4 - L'EXPIATION


Après s'être introduit ainsi indirectement dans cette « science de l'homme » par excellence que le Régime Rectifié présente merveilleusement, et en prenant conscience de la nature des enfants d'Adam, jugement sévère qui appelle immédiatement l'attention de l'observateur quand il examine le discours proposé à celui qui est reçu aux sein des loges situées sous les lumières de la réforme de Lyon depuis le grade d'Apprenti, nous frémissons sur la singulière insistance à l'égard de l'état de triste dégradation dans lequel se trouve la créature et le regard implacable sur la situation de chute dans les ténèbres de ce monde.

Les exemples ne manquent pas, quand, y compris avant d'être introduit en loge, le profane se voit assailli par une vigoureuse succession de sombres sentences dont l'objectif est de montrer l'aspect tragique de sa vie actuelle, ainsi que la sinistre tonalité de son existence naturelle. Quand il est encore dans le porche, le Frère introducteur dit au candidat :

« Que celui qui, profitant de la lumière, refuse de la prendre pour guide, soit éprouvé par les ténèbres. Peut-être croyez-vous que la lumière peut s'étendre sur l'homme vicieux et corrompu ? Vous êtes dans les ténèbres, mais n'ayez pas peur. Votre guide avance dans la lumière et il ne peut s'égarer. »(14) Rituel du Grade d'Apprenti du Régime Ecossais Rectifié, op. cit.

Le frère avait au préalable prévenu le candidat avec ces paroles considérables : « C'est par sa faute, monsieur, que l'homme a perdu la lumière que vous venez chercher parmi nous. Considérez avec attention durant cette retraite ce que vous devez faire pour mériter qu'elle vous soit rendue ». D'autre part, durant l'exercice de ces demandes et réponses, à la question qui lui sera formulée après sa réception : « Pourquoi étiez-vous privé de la lumière ? », l'Apprenti répondra par cette phrase pleine de signification : « Parce que mes passions, ainsi que les ténèbres de mon âme, m'empêchaient de la voir ».

Ainsi, la colonne brisée, placée dans l'endroit correct et mise en évidence dans la Loge, héritage symbolique de la Stricte Observance, mais qui prendra dans le Rectifié une dimension supérieure incomparable, deviendra le symbole par excellence de cette « Chute », et rappellera constamment au Frère qui se trouve dans un état de misère lamentable, que c'est seulement un vestige, des ruines du Temple autrefois glorieux.

15-Il existe ici une certaine audace sémantique en conférant, ipso facto, à la colonne brisée qui provient de la Stricte Observance, un caractère complètement martiniste (après avoir rattaché, comme on a pu soutenir quelque fois, un peu hâtivement, que la dite colonne avec les différentes parties de la figure universelle de Martines : terrestre, céleste, supra céleste et immensité divine) quand le sens évident qui lui a été donné quand furent créés les rituels est de toute évidence, pour Willermoz, celui d'évoquer les restes des ruines d'un édifice qu'il convient maintenant de reconstruire et de réédifier dans toute sa totalité, avec l'aide du Divin Réparateur . Cependant, si nous considérons que l'homme représente en lui-même l'ensemble du Grand Temple Universel endommagé par la Chute, il n'est pas erroné de penser que cette colonne est comme une image emblématique de l'homme qui reproduit l'image plus élargie du Temple Général Universel. « Le corps de l'homme est une Loge, ou un Temple, qui est la répétition du Temple général, particulier et universel »(Leçons de Lyon, n° 4, Janvier 1774) . D'autre part, Willermoz se déclarait « dépositaire de certaines connaissances qui pouvaient s'adapter à la maçonnerie dans le cas où elles lui avaient appartenues dans son origine ». Cependant, comme le faisait ressortir Robert Amadou, « Willermoz inséra ces connaissances par doses successives et croissantes dans le rituel des grades de la Stricte Observance Templière, après avoir apporté au contenu le minimum de corrections qu'imposait ce dernier. Il est certain que l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte a repris la forme de la Stricte Observance Templière plus étroitement qu'il est souvent supposé, mais en changeant son esprit, en substituant la Doctrine de la Réintégration de Martines de Pasqually à l'idéologie templière ». L'analyse de Robert Amadou coïncide ainsi avec notre conviction en rapport à la colonne brisée et la traduction qu'il convient d'en faire pour respecter le sentiment que voulut lui donner Willermoz et ne pas dépasser, par excès de zèle, la valeur exacte et la portée pédagogique authentique de ce symbole du premier grade du Rectifié : « Exemple : dans le premier grade, le tableau représente une colonne brisée, avec la devise Adhuc stat . Interprétation de la Stricte Observance Templière : l'Ordre du Temple est décapité, mais la souche demeure. On peut avoir des espoirs. Pour les Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, on peut également avoir des espoirs, mais avec un sens différent : l'homme a chuté, mais toutefois il possède le droit de vivre en son principe et les moyens pour revenir » (R. Amadou, Martinisme, op. cit., p.21) .

Cela n'est rien comparé avec ce qu'espère l'initié dans le reste de sa carrière maçonnique, et on lui rappellera dans n'importe quelle circonstance la honte qu'il a ressentie devant la pauvreté de son état. Le surprenant discours qu'il entendra lors de sa réception au Grade de Maître Ecossais de Saint André est très significatif à ce sujet : « L'homme fut créé libre ; c'est-à-dire avec la faculté d'agir selon sa pure et sainte volonté qui l'unit à son Créateur. L'abus qu'il fit de sa liberté fit qu'il la perdit, car il se convertit immédiatement en esclave de ses désirs désordonnés, de ses inclinaisons désordonnées, de ses passions et de tous les défauts que celle-ci engendrent.

L'orgueil fut son crime, et il le transmit avec sa seconde vie, périssant, à toute sa postérité. Ce vice originel s'est converti en pire fléau du genre humain, la première cause des combats particuliers et généraux et de tous les désordres qui, de tous temps, ont agité et dévasté la terre .Vice honteux, que l'homme déteste et méprise chez son semblable ; qui provoque toute son indignation quand il voit et surtout sent ses plus minimes explosions .Et cependant il a la folie, la bassesse de se flatter, de s'efforcer presque toujours à se justifier, incluant certaines fois d'oser s'en glorifier ! Mais la justice souveraine le poursuit et tôt ou tard l'humilie »(16). Rituel du grade de Maître Ecossais de Saint André, manuscrit 5922/2 Bibliothèque de Lyon

Nous pourrions amplement multiplier ces exemples, nous voyons clairement que cette impressionnante insistance, un peu choquante pour certains, participe d'une intention non fortuite obéissant à une volonté longuement méditée s'appuyant sur une vision Générale du monde directement prise dans les thèses de Martines, mais auxquelles il apporte de notables éclaircissements en référence à la nature humaine et ses facultés désordonnées . Et voilà ce que disent à ce sujet et sous la plume de Willermoz, les Leçons de Lyon : « le corps matériel qui recouvre l'homme est totalement contraire à sa nature primitive. Pour cela, l'esprit enfermé en lui tend toujours à se défaire de lui et désire ardemment rompre les liens. Le Créateur est un être trop pur pour communiquer directement avec un être impur comme l'homme de ce corps de matière de laquelle il est revêtu suite à son châtiment. C'est précisément qu'il commence par purifier sa forme corporelle pour pouvoir commencer ici bas la réconciliation ».

17- Il nous est enseigné que l'homme fut créé à l'image et à la ressemblance de Dieu. Le Créateur étant pur Esprit ce n'est pas par sa forme corporelle que l'homme peut être son image et sa ressemblance ; que ce ne peut donc être que par ses facultés spirituelles, puisque l'Etre spirituel mineur ou l'homme est une émanation de la Divinité et doit participer à l'essence même de cette Divinité et à ses facultés. Nous en avons une bien faible image mais sensible dans la reproduction journalière de tous les êtres temporels, /mais/ l'être produit quoiqu'en similitude de l'être producteur et participant à sa nature n'est pas pour cela l'Etre producteur lui-même, de même l'homme vient de Dieu, participe à son essence et à ses facultés sans être Dieu lui-même, sans détruire l'image et la ressemblance qui lient l'un à l'autre. Il y aura toujours l'immense différence qui doit être entre le Créateur et la Créature. Ainsi donc, comme l'homme sent en lui la Puissance ou les facultés distinctes de la Pensée, de la Volonté et de l'Action, nous pouvons dire avec vérité qu'il est réellement par ces trois facultés spirituelles qui sont innées en lui la vraie image du Créateur comme il en est la ressemblance par les trois facultés puissantes qui sont de même innées en lui : l'Intention, le Verbe, et l'Opération dont nous parlerons dans un autre temps et qu'il ne faut pas confondre avec la Pensée, la Volonté et l'Action.

Et comme si ce vice sur la corruption de la chair de l'homme n'était pas suffisant pour humilier sa vanité, Willermoz nous montre en continuant, toujours dans la même leçon du 24 Janvier 1774, la noirceur de son esprit vendu aux forces maléfiques : « L'homme émané dans un état de gloire et de pureté pour réaliser les décrets de l'Eternel dans la création universelle, loin d'agir selon les lois, préceptes et commandements qu'il avait reçu, orgueilleux de sa puissance qu'il finissait de mettre en acte sous le regard même du Créateur, reçut en cet état l'insinuation du mauvais intellect auquel il abandonna sa propre bonne volonté, et agis selon son conseil démoniaque ».

De quelle manière sera puni l'homme pour cet acte coupable ? Ecoutons Willermoz pour le savoir : « L'homme fut puni pour son crime d'une manière conforme à la nature même du crime, il fut enfermé dans une prison ce cette même matière qui le contenait et s'est soumis ainsi à l'action sensible des esprits pervers sur ses sentiments contenus dans cette matière qui avait été créée pour le maintenir en privation Adam, tombé de son état de gloire et enseveli dans un corps de matière ténébreuses, sentit rapidement sa privation . Son crime demeurera toujours devant ses yeux». (18). Ibid.

Willermoz, qui se sert des différents grades du Rectifié pour développer toute la perspective spirituelle de la Réintégration en plaçant constamment l'homme au centre de son projet initiatique, essayera de cette manière d'amener progressivement le Frère à comprendre qu'il possède des moyens efficaces pour effectuer son chemin de retour vers la Divinité. Et, touchant de manière précise le sujet de la correspondance avec le sacrifice primitif, le moyen particulier qui sera proposé au cherchant, et ici nous recommençons à trouver une étrange parenté avec l'ancien culte du Temple qui apparaissait quelques fois dans les opérations et rituels des élus Cohen, celui de « l'expiation », tel que Martines l'enseigna à ses disciples.

Bien évidemment, la traduction que fera Willermoz sera proportionnelle aux qualifications propres de la vie maçonnique et adaptée au climat fondamental chrétien qui image son rite, mais les indications qu'il nous donne sur ce point sont profondément instructives, et cela dès le premier grade, car il sait que la possibilité de la régénération de l'homme est fragile et, surtout, qu'il ne doit pas être prorogé car le temps qui n'est pas octroyé est limité : « Vous avez été reçu maçon par trois coups de maillet sur le compas dont la pointe était posée sur votre cœur.

Le sang vous rappelle que ce fut par l'émission du sang que l'alliance du Seigneur fut formée avec Abraham, père du peuple élu ; c'est par le sang que la loi donnée à Moïse sur le mont Sinaï fut pratiquée dans le Temple ; finalement c'est par le sang que la loi de grâce fut établie et propagée. Les trois coups sur le cœur désignent l'union presque inconcevable, qui existe en vous, de l'esprit, de l'âme et du corps, le grand mystère de l'homme et du Maçon, figuré par le Temple de Salomon ». (19). Rituel du Grade d'Apprenti, op.cit.

Egalement, faisant écho aux instructions du Traité sur la Réintégration, les leçons de Lyon avaient abordé ce sujet avec ces lignes chargées d'un sens évident : « Nous avons seulement un temps pour notre expiation, c'est pourquoi le prolonger équivaut à nous perdre. Toutes les réconciliations se caractérisent par une effusion de sang : la circoncision avec Abraham, Moïses dans les quatre coins de l'autel, le tau marqué par l'ange dans la vision d'Ezéquiel, et finalement le réceptacle du Christ moribond. Et voilà ce qui nous porte à l'unité.

20- L'homme, être spirituel mineur, avait un culte à opérer. Il était pur et simple, mais ayant dégradé son être et dénaturé sa forme, son culte a changé, il est devenu sujet à la loi cérémoniale du culte. L'homme, participant à la nature divine et complétant la quatriple essence, doit rendre un culte qui correspond aux 4 facultés divines dont il est l'image et la ressemblance. Culte d'expiation, de purification, de Réconciliation, de sanctification. Le dernier correspond à la pensée divine. Le 3me à la Volonté ou au Verbe, le second à l'action, le 1er à l'opération. L'homme, dans son premier état, n'avait à opérer pour lui qu'un culte de sanctification et de louanges, il était l'agent par lequel les esprits qu'il devait ramener devaient opérer les 3 autres, étant tombé, il faut qu'il les opère pour lui-même. Ces 4 cultes étaient désignés dans l'ancienne loi par les 4 sacrifices différents que faisait le Grand Prêtre, par les 4 espèces d'animaux, ils le font encore par les 4 temps ou fêtes principales et par les 4 prières journalières.

C'est pour cela qu'il nous est dit, dans la même leçon : « La vie temporelle de l'homme ici-bas est une expiation, mais pour que cette expiation s'accomplisse et le conduise à sa réconciliation, il ne suffit pas de passer le temps avec indifférence. S'il se complait dans les ténèbres dans lesquelles il se trouve, s'il ne s'oriente pas vers la lumière, s'il ne le désire, s'il ne le demande, le temps qui passe ainsi n'a pas de fruit pour lui. Sa réconciliation ne peut lui être octroyée tandis qu'elle est séparée de son principe et qu'elle souffre des souffrances qui sont la conséquence de cette séparation »(21). Ibid.

Cette lecture nous rappellera complètement les lignes du 4ème grade qui nous explique en quoi consiste le travail de discernement du Compagnon Rectifié : « Dans le second grade, souillé par les mêmes imperfections, vous vous montriez plein de folle présomption ; vous applaudissiez les petits succès de vos premiers efforts, comme s'ils étaient considérables. Pour vous détromper, on vous placera devant l'important symbole des Compagnons, pour vous apprendre à reconnaître réellement tel que vous êtes, dans tout ce qui constitue essentiellement votre être moral et intellectuel. Vous avez compris sans effort que ce miroir qui montrait fidèlement vos traits naturels n'était autre qu'une allégorie d'une démarche beaucoup plus importante et beaucoup plus profonde que vous aviez à faire sur vous-même. Vous avez dû apprendre qu'il fallait fouiller au fond de votre cœur, sans complaisance et sans illusion, pour découvrir là vos défauts, peut-être également vos vices, qui généralement sont plus connus par les autres que par nous-mêmes, et pour vérifier, par un examen sévère, les progrès que vous auriez pu faire jusque là dans votre travail sur la pierre brute, et ceux qu'ils vous restent à faire . N'oubliez pas que pour atteindre cette connaissance, si nécessaire, de soi même, il est nécessaire un grand désir, beaucoup de courage, ainsi que des efforts soutenus de l'intelligence ». (22). Rituel du Grade de Compagnon du Régime Ecossais Rectifié, rédigé au Convent Général de l'Ordre en 1782, version complétée par Jean-Baptiste Willermoz et communiquée par lui en 1802 à la Respectable Loge de La Triple Union à l'Orient de Marseille.

C'est dans le sens propre et figuré, l'authentique étape du miroir, le moment durant lequel finalement est perçu et jugé l'immense mensonge qui nous sert pour masquer la triste réalité de notre malade individualité, le misérable aspect du personnage que nous prétendons être, quand en réalité nous ne sommes que boue et boue puante, puisque fondamentalement nous sommes corrompus . Cette cruelle et peu brillante perception, qui devrait nous inspirer une certaine humilité, est le prix élevé que nous devons payer pour que puisse surgir du plus profond de nous même un sincère repentir, un solide sentiment de honte, qui a provoqué la clémence de l'Eternel envers Adam après ses péchés. Le Traité de la Réintégration des êtres est, à l'égard de la question du repentir d'Adam, très instructive, et mérite que soient méditées les lignes que l'on y trouve car elles sont la source des grandes orientations spirituelles du Rectifié, et de manière générale, de toute véritable initiation chrétienne : « Sans cette punition l'expulsion de l'Eden et la perte de son éternité après s'être converti en otage de la mort le premier homme n'aurai pas fait pénitence de son crime, n'aurai pas obtenu sa réconciliation ; il n'aurait pas engendré sa postérité et serait resté comme Mineur des mineurs démoniaques desquels il s'était converti à ce sujet . Au lieu de cela, pour sa réconciliation spirituelle il a été replacé par le Créateur avec les mêmes vertus et puissances qu'il avait avant contre les infidèles à la loi divine. C'est pour cette réconciliation qu'il obtint pour la seconde fois les pouvoirs pour et contre tout être créé » (Traité, 21).

Si le témoignage et la confession de notre caractère ténébreux, ainsi que le long travail de réforme pour arriver à cet état, avec toujours, au-delà des époques et du temps, les deux premières étapes indispensables et préalables à quelque avance en la vie spirituelle, est que nous sommes situés, par rapport à ce point et à d'autres, en parfaite ressemblance et solidarité ontologique avec notre père charnel Adam, et nous devons, comme lui, pleurer nos fautes, et immédiatement après nous agenouiller devant le Créateur pour le supplier de nous accorder son pardon. C'est exactement ce que fit Adam, et ce qui provoqua, heureusement, un mouvement de clémence miséricordieuse de la part du Très Haut.

23-Martines nous fait connaître, dans un de ses passages très beau et émouvant du Traité , la magnifique prière qu'Adam prononça devant l'Eternel, avec le visage contre terre, avec laquelle il obtint sa réconciliation ainsi que celle de sa postérité, prière avec laquelle chaque Frère du Rectifié tirera profit en la récitant quand il sentira la nécessité de retrouver le chemin du repentir en se retirant du monde silencieusement dans la solitude de sa chambre pour implorer depuis là son Père qui est aux cieux, prière qui est aussi l'énoncé de tous les attributs et Nombres divins en relation avec le créateur et qu'Adam, qui les avaient méprisés, enviés et niés, et qu'il proclamait maintenant en un édifiant éloge de glorification : « Adam a toujours reconnu la grandeur de son crime. Il est arrivé immédiatement pour gémir sur sa faute et demander pardon pour son offense au Créateur. Il se soumit à une retraite et là, entre gémissements et pleurs, il invoqua ainsi le divin Créateur : « Père de charité, de miséricorde ; Père vivifiant et de vie éternelle, Père Dieu des dieux, du ciel et de la terre ; Dieu fort et très fort ; Dieu de justice, de travail et de récompense ; Eternel tout-puissant ; Dieu vengeur et rémunérateur ; Dieu de paix, de clémence, de compassion charitable ; Dieu des esprits bons et mauvais ; Dieu fort du Sabbat ; Dieu de réconciliation de tout être créé ; Dieu éternel tout-puissant des régions célestes et terrestres ; Dieu invincible, qui existe nécessairement, sans principe et fin ; Dieu de paix et de satisfaction ; Dieu de toute domination et puissance de tout être créé ; Dieu qui punit et récompense quand il le désire ; Dieu quatre fois fort des révolutions et des exercices célestes et terrestre de cet univers ; Dieu magnifié de toute contemplation, des êtres créés et des récompenses inaltérables ; Dieu père sans limite de miséricorde en faveur de ses faibles créatures, complaisant avec celui qui gémit devant toi pour l'abomination de ses crimes . Ce n'est plus que la seconde cause de sa prévarication. Réconcilie l'homme en toi et soumets-le pour toujours. Bénis-le pour que dans le futur il se maintienne inébranlable en tes lois. Bénis aussi l'œuvre faite par la main de ton premier homme, afin que ni lui ni moi succombions aux demandes de ceux qui sont la cause de mon juste châtiment et de l'œuvre de ma propre volonté .Ainsi soit-il » (Traité, 25). Par rapport à l'œuvre de réconciliation, et pour se faire une idée de l'essentiel qu'il pouvait représenter pour Martines, nous lirons avec intérêt la prière de réconciliation que l'Ordre des Elus Cohen donnait à ses membres pour qu'ils la récitent (dans la présente œuvre, voir Annexe III : Invocation de Réconciliation des Elus Cohen).

Martines insista avec raison sur l'importance à nous conformer à l'attitude d'Adam pour pouvoir, certainement, nous montrer dignes de la grâce divine, mais surtout pour éviter de chuter entre les mains de l'adversaire de Dieu qui cherche, en nous séduisant, à nous entraîner pour la mort, destin de ceux qui ne se sont pas réconciliés, et « être la proie des esprits pervers », qui désirent éviter la communion du Mineur avec le Ciel, communion bénie et sainte qu'ils haïssent avec exécration et violente répulsion.