5 - LA PURIFICATION

Après l'expiation, qui est, en réalité, la vive et douloureuse sensation de ses propres fautes, la lucide et pénible vision de son mal personnel, la douloureuse perception des racines corrompues qui infeste son cœur, pour perfectionner son évolution, le Frère doit passer ensuite par un lent et délicat travail de purification.

L'œuvre de purification, qui arrive pour tranquilliser l'angoisse et la honte qui surgissent grâce au sentiment de culpabilité, prend un caractère vital, et s'impose impérativement à celui qui espère retrouver la plénitude de l'Amour éternel : « Observez comment nous devons être en garde et efforçons-nous pour imiter Adam qui, après avoir confessé son crime avec sincérité et le plus amer repentir, obtint du Créateur sa récompense et fut rétabli en partie dans ses premières vertus et pouvoirs sur les trois genres de création temporelle, sous la condition cependant que son intention et sa volonté soient dans le futur conformes aux lois de son réconciliateur. Réfléchissez au sujet de cette réconciliation, vous verrez toujours en elle le chiffre ternaire, à savoir Adam, Christ et le Créateur » (Traité, 50).

Ceci est suffisamment clair pour qu'il ne soit nécessaire de ne rien ajouter. Cependant, à cette condamnation d'Adam, qui ne peut, heureusement, être éternelle, et pour suivre fidèlement la perspective spirituelle de la « Réintégration », mise au centre du Rectifié, nous voyons surgir de l'homme une aspiration ascendante, un désir de « réconciliation », de restauration, qui doit être l'objet même des travaux constants de chaque frère de l'Ordre après quoi le large travail de purification aura fait son opération. Le Rituel de Maître Ecossais de Saint André dit à ce sujet : « La Franc Maçonnerie bien pensée vous présente toutes ces utiles instructions. Elle vous rappelle constamment et par tous types de moyens, votre propre nature essentielle. Elle cherche constamment les opportunités pour vous donner à connaître l'origine de l'homme, son destin primitif, sa chute, les malheurs qui sont ensuite arrivés, et les recours proportionnés de la bonté divine pour en triompher. Vous pourrez voir à l'Orient, au centre d'un double triangle flamboyant, la lettre H, entourée des quatre principaux outils maçonniques, dont vous avez appris la valeur. C'est l'initiale de l'homme justement vénéré. Cette nouvelle étoile, avec tout ce qu'elle enferme, doit être dorénavant le flambeau qui vous guidera sur le chemin qui vous est marqué ».

24-Rituel de Maître Ecossais de Saint André, op. cit. Il y a indubitablement une grande nouveauté dans l'interprétation que fait Willermoz sur Hiram, après laquelle on ne verra l'architecte du Temple de Jérusalem, comme admis généralement dans l'ensemble des fraternités initiatiques plus anciennes, mais sous la forme de Dieu-Homme, c'est-à-dire, le Divin Réparateur, Messie et Seigneur, Jésus-Christ, ce qui concorde bien avec l'esprit du Régime Ecossais Rectifié, à la fois qui le distingue significativement, en lui conférant un caractère hautement singulier et une originalité qui peut surprendre mais que nous ne saurions nier, tel que nous le démontrent ces lignes destinées aux Chevaliers Grand Profès : « Hiram ressuscité et sortant glorieusement de sa tombe, en s'entourant des mêmes vertus qu'il avait reçu du Créateur, et qui devait le conduire à l'Immortalité, vous rappelle à Dieu-Homme et Divin, dont le maître est l'emblème, lequel, par sa résurrection glorieuse dans un corps incorruptible qu'il manifestait à volonté, fit connaître à ses vrais disciples l'état auquel ils devaient aspirer .Comparez l'histoire de maître Hiram conducteur et guide de tous les ouvriers du Temple, assassiné par des compagnons, avec tout ce qui vous a été enseigné au sujet de cet Agent Universel Divin, et vous trouverez des relations méritantes de toute votre attention » (Instruction Secrète, op. Cit. p. 1048)

Comme nous savons, dû à la confession de son crime, Adam suscita la clémence de l'Eternel qui lui accorda les promesses de sa future communion pour recommencer à se trouver avec la Divinité : « L'homme primitif, poursuivi par la justice, indique le texte du grade, mais repentant et gémissant sur ses égarements, confessa ses crimes et grâce à une sincère confession obtint de la Clémence Divine des secours pour lui-même, qu'il transmit à ses descendants. Il fit de nouvelles promesses, et reçut en réponse de son Créateur la récompense qui serait le prix de sa fidélité »(25). Ibid.

Voyons ce que nous disent les Leçons de Lyon au sujet de la purification qui suivit la préalable expiation du Mineur : « On avait besoin d'une victime pour mériter la grâce d'Adam. Il était nécessaire que sa forme matérielle corporelle fut purifiée par la destruction de son fils Abel et par l'effusion de son sang, afin que, ainsi purgé de son impureté, il devienne plus propice pour la communication. La mort d'Abel n'opéra pas la réconciliation de son père, mais le disposa favorablement pour l'obtenir. Il pouvait l'obtenir seulement de manière parfaite par la destruction de sa propre forme matérielle, mais devait être purgé de son impureté par l'effusion du sang de son fils Abel, et ce fils fut sacrifié uniquement à cette fin »(26). Ibid.

Ainsi qu'Abel fut sacrifié, nous devons laisser mourir en nous les tâches de la honte et devons nous séparer de l'indigne créature que nous gardons en nous, il n'est pas recommandé de nous laisser nous identifier à ce vieil homme corrompu et malade, couvert de vices, dévoré par les plus viles passions ; nous avons l'impérieuse nécessité d'abandonner l'infect personnage qui est enseveli sous le masque du mensonge . Le travail de purification, une fois la faute clairement confessée, se fera dans le silence de l'intime, agissant sans bruit sur l'ensemble des facultés qu'il lavera des scories antérieures et le libérant de l'enchaînement de ses appétits les plus grossiers.

Ne croyons pas, cependant, que ce travail de purification soit relatif à un nouvel et impératif devoir propre au Régime Rectifié, c'est tout le contraire : « Cette doctrine a toujours été dans la base des initiations des sages parfaitement instruits sur elle et l'ont enseignée avec beaucoup de soins à leurs disciples»(27). Instruction Secrète, op. Cit.,p. 1024.

La grande différence, l'énorme distinction qui rend particulière l'œuvre de purification, réalisée en l'ère de grâce initiée par Jésus-Christ est que vous pouvez compter sur l'aide bénéfique et le salutaire pouvoir du Divin Réparateur.

Cependant, malgré ce secours béni :« Il est d'une grande importance pour l'homme de commencer avant tout pour purifier sa forme, de la préserver de toute tâche, de tout excès des sens de la matière qui facilitent en soi contre la communication avec la pensée démoniaque, puisque une forme ainsi préparée, purgée de toutes les impuretés de la matière, est mieux préparée pour recevoir la communication de la bonne pensée et retenir ses impressions . C'est ensuite qu'en unissant sa force à celle de son protecteur, il pourra surmonter les attaques de ses ennemis. On est même moins exposé à ceux-ci parce que la coutume qu'elle contracte avec le bien est un ennui continuel pour l'esprit malin, qui se décourage de ses attaques pour les diriger avec plus de succès contre les Mineurs qui se défendent moins contre chaque pensée maligne que l'esprit pervers envoie à l'homme à travers les agents qui lui servent d'intelligence ».

28- Division ternaire, les os des îles, le bassin ou le ventre 1, les côtés ou capacité de la poitrine 2, la tête 3, font trois parties qui ne peuvent être séparées sans détruire l'être, les 4 membres sont des adhérences ou la partie végétative, ils forment un réceptacle dont le buste est le centre, leur réunion [forme] (mot barré) répète le nombre septénaire qui dirige la Création.

Ce passage de Willermoz illustre bien le sens particulier de la purification et son rôle primordial pour celui qui veut se rapprocher de l'Eternel. Comme l'ennemi est à l'affût de la plus petite faiblesse, celui qui a pris conscience de l'énormité de son crime, et qui désire se laver de l'infecte nature qu'il reçut à sa naissance, ne devra pas oublier que l'adversaire de Dieu travaille en permanence contre le Mineur, et use de mille stratagèmes différents pour l'entraîner vers le crime et la rébellion : «Nous pouvons nous le représenter comment épiant l'usage que l'homme fera de celles-ci ses mauvaises pensées si sa volonté se rallie à elles . Il s'efforce en s'emparant de la volonté vacillante de l'homme ainsi que de toutes ses facultés spirituelles pour l'orienter entièrement vers le mal et, grâce à cette habitude du mal, réussit à faire de lui un véritable intellect démoniaque, similaire à ses agents, qui lui sert pour séduire à son tour ses semblables les hommes ; ce qui est démontré dans sa conduite quotidienne. C'est à travers de l'attirance du plaisir des sens que l'esprit pervers cherche à séduire l'homme, exposé à ce type de séduction tandis qu'il est soumis à ses sens matériels. C'est pourquoi sa vie est un perpétuel combat, c'est en cela que consiste son châtiment. A la première chute de l'homme, il néglige de se servir de sa force et des moyens qui lui ont été donnés pour se lever tôt, l'amenant aussitôt à chuter une autre fois, et cette habitude de chuter l'enfonça dans l'abrutissement, dans le total oubli de ses devoirs et de son existence spirituelle »(29). Ibid.6 Leçons de Lyon, n° 6, 24 Janvier 1774, W.

Il perpétue le combat qui ne cessera pas tant qu'un souffle de vie anime l'esprit de l'homme, car son cœur est singulièrement marqué par la trace de la prévarication. Mais celui-ci combat, et heureusement pour le Mineur qui ne pourrait soutenir seul son exigeante difficulté, il ne peut y arriver sans l'aide charitable de celui qui a pour mission de veiller sur son avenir spirituel et de protéger celui qui cherche sincèrement à s'éloigner de la mort et du péché. Il y a ici une pensée consolatrice et une très utile certitude, plus quand les attaques de l'ennemi ne sont pas illusoires et pénètrent durement dans les facultés endommagées, en affaiblissant la faible créature très malade et fragile. C'est pour cela que rien n'importe plus que de se placer vaillamment dans la voie de la purification, car cette volonté prédispose favorablement envers nous le « bon compagnon » qui, voyant nos efforts répétitifs, malheureusement peu excitants, s'empresse de nous aider dans le chemin, et nous conduit a travers un sentier sûr loin des pièges mortels qui nous entourent et peuvent nous abattre, par le manque de force de notre volonté.

Nous devons pourtant haïr notre faute et également travailler pour nous relever plusieurs fois, ne pas fuir le combat et chercher en avançant constamment dans la voie purificatrice de la régénération :« L'homme vigilant sur lui-même et sur les insidieuses conduites de son ennemi, ou bien qui a eu la disgrâce de tomber, s'efforce avec rapidité à vouloir recommencer à se lever, contracte la bonne habitude de se dominer. Le bon usage qu'il fait de sa force de volonté le rend digne des secours de son compagnon, de son protecteur. Leurs volontés s'unissent, il s'élève au-dessus de ses propres sentiments et le rend plus approprié pour recevoir l'intelligence des choses célestes »(30). Ibid.

L'union de ces deux volontés amène ensuite progressivement le Mineur à se séparer du mal, à « quitter le camp ».

31-L'expression « quitter le camp » se trouve dans deux passages significatifs des Saintes Ecritures. Le premier correspond à l'édification par Moïse, obéissant à l'Eternel, de la maison de Réunion, maison où était déposée l'Arche et qui allait lui servir de modèle pour la construction du Temple de Jérusalem : « Moïse prit la maison et la mit à une certaine distance outre le camp ; il la nomma maison de Réunion .De façon que tous ceux qui requéraient à l'Eternel, allaient à la maison de Réunion qui était hors du camp. Et il était coutume, chaque fois que Moïse sortait vers la maison, que tout le monde se lève et se tienne debout à l'entrée de sa maison, et tous suivaient de vue Moïse jusqu'à ce qu'il pénètre dans la maison. Il succédait que quand Moïse entrait dans la maison, la colonne de nuage descendait et restait à l'entrée de la maison, tandis que l'Eternel parlait avec Moïse . Et tout le village voyait la colonne de nuage rester à l'entrée de la maison. Et tout le village se levait, chacun devant la porte de sa maison, et s'agenouillait. Et l'Eternel parlait avec Moïse en tête à tête, comme à l'habitude de parler un homme à son ami . Ensuite Moïse revenait au camp ; plus le jeune Josué, son assistant, fils de Nun, c'était un jeune homme qui ne s'écartait jamais de l'intérieur de la maison » (Exode 33 :7-11). Le second passage des Ecritures qui parle de cette localisation « hors du camp » est dans le dernier chapitre de l'Epitre aux Hébreux, quand Paul nous dit : « Parce que les corps de ces animaux dont le sang à cause du péché est introduit dans le sanctuaire par le prêtre suprême, sont brûlés hors du camp. A ce titre aussi Jésus, pour sanctifier le peuple au moyen de son propre sang, a souffert passé la porte. Sortons donc derrière lui, , hors du camp, en portant son opprobre ; car nous n'avons pas ici de ville permanente, mais marchons à la recherche de celle du futur » (Hébreux 13 :11-14) . Ce qu'il est absolument nécessaire de retenir de cette singulière formule des Ecritures, est que Dieu désire trouver l'âme fidèle loin du monde et de ses œuvres. Dieu se révéla en sa présence dans un lieu identique depuis le début de la Révélation, et ce lieu est séparé de l'iniquité, retranché du mal et des tâches . Dieu nous reçoit et nous accueille dans la sainteté qui convient à sa Vérité, quand l'âme se retire, s'éloigne des vestiges illusoires et trompeurs d'un monde décadent et prévaricateur, et qui, de manière authentique, avec une grande valeur et une intense flamme intérieure, part à la recherche de cette ville pour venir, c'est-à-dire, le Royaume des Cieux qui nous fut ouvert par le saint sacrifice de Jésus-Christ .

selon l'expression des Saintes Ecritures, à se protéger de l'esprit corrompu du monde. En effet, sous l'antique loi, celui qui était tombé devait aller au Temple avec un animal -colombe, agneau ou taureau- selon la gravité de la faute. Après avoir tué l'animal, le sang de l'innocente victime était introduit dans un lieu saint et le sacrificateur faisait alors sept aspersions devant le voile du Sanctuaire en invoquant l'Eternel.

Ensuite il mettait le sang sur les cornes de l'autel d'or, où brûlait l'encens, et ensuite ce qui restait du sang se répandait complètement au pied de l'autel des holocaustes qui recevait comme offrande, pour être brûlée, la graisse de la victime, et cela hors du Temple. Ainsi ils emportaient les abats de l'animal en un lieu éloigné, et brûlait toute sa chair ; elle était détruite par le feu loin du Temple, et c'était là, dans ce moment, que se réalisait réellement la purification complète du pêcheur.

32 - Dans le livre du Lévitique on décrit avec tout un luxe de détails comment on devait développer le rituel de purification afin de nettoyer de ses péchés celui qui avait commis une faute envers la loi de Dieu sous l'ancienne Alliance. La lecture des ces passages des Ecritures est très instructive, elle montre de brillante manière la grande continuité qui existe entre les sacrifices rituels de la loi mosaïque, encore imparfaits, et le sacrifice absolument parfait, unique et définitif, réalisé par le Divin Réparateur, Jésus-Christ, qui se donna et s'offrit lui-même pour libérer les hommes de leurs péchés, se substituant à l'innocente victime, à l'animal utilisé autrefois comme holocauste devant l'Eternel dans le culte du Temple, répandant son sang précieux sur le bois de la Croix. L'apôtre Paul le réaffirma dans ces termes dans l'Epitre aux Hébreux : « Dans cette volonté nous sommes sanctifiés au travers de l'offrande du corps de Jésus-Christ faite une fois pour toujours. Et certainement tout prêtre est jour après jour administrant et offrant plusieurs fois les mêmes sacrifices, qui ne peuvent en aucun cas effacer les péchés ; mais le Christ ayant offert une fois pour toujours un seul sacrifice pour les péchés, s'est assis à la droite de Dieu, en avant de là il attendit jusqu'à ce que ses ennemis soient mis à ses pieds pour être jugés ; car par une seule offrande il a rendu parfaits les sanctifiés » (Hébreux 10, 10 :14) . Après avoir éclairci ces correspondances sacrées entre le culte du Temple et la Passion du Sauveur, la lecture du Lévitique prend un sens très différent, éclairant fortement notre compréhension de la signification du sacrifice et son écrit fondamental dans l'économie du Salut et de la libération du péché : « Yahvé parla ainsi à Moïse : Parle aux israélites et dis-leur : si quelqu'un pèche par inadvertance contre n'importe quel commandement de l'Eternel sur ce qui ne doit pas se faire et commet une des actions interdites : Si celui qui pèche est le prêtre oint, rendant coupable le peuple, il devra ensuite offrir à l'Eternel pour le péché qu'il commit un taurillon sans défaut, comme sacrifice du péché . Il portera le taurillon à l'entrée de la maison de Rencontre devant l'Eternel, il imposera la main sur la tête du taurillon et l'immolera devant l'Eternel. Le prêtre oint prendra une partie du sang du taurillon et la portera dans la Maison de Rencontre. Le prêtre mouillera son doigt dans le sang et arrosera avec lui sept fois devant l'Eternel face au voile du Sanctuaire. Le prêtre mettra une partie du sang dans les cornes de l'autel de l'encens aromatique devant l'Eternel dans la Maison de Rencontre, et versera tout le sang du taurillon au pied de l'autel des holocaustes qui se trouve à l'entrée de la Maison de Rencontre. De toute la graisse du taurillon sacrifié pour le péché, il réservera la graisse qui couvre les entrailles et tout ce qu'elles contiennent ; les deux reins et l'échine et la graisse y adhérant et le reste qui couvre le foie ; il enlèvera toute la graisse réunie aux reins - tout comme ce qu'il avait avec sa tête et ses pattes, ses entrailles et leurs excréments, le taurillon entier, sera sortie hors du camp, en un lieu pur, à la décharge des cendres . Il le brûlera avec un feu de bois ; il sera brûlé près de la décharge de graisse incinérée » (Lévitique 4 :1-12).

De même, le Divin Réparateur, comme une innocente victime, a subi sa passion dans le Golgotha, en sacrifice pour le péché du monde, hors des enceintes de Jérusalem, hors du Temple, comme l'agneau qui primitivement se livrait aux flammes sous la loi mosaïque. Ceci explique pourquoi, dans l'œuvre de purification que nous réalisons secrètement dans notre cœur, nous devons sortir « hors du camp », nous séparer de l'iniquité et nous diriger vers le lieu de sacrifice pour nous abandonner face à l'Eternel et remettre totalement notre esprit entre ses mains, soutenus par la promesse de l'Evangile qui nous promet qu'à la fin de ce travail de purification réalisé par le Mineur, le Seigneur déclarera : « Et jamais plus je me souviendrais de ses péchés et transgressions » (Hébreux 10 :17), qui nous permet de répéter ensuite, avec l'esprit en paix, ces belles paroles de David : « si loin que soit le coucher de l'orient, il éloigne de nous nos révoltes »( Psaume 103 :12).

Il ne se trouve pas là, dans ce travail de purification, un des premiers principes enseignés au frère Apprenti du Régime Ecossais Rectifié, un des plus sacré devoir qui symbolise la blancheur du beau tablier de peau blanche qui est remis au nouvel initié par le Vénérable Maître de la Loge ? Les termes qui accompagnent le geste du Vénérable Maître sont dignes d'être mentionnés : « Recevez de mes mains l'habit de l'Ordre le plus ancien et le plus respectable qui n'ait jamais existé. Sa blancheur vous indique la pureté qui est le but de nos travaux, et que nous cherchons à recouvrer .On ne peut y parvenir que par la Justice, la droiture du cœur et l'innocence des habitudes. Ne paraissez jamais en Loge sans être décoré de ce tablier blanc »(33). Rituel du Grade d'Apprenti du Régime Ecossais Rectifié, op. cit.

Quand on entend que cette énigmatique appellation de «l'habit de l'Ordre le plus ancien et le plus respectable qui n'ait jamais existé », recouvre et évoque la mante blanche des Pauvres Chevaliers du Christ, mais en plus et en réalité, le corps glorieux d'Adam, pur et sans tâche, dans l'Eden, avant qu'il succombe malheureusement à la tentation en se rebellant contre les lois de l'Eternel, on perçoit beaucoup mieux quel est le véritable sens de l'exhortation qui suit la réception du tablier de peau blanche : « Sa blancheur vous indique la pureté qui est le but de nos travaux, et que nous cherchons à recouvrer » .

La recherche de cette pureté est pourtant l'objectif principal de l'initiation maçonnique dispensée par le Régime Ecossais Rectifié, qui se particularise clairement en dévoilant ouvertement que son objectif, objectif proposé sans aucune dissimulation au moment même de l'arrivée du Frère au premier degré est, non pas l'acquisition d'un corpus intellectuel symbolique, la possession d'une immense culture ésotérique de nature livresque, l'accès à un ensemble de connaissances occultes et secrètes, mais au contraire, parle de se situer et d'avancer dans le chemin de retour vers notre source originelle, en acceptant le principe des durs sacrifices que ce chemin exige: « Mon cher Frère, il n'est pas rare de voir les hommes désirer, chercher et persévérer dans leurs désirs . Souvent, la curiosité seule peut en être le mobile : tous les hommes veulent savoir et connaître, et la plupart d'entre eux se font illusion sur les motifs de leurs recherches ; ils se glorifient de la faire passer de même dans l'esprit de ceux dont le secours leur serait nécessaire.

Mais un œil exercé, ne s'y trompe pas, il reste sourd a leurs demandes, et restent entourés de silence, de telle sorte que l'on ne voit pas en eux le signe caractéristique de la sincérité et de la pureté de leurs désirs . Mais il est beaucoup plus rare de les voir consentir volontairement à souffrir pour trouver, à faire tous les sacrifices de l'amour-propre, des préjugés et des privations pénibles que l'amour exige . C'est, cependant, là le seul caractère du véritable désir et de la persévérance ; voilà pourquoi, mon cher Frère, on vous a déclaré souffrant »(34). Ibid.

Heureusement, nous n'avons pas été abandonnés, livrés à nous-mêmes dans cette voie purificatrice, un guide, un fidèle compagnon nous accompagne, et reste à nos côtés pour nous éviter de perdre nos intentions et succomber devant les forces de l'adversité. C'est grâce à ce guide que nous arriverons au bout de notre travail purificateur et que nous réussirons à traverser, sans beaucoup de difficultés, les différents pièges qui nous guettent le long du chemin. Ce guide, dans nos ténèbres, nous l'avons senti à nos côtés durant notre réception tout le long des trois voyages que nous avons faits, et sa main bienfaitrice était celle que le ciel nous envoyait lorsque nous cherchions à nous mettre en conformité avec ses lois, aussitôt que nous avons travaillé à nous réformer, pour laisser la lumière agir dans notre cœur : « Le Vénérable Maître, après s'être assuré de la sincérité de vos désirs, de la fermeté de vos résolutions et du consentement de la Loge, vous a livré aux épreuves antiques qu'il était indispensable de vous faire subir et sans lesquelles vous ne pouviez être reçu . Ces épreuves vous ont été figurées par trois voyages mystérieux qu'on vous a fait faire, par divers chemins, dans l'obscurité autour de la Loge, en tenant la pointe nue d'une épée sur votre cœur. Mais vous n'auriez pas pu les faire sans un guide sûr et fidèle pour diriger votre marche : ce guide vous a été donné, il ne vous abandonnera jamais si vous ne le fuyez vous-même. Le Second Surveillant a été chargé de vous conter sensiblement ses fonctions dans le cours de vos voyages »(35). Ibid.

Bien évidemment les travaux auront pour fonction de nous mettre en conformité avec nos devoirs, lesquels, pour la Maison rectifiée, se référent précisément à la nécessaire « vigilance du cœur », la vigilance face aux attaques ennemies, la lutte pour conserver dans son état de relative virginité notre âme fragile, malade et faible. L'initiation sera donc un travail de purification afin de nous permettre de nous rapprocher de notre Sainte Source, l'authentique demeure où nous devrons résider pour l'éternité, en nous rendant conformes et fidèles, fuyant la bassesse grossière de ce monde de matière déchu, à la blancheur de notre état originel : « L'Orient Maçonnique signifie la source et le principe de Lumière que cherche le Maçon. Elle vous a été représentée par le chandelier à trois branches qui brûlaient sur l'Autel d'Orient, comme étant l'emblème du triple pouvoir du Grand Architecte de l'Univers. Cette Lumière est le premier vêtement de l'âme, l'habit que l'on vous a donné n'est que sa représentation et sa blancheur en désigne la pureté. Le signe que l'on vous a donné, séparant la tête du buste, vous rappelle la supériorité originelle de l'homme sur tous les animaux ; gardez-vous donc d'assimiler votre nature à la sienne »(36). Ibid.