMOZ apprirent les découvertes de l'école de BUZANCY dès avant la fin de septembre1784, où SAINT MARTIN leur envoya un long compte rendu qui les mettait au fait des phénomènes surprenants que produisait le sommeil magnétique. Les phénomènes observés par PUYSEGUR en mai 1784, parurent tout de suite atteindre une importance primordiale et étendre le champ de l'expérimentation au domaine de l'esprit. On se servit de la clairvoyance des sujets endormis, non plus seulement pour établir des diagnostics, mais aussi pour trouver la solution des problèmes les plus divers, et même pour prédire l'avenir. Un terrain d'investigations aussi vastes que passionnantes s'ouvrait aux amateurs.

Définition du somnambulisme magnétique à notre époque

Au printemps de 1784, le marquis de PUYSEGUR, colonel d'artillerie et grand seigneur terrien, est au repos sur ses terres de BUSANCY, dans le soissonnais, quand on l'appelle au chevet du fils de son régisseur, qui souffre d'une fluxion de poitrine. PUYSEGUR, qui est un adepte de la nouvelle médecine de Mesmer, entreprend de magnétiser le jeune malade. Mais les choses lui échappent.

Au lieu d'éprouver des convulsions, comme le prévoit l'enseignement de Mesmer, Victor tombe dans un état de conscience différent, qui, au début, ressemble à la mort et dans lequel semblent se manifester des capacités d'autodiagnostic et de perception extra-sensorielle. La découverte de cet état de conscience, que le marquis nomme le "somnambulisme artificiel", ou encore le "somnambulisme magnétique", déclenche l'année suivante une vaste polémique qui va traverser tout le XIX° siècle et ébranler l'image de l'homme construite par l'âge des Lumières. Les phénomènes psychiques étranges que semble susciter le somnambulisme magnétique soulèvent un ensemble d'interrogations. Ont-ils été correctement décrits et observés ? A-t-on affaire à des manifestations surnaturelles, ou à des ressources psychiques encore inconnues de l'être humain ? Doit-on intégrer ces phénomènes dans une raison élargie, ou bien les rejeter au nom de la Raison dans les ténèbres de la superstition ? A ces questions cruciales, PUYSEGUR répond en homme des Lumières et en lecteur de Rousseau. Oui, les phénomènes du somnambulisme ont bien été observés. Non, ils ne sont pas des manifestations surnaturelles, mais témoignent de puissances encore inexplorées de l'âme humaine. Oui, ils constituent un défi pour la raison et devront relever d'une approche scientifique appropriée. La métapsychique, en France et en Angleterre, un siècle plus tard, se situera dans le prolongement de ces choix décisifs ; elle ouvrira pour la pensée une voie que l'oubli et la censure sociale, en France, sont en train de refermer. Par sa naissance, par sa personnalité et ses convictions, PUYSEGUR va marquer de son empreinte le magnétisme animal, et, au-delà, la naissance des sciences psychiques, comme la découverte de l'inconscient. Aristocrate, appartenant de surcroît à une grande famille, il va faire pénétrer d'entrée de jeu le magnétisme dans les débats de l'élite. Chercheur indépendant, il n'a de comptes à rendre à personne, ni sur le plan matériel, ni sur le plan moral ; n'ayant pas à passer sous les fourches caudines de l'Institution, il affiche ses observations et ses conclusions avec une certaine hauteur, en dédaignant la polémique qui se développe autour de lui. Homme des Lumières, lecteur assidu de Rousseau, il conçoit la transe somnambulique comme un état d'autonomie pensé sur le modèle de l'Emile, et les facultés extrasensorielles et intellectuelles qu'elle libère comme des puissances qui sommeillent en l'âme humaine. Militaire - mais un militaire de l'Ancien régime, capable de lire Platon dans le texte - il sait cultiver le sens de l'improvisation et de l'observation, et, quand le somnambulisme surgit, il colle à l'événement sans état d'âme, au lieu de le censurer comme l'eussent sans doute fait un médecin ou un psychologue ; de sorte que pour finir ses descriptions des phénomènes somnambuliques, on s'en rend compte aujourd'hui, sont supérieures sur bien des points à celles que produiront, un siècle plus tard, les disciples de Charcot.

1785 - Pendant l'année 1784, WILLERMOZ et ses amis se sont prêtés à ce nouveau sacerdoce du somnambulisme et à faire des essais sur des femmes qui voulaient bien se prêter à cette nouvelle médecine. Le 5 avril 1785, au soir parvint à WILLERMOZ l'annonce d'un phénomène extrêmement voisin de ceux que BARBERIN observait sur Paris pendant le même temps. On lui apporta des cahiers écrits sous une inspiration surnaturelle, analogue au sommeil magnétique. Docile aux impulsions d'un Agent inconnu, ignorant les mots qu'elle écrivait, une main avait tracé sans le vouloir, ces mystérieux messages. Ils donnaient l'ordre de fonder une nouvelle association secrète qui porterait le nom de « Société des Initiés » et dont le but serait de recevoir la doctrine que l'Agent se proposait de dicter par le moyen qu'il avait choisi.

WILLERMOZ était institué le Chef de l'Initiation et c'était parmi les seuls Frères de la Bienfaisance que seraient choisis ceux qui seraient admis à y participer. Il accepta les cahiers qu'on lui avait apportés et resta quatre jours à les étudier. Nous ne possédons pas les cahiers autographes de l'Agent Inconnu ; ce sont seulement des copies ou extraits. Les uns sortent morceaux choisis qui portent le nom de Livre des Initiés. Avec leur écriture « hiéroglyphique » originale, déformée par l'impulsion mystérieuse, leurs bizarres dessins, ils devaient paraitre tout à fait extraordinaires, WILLERMOZ fut confondu.

Il lui sembla qu'aucune intervention humaine ne pouvait produire de pareils effets, et y vit la marque du doigt de DIEU... Déjà les premiers cahiers de l'Agent traitaient de l'œuvre universelle, de la doctrine de vérité, de la matière des êtres de la nature, de l'histoire des initiations anciennes et chrétiennes, des deux prévarications et donnaient un plan de Réintégration, et ce n'était là qu'un petit début ! L'Agent Inconnu confirmait la doctrine secrète des Réaux-Croix ; mieux encore, il confirmait les variations que WILLERMOZ y avait introduites et l'histoire des initiations qu'il enseignait à ses Profès. L'évènement miraculeux venait de transformer profondément le caractère des cercles secrets aux destinées desquels présidait WILLERMOZ. Devant cette frénésie nouvelle que déclenchait l'importance que l'on donnait à cet Agent Inconnu et qui remplissait les âmes mystiques de nos amis, WILLERMOZ se sentait touché par la grâce puisque ayant été désigné comme l'interface entre l'Agent Inconnu et ses prophéties et les Frères pressentis pour les recevoir. Pour être un véritable initié, il ne suffisait pas d'avoir été désigné par l'Agent Inconnu, il fallait aussi venir recevoir des mains du Pasteur des instructions particulières et peut être une sorte d'ordination. THURKEIM, SALTZMANN, le Duc d'HAVRE avait pris date pour intégrer cette société des initiés. Même SAINT MARTIN annonça son arrivée à Lyon, en effet l'entrée de celui-ci parmi les initiés de la Loge Elue et Chérie, fut un évènement d'importance dans sa vie mystique, qui éclaire d'une vive lumière son état d'esprit. Le magnétisme avait beaucoup rapproché les deux hommes et SAINT MARTIN s'était rattaché à l'Ordre Rectifié en 1784 et il portait le nom de a LEONE SIDERO. L'Agent inconnu par ailleurs confirma dans ses messages sa faveur aux travaux de WILLERMOZ et condamnait celle de SAINT MARTIN. Celui-ci n'était pas homme à marchander son repentir et son amende honorable fut humble et complète. « Cette information demande plus amples détails que nous laissons le choix aux lecteurs de chercher par ailleurs ».

Pendant 1785, WILLERMOZ jouait dans l'instruction des Initiés un rôle primordial ; il recevait les messages originaux, les déchiffrait et établissait des résumés ou les copies qui pouvaient servir de texte d'instruction.

Pendant l'année 1785, 42 cahiers généraux et 4 cahiers personnels lui parvinrent, dont 31 seulement furent publiés. L'originalité de cette nouvelle doctrine était que l'Agent Inconnu demandait simplement à ses élus de le suivre par la voie inconnue, jusqu'à la vérité les plus instructives et significatives. « Ce message était accordé en amour à la forte armure des élus en nourriture par Marie pour entrer en nombre 12, où ils vont être Élohim en soi des élus, qui auront aimé à croire que la pure armure a uni à l'obéissance la voie en une souveraine obéissance qui a animé la mort de la mère de Jésus Christ.

Les messages de l'Agent promettait non seulement la rédemption divine mais corrigeait la doctrine de la Réintégration, promettait de meilleures formules d'invocation et des calculs meilleurs destinés aux Coëns. Il refaisait, à sa mode, l'histoire des Ordres Monastiques et celle de tous les peuples de la terre, et esquissait une Histoire Naturelle d'Origine. L'Agent s'était avisé dès les premières instructions, que le mot TUBALCAIN, ne devait plus être toléré dans les cérémonies de la Loge Elue et Chérie et devait être remplacé. WILLERMOZ décida de modifier cette erreur dans les rituels du Régime Ecossais Rectifié mais sans pour autant dévoilé l'origine de celle-ci. WILLERMOZ annonça donc que par suite d'une étude de la Vérité faite dans les intentions pures, il avait découvert que le fondateur de la Maçonnerie était un descendant de la race bénie de SEM. Il se trouvait donc à croire que ce descendant était PHALEG, fils d'HEBER et qu'il devait se substituer à TUBALCAIN de peur de faire encourir aux vrais Maçons les suites de l'antique malédiction de NOE. « Le 5 Mai 1785, invoquant la lignée Caïnite et le patronage des forgerons et donc son lien aux métaux, Jean Baptiste Willermoz remplace Tubalcaïn par Phaleg, sur décision de la Régence Ecossaise de Lyon et par Arrêté du Directoire d'Auvergne ».

Dans son exaltation, WILLERMOZ parlait de bruler tous les livres et toutes les histoires des Conciles, tant il se voyait assuré de renouveler l'histoire du Christianisme par l'opération du Saint Esprit. Cette apocryphe démesuré et présenté comme surnaturelle de l'Agent Inconnu connue son point culminant quand il institua une fête annuelle qui devait avoir lieu le 10 avril jour anniversaire de l'Initiation. Elle fut célébrée le 10 avril 1786.

Mais une fois de plus les promesses de l'Agent Inconnu se faisaient attendre et le doute après l'euphorie s'insinua dans les esprits. WILLERMOZ voulut en savoir plus et essaya avec Melle de LA ROCHETTE par le somnambulisme et les dons de voyance qu'elle déclarait. Entre les deux thèses, l'opposition fut rude et l'Agent Inconnu accepta de se dévoiler. Les cahiers secrets de l'Agent Inconnu étaient rédigés par Madame de VALLIERE, Marie Louise de MONSPEY, Chanoinesse de REMIREMONT, ainsi le mystère était éclairci.

Ces faits suffisent pour juger que WILLERMOZ exagérait lorsqu'il prétendait que la «miséricorde divine » ayant choisi comme intermédiaire Madame de VALLIERE, avait pris la voie la plus imprévue, la plus extraordinaire que l'esprit humain puisse concevoir.

Mais le 10 décembre 1788, WILLERMOZ convoqua une réunion générale, où il exposa ses doutes et ses anxiétés à la Société «inquiète et troublée ». L'intervention de la somnambule avait cependant modifié ses propres convictions. WILLERMOZ avait subit l'évolution commune, malgré sa puissance de travail, son désir très vif de tout concilier et de rien négliger, et sa faculté d'illusion ; à force d'assister aux sommeils de la ROCHETTE et de pâlir sur les cahiers de l'Agent Inconnu, il avait oublié beaucoup de ses obligations, peut être même les croyances et tout de même il avait gagné un peu plus de circonspection. Nous ne savons pas s'il avait préservé du déluge des nouveautés ses devoirs de Réaux-Croix et s'il imitait SAINT MARTIN toujours fidèle à observer les périodes d'équinoxes. En tout cas, ce fut à cette époque qu'il rompit avec l'abbé FOURNIE et cessa de lui envoyer sa pension.

WILLERMOZ du rappeler les Frères à l'obéissance entre 1785 et 1788 et à la modération. Mais était-il exempt de reproches, les grades, les rituels et les codes réformés à WILHEMSBAD n'étaient pas encore publiés. C'est justement que les Frères pouvaient s'étonner de la lenteur qu'on mettait à appliquer et publier les réformes du dernier Convent. La proscription du mot TUBALCAIN n'avait pas non plus été acceptée sans murmures. En 1786, la confiance absolue qu'il avait dans les révélations de l'Agent Inconnu l'empêchait de vouloir entrer sur ce point en composition. Il répondit qu'il ne croyait pas que la Maçonnerie eût pour but d'être un lien pour rapprocher les hommes et réclama seulement qu'on lui fit confiance, ajoutant que l'heure était si importante pour les Sociétés de Maçons et que les débutants devaient se laisser guider, un bandeau sur les yeux sans vouloir chercher à comprendre.

1788 - La Maçonnerie n'intéressait plus le public en cette année là, on s'occupait désormais de politique, on critiquait les décisions du Roi et les projets des Ministres.

Après avoir suivi WILLERMOZ dans sa quête obstinée du secret de la Maçonnerie, connaissant bien le bilan de ses multiples expériences au cours de plus de trente années de réflexions, de recherches, nous pouvons rester songeur voire perplexe en voyant si facilement écrire «esprit maçonnique», «idéal maçonnique » comme s'il n'y avait eu dans les loges à cette époque, un seul esprit et un seul idéal : une doctrine optimiste et égalitaire, visant à réformer sociétés et religions, à exalter l'orgueil de l'homme et sa foi dans le progrès matériel. Ce qu'il y a de plus général dans les loges n'est pas d'ordre doctrinal ; leur unité est tout extérieure. Elle vient seulement du cadre adopté. C'est le succès obtenu par les formes en usage dans l'association anglaise des compagnons du bâtiment qui fait que les sociétés Francs Maçons se ressemblent et que l'on peut parler de Franche Maçonnerie ; ce qu'il y a de permanent entre elles, est ce qu'il y a de plus banal dans une société de chrétiens, gens de même métier etc.

On entrait dans les loges pour faire une cure de mystère et d'absurdité. L'homme ne vit pas que de raison, c'est un animal mystique qui s'attache on ne peut plus facilement aux mythes, qui aime les symboles et se plait dans l'obscurité.

1791- La période de 1789 à 1791 fut une période troublée par la révolution française et son intérêt est secondaire dans cette analyse. En 1791, la Bienfaisance conservait à peu près tous ses anciens fidèles. On y relève les noms de : WILLERMOZ, RACHAIS, PAGANUCCI, GRAINVILLE, SAVARON, PERISSE DULUC, CASTELLAS, MILLANOIS, BORY, MONSPEY etc. Bien que n'ayant plus de fonction officielle, il était toujours le centre de l'association. Il réunissait tous les vendredis son Collège de Grands Profès et tous les lundis par quinzaine, les Initiés appelés à étudier les messages de l'Agent Inconnu qui continuait de produire ces fameux cahiers. D'après ces tables, l'Agent Inconnu envoya dix cahiers en 1789, puis vingt cinq cahiers de1791 à 1794. Mais les beaux jours d'entente fraternelle et de méditations en commun, sur des sujets de morale, de thérapeutique ou de métaphysique, étaient bien passés.

La révolution a fait surgir une foule d'espoirs pour un meilleur avenir dans le domaine politique et social, avait aussi éveillé de certains illuminés, l'idée que l'aube nouvelle aurait le sens le plus étendu, qu'elle brillerait aussi dans le domaine spirituel. Au milieu de l'inquiétude générale se fit jour l'espoir qu'une régénération universelle se préparait ; dans certains cercles d'adeptes, quelques exaltés des deux sexes ne se firent pas faute de l'annoncer. Prophètes et prophéties connurent le plus grand succès.

Pendant ces périodes troublées, SAINT MARTIN par sa sœur Claude de SAINT MARTIN amie de Bathilde d'Orléans, sœur du Duc de Chartres, mère du Duc d'Enghien qui s'occupait aussi de Franc Maçonnerie, essayait au mieux de purifier l'atmosphère et de diriger vers la perfection cette femme de Désir(Bathilde) au jugement faible. Ce fut pour elle qu'il publia en 1792, l'ouvrage qui a pour titre « ECCE HOMO ». Louis Claude SAINT MARTIN avait pourtant changé, son dernier ouvrage « L'Homme de Désir » parut en 1790 avait des accents plus libres et plus poétiques que tout ce qu'il avait écrit jusque là. Un moment soumis plus que convaincu par le miracle de l'Agent Inconnu, il avait compris à quelques graves dangers s'exposent ceux qui écoutent les professeurs de sciences occultes, évoquent les esprits, attendent des manifestations extraordinaires et oublient DIEU pour les « gens à secrets ». A la fin de 1789, il décida d'abandonner la Franc Maçonnerie et envoya sa lettre de démission de l'Ordre Rectifié. Il ajoutait qu'il garderait jusqu'au tombeau le souvenir respectueux de Jean Baptiste WILLERMOZ.

1793- Pendant la révolution et ce qui en suivit, nous ne rentrerons pas dans le détail de cette manifestation. L'intransigeance de ROBESPIERRE et la chute de DANTON déchaina une vraie guerre civile, le siège de Lyon dura du 8 août au 9 octobre 1793. WILLERMOZ écrivit que par la fermeté de leurs principes, les Frères Grands Profès surent mieux lutter que les autres Maçons avant d'être entrainés dans le torrent, espérons le. La décadence de la Maçonnerie est pendant les premières années de la Révolution, un phénomène général.

Les Loges se fermaient les unes après les autres. Philippe Egalité le 5 janvier 1793 se démettait de ses fonctions de Grand Maître du Grand Orient. On ne sait pas avec exactitude le rôle que WILLERMOZ occupe pendant la révolution, plusieurs sources divergent. Il décida de se mettre à l'abri avec sa sœur Madame PROVENSAL et il quitta cette maison Bertrand des BROTTEAUX qu'il occupa 18 ans. Le 25 septembre, un logis de 4 pièces au 2ème étage fut loué au nom de Madame PROVENSAL. Celle-ci avait perdu son fils Jean et elle élevait Jeannette PASCAL orpheline, petite nièce d'un vieil ami qu'elle avait reçu dès l'âge de trois ans.

Nous retrouvons WILLERMOZ fugitif et traqué au mois de décembre 1793 pendant la période de 5 mois de terreur de la région lyonnaise de novembre 1793 à avril 1794. Il échappa de justesse à plusieurs arrestations et se réfugia à NERON près de SERMENAS dans l'Ain à deux lieues de Lyon. Le 10 octobre 1794, Lyon se libérait de cette période ténébreuse et mortifiante. WILLERMOZ n'était plus en danger ni sous le coup d'un mandat d'arrêt et il pouvait rentrer à Lyon.

1794 - Tous ces évènements avait fait sentir à WILLERMOZ la chaleur de la famille constituée de ces deux femmes, Madame PROVENSAL et Mademoiselle PASCAL qui s'étaient occupées de lui et de ses affaires pendant son exil. L'attendrissement provoqué par la joie de retrouver sa famille, de reprendre à vivre, WILLERMOZ se laissait aller à une humeur badine et il écrivit des poèmes à Jeannette PASCAL.

Cette jeune femme fut sensible à ces attentions et l'encouragea par des petits mots en retour. L'idylle eut sa conclusion seize mois plus tard. Au mois de mai 1796, WILLERMOZ âgé de 65 ans, épousait Jeanne-Marie PASCAL qui en avait 24.

Ayant perdu ses deux frères pendant la période troublée, il sut profiter de ce moment de bonheur et de plénitude. Il installa sa sœur et sa nouvelle épouse sur les hauteurs de la Croix Rousse, il était l'héritier de son Frère Docteur qui avait acquis un domaine rue des Forces.

1798 - WILLERMOZ tira profit de cet endroit calme, reposant et verdoyant. Il se retrouve membre de la Société d'Agriculture et il devint un agriculteur passionné.

Lorsqu'à la suite du décret impérial du 30 décembre 1809, furent organisés à Lyon, les conseils de fabrique chargés de l'administration des paroisses, WILLERMOZ fut appelé à rentrer dans celui de Saint Polycarpe. Dans ces conseils, prêtres et laïcs étaient assemblés et désignés par le Préfet et l'Evêque. Notre lyonnais fut un candidat de l'évêché.

1803 - Il dina chez le Préfet en 1803 avec le Cardinal FESCH ; en 1805 il fut convié à baiser la main du Pape de passage à Lyon. A mesure que WILLERMOZ avançait en âge, il prenait un plaisir de plus en plus vif à retrouver des témoins du passé, des collaborateurs d'autrefois et à évoquer avec eux d'anciens souvenirs ; parmi ceux-ci, tout se qui tenait à la Franc Maçonnerie occupait toujours la première place.

Car il ne regrettait rien et surtout pas d'avoir été fondateur de sociétés secrètes. Certes, la Révolution bouleversant sa vie, détruisant les loges, décimant Maçons, Coëns, Profès, Initiés, Illuminés de toutes classes et de tous ordres, sans compter les somnambules et les magnétiseurs, avait mis un terme à son ambition de jouer le rôle d'un Prophète élu pour rappeler aux hommes la Vérité ; mais il gardait intacte sa Foi occulte. Seulement il la gardait avec une discrétion chaque jour accrue, comme on conserve un beau feu éclatant, en recouvrant de cendres les tisons rouges du foyer.

La Franc Maçonnerie française put se reconstituer grâce à ROETTIERS de MONTALEAU qui dès 1795 à peine sorti de prison s'employa à réanimer le Grand Orient de France. En 1800, près de cent loges reconnaissaient l'autorité ressuscitée.

L'ordre rectifié essaya également de renaitre mais avec grandes difficultés malgré les bonnes attentions. WILLERMOZ essaya d'y participer comme il l'a écrit en 1810.

Il annonça le réveil de la Bourgogne dont le siège était à Besançon et qui avait pris l'initiative de faire accepter par CAMBACERES, déjà Grand Maître du Grand Orient, le titre de protecteur du Régime Ecossais Rectifié. L'impression est que sous cette situation, l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte reprenait vie.

Suite à la réactivation de la Triple Union de Marseille sous l'égide du Frère ACHARD son ancien Vénérable Maître, dès 1803 il demanda à Lyon et à WILLERMOZ des autorisations, des instructions et des directives. Ce fut une longue correspondance qui dura 6 années et où WILLERMOZ par la main de ses secrétaires composa un véritable cours de Franche Maçonnerie à l'usage des Marseillais. Pour pénétrer les Marseillais, il s'astreignit au long travail de reprendre encore une fois, les codes, les rituels, les cahiers des grades et les instructions secrètes.

Ce fut en leur honneur qu'il termina le travail de synthèse de WILHEMSBAD délaissé au profit de l'ère du magnétisme. Mais ce nouvel effort pour instruire les Frères de Marseille se solda par un échec. Les Frères de la Triple Union trouvaient fastidieux, ennuyeux les rituels codes et autres maximes que WILLERMOZ s'évertuait à leur transmettre. Vu la situation, il leur proposa de se rallier au Grand Orient pour se débarrasser d'eux. Mais cela ne se fit pas, Marseille conserva son affiliation à l'ordre rectifié et continua de correspondre avec Lyon. Pendant ce temps là une nouvelle loge se constitua à Avignon sous le nom de la Bienfaisance dont la composition et l'esprit donna satisfaction à WILLERMOZ qui délaissa les Frères Marseillais au profit des Frères Avignonnais.

1808 - Il reçu les Frères d'Avignon pour les initier aux grades de la classe symbolique mais également dans l'Ordre intérieur et dans la Profession.

Parallèlement, il reçut une missive de BACON de la CHEVALERIE le 27 avril 1808 qui se signalait de nouveau à WILLERMOZ pour lui annoncer le rétablissement de l'Ordre Rectifié à Paris, à Besançon, à Montpellier. La lettre ajoutait et annonçait que le Prince de CAMBACERES avait été nommé Grand Maître de l'Ordre Rectifié en 1802.

Il enjoignait le directoire d'Auvergne de se réunir et de rejoindre cette nouvelle formation avec NEUSTRIE sixième directoire.

WILLERMOZ n'accepta pas de gaieté de cœur d'être traité avec tant de désinvolture, il demanda à ses amis SALTZMAN et VERNETY sur Paris de se renseigner sur cette information. Malgré plusieurs refus, il finit par transmettre aux parisiens et à leur loge « Le Centre des Amis », les rituels et les documents nécessaires.

1810- Les renseignements que nous possédons sur le développement de l'Ordre Rectifié et des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte sont fort rares. En 1811, l'affaire avec le Grand Orient se trouvant totalement rompue. VERNETY avait dès 1809 exprimé son découragement et ses doutes « les Hommes de Désir deviennent rares ». De 1804 à 1810, WILLERMOZ eut à subir des drames familiaux à répétition.

Sa jeune femme mis au monde une petite fille qui mourut quelques jours après. L'année suivante, de nouveau sa femme accoucha d'un garçon le 20 septembre 1805, mais son épouse se rétablissait très mal de cette naissance et la mise au monde d'un troisième enfant la tua. Elle succomba le 9 mai 1808. Madame PROVENSAL mourut en 1810 le laissant seul. WILLERMOZ se trouvait à 80 ans avec un petit garçon de 5 ans à élever. Mais de nature optimiste, WILLERMOZ se remet au travail sur la Franche Maçonnerie, encouragé qu'il est par son jeune fils Francis et il s'inquiétait déjà de sa capacité à pouvoir l'élever. Ce bonheur et cette espérance furent de courte durée, Francis attrapa la fièvre à 6 ans et il mourut le 23 octobre 1812.

1812 - Privé de ceux qu'il avait le mieux aimés, il ne restait plus qu'au vieil homme que l'affection de ses amis. Après tant d'années, ces hommes se retrouvèrent bien peu changés. Charles de HESSE, Jean de THURKEIM, WILLERMOZ tous les trois ayant conservé leurs chimères et leurs enseignements personnels.

WILLERMOZ n'avait pas oublié les inconséquences du mage bordelais et les épreuves de son pénible apprentissage de Réaux-Croix ; mais il avait trouvé le moyen de concilier son juste ressentiment avec la confiance qu'il gardait au prophète inspiré, qu'il tenait pour le dernier héritier de la haute science de Moïse.

Ses convictions de 1768 à 1822, avaient en somme bien peu varié. Il restait inébranlablement fidèle à la religion des Coëns.

1821- Pendant ces 9 années passées, WILLERMOZ s'occupa à ses affaires agricoles et également à sa France Maçonnerie mais en décalé. Il sentit ses forces renaitre passées les lourdes chaleurs d'été.

1822- Il rédigea le 31 décembre 1822 son testament qui instituait ses neveux légataires universels avec une particularité de faire donner après sa mort pendant trois ans des messes dont les dates étaient soigneusement fixées. Il devait aussi prendre une décision pour les volumineuses archives maçonniques et occultistes, dont il était dépositaire et cela le troublait sur qui pourrait assumer la conservation. Ce trouble est il l'indice d'une plus profonde angoisse ?

Au terme d'une carrière bien remplie, examinait-il le bien fondé de ses convictions, s'inquiétait il de la valeur de son œuvre. Tout ce qu'il avait cru, tout ce qu'il avait rêvé, tout ce qu'il avait organisé au prix de tant de peines et de si long travaux n'était plus que ruines; il n'en subsistait plus rien que quelques vains souvenirs bientôt oubliés et déformés. Il n'avait travaillé que pour la plus irréelle des chimères en pensant édifier le Temple Maçonnique comme une école de perfectionnement spirituel où, de grades en grades, le Maçon s'élèverait vers de plus simples vertus morales à la méditation des mystères et, de cette étude fervente, aux communications des esprits célestes jusqu'à son DIEU, le Grand Architecte de l'Univers. Mais il pouvait cependant se donner à lui-même l'assurance que cette faillite d'un grand espoir n'était pas de sa faute, que lui du moins n'avait pas manqué à sa vocation et qu'il était resté obstinément fidèle à ce qu'il avait pris pour un message divin.

1824 - Il mourut le 29 mai de cette année, son neveu veilla à ce qu'il lui fut fait un bel enterrement. Il prévient la société d'agriculture, les bureaux de Bienfaisance, les anciens et nouveaux administrateurs des Hôpitaux de Lyon. Le cortège fut très nombreux. Douze vieillards de la Charité portaient les torches et dix huit prêtres officièrent dans Saint Polycarpe aux deux tiers tendus de noir. La tombe de WILLERMOZ est au cimetière de LOYASSE.

La mort faucha petit à petit tous les mystiques survivants du XVIIIème siècle et de ses loges mystiques. Personne ne garda plus le souvenir de Jean Baptiste WILLERMOZ en dehors des Membres de sa famille et fort heureusement en France depuis 1913, tous les Hommes profanes et orphelins de cette science qui remplit les âmes et éveille les consciences spirituelles. Amen.

Cette analyse non partisane est terminée et elle a pris sa source dans le travail bibliographique et historique d'Alice JOLY et le souci de son détail, la qualité de ses précisions est un bonheur pour le Franc Maçon Rectifié et Chrétien que je suis.

Sans aucune prétention, j'ai mis en «commentaires» des annexes du livre ou des pensées personnelles sur certaines révélations de ce travail.