6 - LA RECONCILIATION

Malheureusement, depuis Adam, la rébellion, l'insoumission, l'esprit de haine et l'orgueil séparent brutalement les hommes de la Lumière éternelle ; nous nous trouvons ainsi, et avec nous tous les enfants de la colère, depuis l'instant fatal de la faute, complètement isolés, en opposition complète face aux vérités divines. Logés dans une prison étanche à une complète indifférence vers Dieu, toute possibilité d'accéder aux saintes réalités nous est inaccessible. Rien ne peut nous permettre de traverser les formidables barrières qui nous interdisent de communier et jouir des joies célestes. Pour cela nous devrions pouvoir disposer d'un esprit serein, dépourvu de tout trait d'hostilité envers le Divin. Mais, comme nous le savons, ce n'est pas le cas, mais tout le contraire, puisque toutes les générations végètent, inspirées par des pouvoirs pervers, en fulminant de vénéneuses injures contre les lois du Ciel.

Par grâce, il ne nous a pas été donné de voir et connaître le triste état dans lequel nous nous trouvons et, remplis de larmes, nous pouvons confesser humblement nos fautes en suppliant le Seigneur de nous accorder sa bienfaitrice clémence. Le cadre sombre et noir de notre lamentable et pénible dégradation fut décrit avec une grande rigueur par Willermoz dans la cérémonie de réception de Maître Ecossais de Saint André, ou nous voyons que la confession de son crime, et la ferme volonté de ne pas chuter à nouveau, est l'unique condition à partir de laquelle le Mineur peut espérer être rétabli en justice devant Dieu : « C'est la dégradation de l'homme, l'abus de sa liberté, le châtiment reçu pour cela, l'esclavage dans lequel il est tombé et les conséquences funestes de son orgueil, qui vous a été aujourd'hui présenté dans la première planche, au travers de l'image du saccage et de la destruction du premier Temple de Jérusalem, image sensible de l'humiliante métamorphose que la dite dégradation occasionna sur la première forme corporelle de l'homme. Vous avez été introduit dans la Loge Ecossaise, enchaîné et comme esclave de vos ennemis. Mais la renonciation que, quand le Maître vous a interpellé, vous avez faite de vos passions et vices, de ce que ces chaînes étaient l'emblème, jointe à la promesse faite de travailler valeureusement avec vos Frères à la reconstruction du Temple démoli, les ont faites tomber de vos mains et vous ont rendue la liberté. Employez donc, à l'exemple des Israélites convertis, toutes vos forces à déraciner de plus en plus ces défauts de vous et soustrayez-vous à leurs attaques dangereuses. C'est le moyen le plus sûr pour récupérer votre primitive liberté et faire que tous vos pas vous rapprochent d'elle.

L'homme primitif, poursuivi par la justice, mais repenti et gémissant pour ses dérives, confessa son crime, et par une confession sincère obtint la Clémence divine et de puissantes aides pour lui-même, qu'il transmit à ses descendants. Il fit de nouvelles promesses et reçut à son tour de son Créateur les récompenses qui furent le prix de sa fidélité. L'histoire du peuple hébreux, entièrement vraie, n'est rien d'autre que la répétition à grands traits de celle de l'homme primitif en général, et est, à son tour, le grand modèle de tous les grands événements passés et à venir . Ne perdez pas de vue, mon cher Frère, ce rayon de Lumière qui ici finit de vous impressionner, puisque il agrandira souvent vos idées »(37). Rituel de Maître Ecossais de Saint André du Régime Rectifié, op. cit.

Un peu plus loin, Willermoz retourne une fois plus sobrement sur le caractère fondamental du véritable repentir et son aspect crucial dans la voie de réconciliation parfaite, insistant, avec raison, au Frère qui durant la cérémonie est un simple maître puisqu'il n'a pas encore découvert l'autel des parfums, pour lui faire sentir l'importance sur le besoin du devenir spirituel de son âme, qui lui permet de se situer dans une position identique de repentir de ses fautes devant l'Eternel s'il veut avancer vers la Lumière et retrouver sa pureté primitive : «les Israélites, réduits à une dure captivité comme châtiment pour l'abandon de la Loi divine, pour leur idolâtrie et tous leurs crimes, se livrant finalement à un sincère repentir, obtinrent de la bonté divine le pardon et leur retour à Jérusalem. Cependant, durant longtemps ils furent fustigés et interrompus dans leurs travaux par de faux frères, changés en ennemis. Mais Ciro fut l'agent élu et prédestiné, qui leur offrit les moyens pour reconstruire le Saint Temple sur ses anciens fondements. La parole et le feu sacré retrouvés, et l'incendie miraculeux de l'holocauste sur l'autel, furent les signes visibles de leur réconciliation et de l'accomplissement des promesses réfléchies de leur repentir. Ceci sont les faits que nous terminons de décrire dans la seconde partie de votre réception, et qui vous ont été figurés sur la seconde planche. Mais il dépend de votre intelligence de trouver les relations qui naturellement doivent résulter de ces faits . Il vous appartient de vous impliquer, par votre propre travail, sur les relations existant avec l'homme en général et avec vous-même »(38). Ibid.

A l'amère tristesse, à la profonde ignorance et au sincère désespoir succède donc le travail souverain, le lent travail de redressement et de nettoyage des sombres pensées, la rectification des méchantes inclinaisons, la silencieuse discipline réalisée contre la créature infidèle. Ce sera l'objectif principal de l'œuvre de purification, qui ne sera jamais complètement terminée, mais cependant indispensable pour nous permettre de nous présenter avec de justes dispositions devant l'auteur des jours, le Saint Créateur. Nous, morts selon l'esprit, avec « la compréhension obscurcie, étranger à la vie de Dieu par la faute de l'ignorance et de l'endurcissement de notre cœur, avons perdus tout sentiment moral, en nous livrant à la dépravation pour pratiquer avec avidité n'importe quelle impureté » (Ephésiens 4 :18).

Souillés par le vice, mêlés aux enfants de la désobéissance « entre lesquels, nous vivions aussi autrefois avec la luxure de notre chair, selon les désirs de la chair et des mauvaises pensées » (Ephésiens 2 :3), ayant consommé la rupture totale et définitive avec Dieu, nous sommes maintenant capables de nous diriger vers Lui et recevoir son pardon, car l'Eternel, malgré nos fautes, n'a à aucun moment cessé de nous aimer comme il le montra en nous envoyant un guide sauveur, son propre Fils, qui connaissait la diabolique désorientation du cœur de l'homme, précisément pour nous réconcilier et nous laver de tous nos péchés. Le don fait au monde par le Créateur de son Fils Divin, pour nous libérer définitivement de nos fautes et nous laver de notre culpabilité, est une des vérités centrales du christianisme, pour ne pas dire « la Vérité » presque unique de cette religion de laquelle dérivent toutes les autres, et il convient de constater le caractère immédiat de sa formulation dans le Régime Ecossais Rectifié, puisque c'est ce qu'il proclame, depuis le second point de son article I, la Règle Maçonnique destinée aux Apprentis, faisant de ce Rite un exceptionnel témoin, un missionnaire jaloux de la Foi de l'Evangile: « Comment oserais-tu soutenir son regard, toi, être fragile, qui enfreint à chaque instant ses lois et offense sa sainteté, si sa bonté paternelle ne te fournit pas une réparation infinie ? Abandonné aux pertes de ta raison, où trouverais-tu la certitude d'un avenir consolateur ? Livré à la justice de ton Dieu, où sera ton refuge ? Donne donc grâce à ton Rédempteur ; prosternes-toi devant le Verbe incarné et bénis la Providence qui t'as fait naître parmi les chrétiens. Professe en tout lieu la Divine Religion du Christ et n'ai pas honte de lui appartenir. L'Evangile est la base de nos obligations ; si tu ne croyais en Lui tu cesserais d'être Maçon. Montre dans toutes tes actions une piété éclairée et active, sans hypocrisie ni fanatisme ; le Christianisme ne se limite pas à des vérités spéculatives ; pratique tous les devoirs moraux qu'il enseigne et tu seras heureux ; tes contemporains te béniront sans perturbation devant le trône de l'Eternel »(39). Ibid., Règle Maçonnique, Article Premier, point II.

Ainsi le proclama l'apôtre Paul, exprimant en peu de paroles l'immense et magnifique œuvre divine : « Dieu était en Christ en réconciliant avec lui le monde, sans prendre en compte les transgressions des hommes » (2 Corinthiens 5 :19).

Dieu, qui a tout tenté pour ramener les hommes vers lui, n'a pas été reconnu dans sa bonté. La créature porte en elle une inimitée innée, y compris l'écrasante mort du Rédempteur sur la croix, qui n'a pas modifié son essence noire. Au contraire, ce Rédempteur plein de douceur fut méprisé, ignoré, repoussé et éloigné, et c'est finalement par son infamante condamnation à mort que l'homme a répondu à l'amour que l'Eternel lui démontrait par la venue de Celui qui était le Fils unique chéri et aimé du Père .

Ainsi, il n'y a rien de plus agréable à Dieu, depuis l'origine, que de voir certaines âmes pures reconnaître leur culpabilité, pleurer sur leurs égarements, et travailler, après avoir expié leurs fautes et purifié leurs cœurs, à leur réconciliation, recevoir du Divin Réparateur la grâce de la Rédemption, nous faisant passer d'un état de viles et mortes créatures à l'état d'élus renouvelés par et chez Christ .

En réalité, nous n'avons pas grand-chose à faire dans le travail de réconciliation, parce qu'il nous incombe surtout, et en premier lieu, de laisser Dieu agir en nous, c'est là toute notre responsabilité - à la fois simple et fondamentale - qui paraît facile en apparence, mais qui requiert un véritable esprit d'ouverture et de réception et une entière prédisposition vers les dons de l'action divine. Et c'est parce que le mystère du travail transformateur doit être réalisé uniquement par l'invisible pouvoir de Jésus-Christ dans notre cœur : « De manière que si tout est en Christ, il est une autre créature ; les vieilles choses ont passées ; et voilà elles sont toutes nouvelles. Et tout cela provient de Dieu, qui nous a réconcilié avec lui-même par Christ, et nous a donné le ministère de la réconciliation » (2 Corinthiens 5 :17-18). C'est pour cela que si l'expiation et la purification peuvent nous conduire jusqu'à la porte du Sanctuaire, seul Dieu peut nous introduire dans la chambre sacrée. Il en est la porte : « En vérité, en vérité je vous le dis : Je suis la porte des brebis » (Jean 10 :7), et le bon pasteur qui introduit dans le bercail : « Je suis le bon pasteur ; je connais mes brebis, et les miennes me connaissent, tout comme le Père me connaît, et je connais le Père ; et je donne ma vie pour les brebis » (Jean 10 : 14-15).

Ceci signifie que si le chemin pour aller à la Divinité dépend de notre libre volonté, si nous devons travailler à nous détourner des travaux de perdition ; il incombe au Christ de nous attribuer la réconciliation, qui ne pourra être cependant obtenue si nous n'abandonnons pas notre chair. Nous pouvons lutter inlassablement pour bénéficier d'une pleine bénédiction de la part du Ciel, et il n'existe aucun travail plus beau et heureux, cependant nous resterons si seuls sur le seuil du Sanctuaire céleste, car il faudra espérer, récitant et faisant pénitence, jusqu'à ce qu'arrive moment d'abandonner notre condition charnelle pour qu'ait lieu la réalisation définitive du travail de réconciliation. Jean-Baptiste Willermoz nous expose cette grande vérité avec une grande science des affaires spirituelles, démontrant la délicatesse de ses points de vue dans ce domaine si difficile relatif à la nature de l'âme de la créature et son avenir en Dieu : « ...l'homme qui se surveille lui-même, ainsi que les conduites insidieuses de son ennemi, ou bien, ayant eu le malheur de chuter, mais s'efforce de se relever, contracte la bonne habitude de se dominer. Le bon usage qu'il fait de sa force de volonté le rend digne de l'aide de son compagnon, de son protecteur. Leurs volontés s'unissent s'élèvent au-dessus de leurs propres sentiments et deviennent plus appropriés à la compréhension des affaires célestes.

Le premier homme, incorporé après la prévarication dans un corps de matière mérite, pour son repentir et sa réconciliation, de retrouver une partie de ses droits desquels il avait été dépourvu pour son crime. C'est pourquoi toute sa postérité peut prétendre aux mêmes grâces par le même moyen. Mais la réconciliation de l'homme, en attendant cela dans son corps de matière, doit en général ne pas être vue comme une réconciliation mais comme un commencement, ou une préparation à sa parfaite réconciliation qui ne pourra s'opérer seulement qu'après la destruction et la réintégration de sa forme et quand il aura terminé son parcours dans les trois passages que nous appelons cercle sensible, visuel et rationnel »(40). Leçons de Lyon, n° 14, 21 Février 1774, W.

Cependant, si la concession de cette parfaite réconciliation, ne peut arriver seulement qu'après notre naissance dans le ciel, elle agit comme une bénédiction depuis le présent pour le Mineur purifié, elle intervient en lui, opérant un changement notable de son essence prévaricatrice, lui rendant, de manière partielle, évidemment, mais importante, le plaisir de son essence d'être spirituel Mineur : « ce commencement de réconciliation qui est dans son savoir faire, grâce au bon usage de sa liberté et de sa volonté, durant ses études élémentaires, peut le mettre en état de profiter depuis ce vide d'une partie de ses droits, en vertu de ses trois puissantes facultés qui se sont maintenues innées en lui. Il a été revêtu de celles-ci par un immuable décret du Créateur qu'il n'a pas pu retirer sans dénaturer son essence d'être spirituel Mineur. Il lui retira la jouissance de cela, car il se montra indigne par sa prévarication, mais la miséricorde du créateur lui restituera, depuis cette vie, une partie de ce plaisir, quand il lui plaira, à ceux qui réellement se montreront dignes d'elle »(41). Ibid.

Cependant, une fois de plus, ne nous trompons pas sur les moyens dont nous disposons pour obtenir cette réconciliation. Bien que nous avons pu affirmer que la réconciliation était reçue, donnée et offerte beaucoup plus qu'acquise par nos propres efforts laborieux et maladroits, un autre élément, évoqué par Jean-Baptiste Willermoz, est plus précieux que nos approximations de ces saintes vérités.

Cet élément, que voulut développer à ce propos Willermoz, répond à la vocation propre et intime de celui qui fut sauvé par le sacrifice du Divin Réparateur et qui maintenant se considère comme mort et ressuscité en Christ, et peut dire et répéter avec l'apôtre Paul : « moi par la loi je suis mort à la loi, afin de vivre pour Dieu ; avec le Christ je suis crucifié et, je vis, mais pas moi, car c'est le Christ qui vit en moi ; la vie que je vis au présent dans la chair, je la vit dans la foi du Fils de Dieu qui m'aime et et se voue à lui-même au travers de moi. Je ne prends pas pour inutile la grâce de Dieu, puisque par la loi était obtenue la justification, alors le Christ était mort en vain » (Galates 2 :19-21).

La réconciliation est déjà en soi une œuvre divine, puisque réalisée par la vertu du sacrifice sanglant de la Croix elle est obtenue en raison des vertus propres du Seigneur et de sa mort sur le bois du supplice, et qui nous a permis d'entendre ces paroles qui prennent un sens particulièrement fort pour tous ceux qui considèrent comme parfaite et complète, en puissance et en acte, l'œuvre du Golgotha : « Et à vous, qui en d'autres temps furent étrangers et ennemis, pour vos pensées et vos mauvaises œuvres, il vous a maintenant réconciliés, au travers de la mort de son corps de chair, pour vous présenter les saints, immaculés et irrépréhensibles, devant Lui ; pour autant que vous resterez solidement cimentés à la foi, fermes et inébranlables dans l'espérance de l'Evangile que vous avez entendu» (Colossiens 1 :21-23). Ceci signifie que notre modification de condition a été réalisée, s'est « opérée » dans et par le corps du Réparateur, expliquant la surprenante affirmation de Jean-Baptiste Willermoz : « Cette transmutation de la première forme de l'homme vous a été démontrée par le Divin Réparateur universel, quand au moment de sa Résurrection, il avait laissé dans la tombe tout ce qui appartenait à l'homme ancien, il se manifesta aux yeux de ses disciples sous sa forme glorieuse individuelle, en se livrant comme modèle à tous ceux qui aspirent à retrouver leurs droits primitifs. Parce qu'avant de consommer son sacrifice expiatoire, en faveur de l'homme coupable et dégradé, et dérangeant pour ceux qui avaient opéré sa ruine, il enseigna publiquement aux hommes les moyens de rectifier leur Temple particulier, de même que lui-même devait réédifier le Temple universel » (Instruction Secrète).

La conséquence d'une si surprenante déclaration est que le Mineur spirituel est effectivement en possession d'un moyen souverain d'obtenir la Réconciliation, un moyen magnifique qui lui fut transmis et enseigné par le Rédempteur, révélé par un merveilleux témoignage plus riche en enseignements que mille longs discours, accessible à tous les esprits par la force démonstratrice d'une criarde et sublime vérité : « Jésus, homme Dieu, voulant se rapprocher en tout de l'homme actuel, afin d'offrir un modèle qui pouvait l'imiter en tout, se soumit à être revêtu dès la naissance d'une forme matérielle parfaitement similaire à celle de l'homme puni et dégradé. Il diffère cependant sur ce point unique car c'est la forme matérielle de l'homme conçue par la concupiscence de la chair qui est corruptible, tandis que la forme matérielle de Jésus, conçue uniquement par l'opération de l'Esprit Saint et sans aucune participation des sens matériels, est incorruptible »(42). Traité des deux natures. J-B Willermoz

Ainsi, en exceptant cette différence de conception, le chemin de notre retour dans la réconciliation vers Dieu fut tracé clairement par Christ, il nous l'indiqua clairement et positivement et c'est grâce à cet exemple divin, particulièrement saint et sacré que, selon Willermoz, nous sommes amenés à nous placer dans une efficace œuvre d'imitation, en suivant notre Rédempteur et Seigneur, afin de répondre à ce qu'espère et désire de nous l'Eternel .

Notre mission est alors connue et évidente : reconstruire le long de notre vie l'itinéraire de retour à l'incorruptibilité que réalisa le Christ, en plaçant nos pas dans les siens, en abandonnant la peau mortelle que nous héritons de notre Père selon la chair, Adam, afin de nous préparer à revêtir le costume blanc de l'éternité : « Christ déposa dans le tombeau les éléments de la matière, et ressuscita sous une forme glorieuse qui n'a pas l'apparence de la matière, qui ne conserve pas non plus ses Principes élémentaires, et qui est seulement un paquet immatériel de l'être essentiel qui désire manifester son action spirituelle et la rendre aux hommes revêtus de matière. Si nous doutions encore de cette importante vérité explique Willermoz, qui multiplie les preuves de son affirmation, nous devons réfléchir sérieusement sur les étranges apparitions sous la forme humaine de l'archange Gabriel à Marie et à Zacharie, père de Jean-Baptiste, des archanges envoyés à Abraham pour prédire la naissance de Isaac et le châtiment de Sodome, de l'ange conducteur du jeune Tobias, et un grand nombre d'autres apparitions similaires des esprits purs, dont la forme corporelle fut réintégrée en eux et disparut quand leur mission particulière se termina »(43). Ibid.

Que nous indiquent alors ces exemples répétés, sortis des Saintes Ecritures, sous la plume de Willermoz qui cherche à nous faire mieux comprendre quelle est la « voie », pure et divine, de notre bienheureuse réconciliation en sainteté avec l'Eternel, réconciliation telle que décrite et révélée par la voie de notre Seigneur : « Les apparitions sous la forme humaine de Dieu démontrent toutes la même vérité. Christ ressuscité se revêt de cette forme glorieuse chaque fois qu'il veut manifester sa présence réelle à ses apôtres pour leur apprendre que c'est cette même forme, c'est-à-dire, une forme parfaitement similaire et avec les mêmes propriétés, que celle que revêtit l'homme avant sa prévarication ; et pour leur enseigner qu'ils doivent aspirer à la revêtir à nouveau après leur parfaite réconciliation, au final des temps. Elle est la résurrection glorieuse des corps qui seront en même temps changés pour les hommes réconciliés, comme le dit Saint Paul, mais qui ne seront pas changés pour les réprouvés. Finalement cette résurrection glorieuse au travers de la manducation réelle du corps et du sang du Christ, apporte à tous ceux qui la partagent dignement le germe fructificateur »(44). Ibid.

Le travail de « l'homme de désir » est pourtant parfaitement tracé, ce n'est pas un secret qui ne peut être révélé, il est inaccessible à celui qui veut le découvrir, mais tout le contraire, puisque ce secret est celui que livra le Christ aux hommes à travers sa venue en ce monde car, « le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu » (Luc 19 :10) ; il est venu pour nous libérer des chaînes de la domination du mal et de la mort, nous enseignant, par son exemple, comment faire pour échapper au pouvoir négatif, non pas en agissant laborieusement et stérilement, en nous agitant inutilement dans toutes les directions, mais en nous engageant dans la voie de la prière et de la pénitence, en commençant par nous mettre sur la première marche devant le porche du Temple et, avec humilité, pleurer pour nos fautes, en implorant le pardon de l'Eternel en nous isolant du monde, en nous séparant des lois impies qu'une malicieuse désorientation avait gravé en nos cœurs malades et infectés .

Alors, ces trois temps fondamentaux et premiers préparent le processus de sanctification qui viendra terminer et couronner, à la fin, ce ternaire, le transformant me manière magnifique en un quaternaire parfait : « Expiation, Purification, Réconciliation et Sanctification », en réédifiant, seulement à ce moment, le Temple Universel qui devait, après la Chute, être rétabli sur ses bases essentielles grâce à ces quatre colonnes fondatrices sur lesquelles s'appuie tout l'édifice sacré, ces quatre temps, tout comme le temps, se convertiront en un seul où toutes les choses collaboreront pour un unique Esprit, parce que « nous avons été tous baptisés en un unique esprit », comme l'exprime avec réussite l'apôtre Paul, ceci signifie concrètement que « nous avons tous bu d'un seul esprit » (1Corinthiens 12 :13).

Ce destin pour notre réintégration est offert, librement et gratuitement, à ceux qui reçoivent les Saintes Paroles de la Révélation, à ceux qui ont foi en Christ ; de là l'importance et la nécessité pour le Régime Ecossais Rectifié d'admettre seulement en son sein des chrétiens où des hommes désireux de la devenir, c'est-à-dire, être disposé à reconnaître le Messie comme le Rédempteur, Réparateur et Sauveur, et qui ainsi peuvent entrer véritablement dans la « voie » de l'initiation chrétienne .

« Voie » pieuse et lumineuse, faite d'intention droite et sincère du cœur qui réunira en un programme qui correspond aux différents moments de notre cheminement, initialement ternaire, pour de suite se réabsorber et se dissoudre en un quaternaire, qui amènera le retour à l'Unité, selon les termes de Willermoz : « Notre action doit être la prière et les gémissements du cœur qui doivent nous amener à la sensation de nos maux, de nos privations, de nos imperfections, de nos désordres et de nos faiblesses ; ce qui nous démontre que nous ne sommes pas dans notre loi d'ordre. Mais comme nous ne pouvons pas toujours prier, grâce aux soins qu'exigent les nécessités de notre corps, il est précisé qu'il faut au moins, même en échappant à ces soins temporels, tendre vers notre principe pour nos désirs, et comme ce sont les impuretés et les saletés qui nous ont séparé de lui, nous devons combattre sans trêve avec pour finalité d'écarter et repousser de nous tout ce que nous sentons qui est contraire à notre loi et pour nous dépouiller de tout ce qui nous salit . En surpassant ainsi tous les obstacles qui nous empêchent de nous acquitter avec notre loi, nous récupérerons la pratique et l'esprit communiquera plus intimement avec nous pour retrouver l'usage de nos facultés.

Cependant, en attendant l'homme est revêtu de son corps de matière, il ne peut y avoir entre lui et l'esprit une jonction parfaite. Il ne pourrait rien arriver sans que l'esprit ait opéré la dissolution de ce corps, puisqu'il faudrait détruire complètement la barrière qui les sépare .L'homme doit pourtant avoir le sentiment de ses maux en son cœur, ce sentiment doit parvenir jusqu'à l'âme pour que l'âme se présente aussi à l'être spirituel chargé de sa réhabilitation... »(45). Leçons de Lyon, n° 97, 8 Mai 1778, W.

Le Frère rectifié, éclairé par ses progrès sur le chemin du retour vers Dieu, pénétré par ce merveilleux enseignement fruit de son initiation et sa constante lecture méditée des Saintes Ecritures.

46 - Une indication de cette nature pourrait ici attirer l'attention, que personne ne considérait évidente sur le terrain exclusivement religieux, supposément étranger à la « voie » initiatique, même quand elle est éminemment rectifiée, si l'on veut penser par moments aux paroles extraites du serment prononcé durant notre réception dans l'Ordre : « je promets sur le Saint Evangile, en présence du Grand Architecte de l'Univers, d'être fidèle à la Sainte Religion Chrétienne... » . La réponse, pour ne pas dire l'exhortation qui se fait antérieurement à la déclaration de ce serment par le Vénérable Maître, qu'avec les yeux bandés le candidat vient d'admettre, avec plus ou moins d'incrédulité ou certitude, quand on lui dit que sa main repose effectivement sur le Prologue de l'Evangile de Saint Jean, a aussi un poids significatif qu'il serait bon de ne pas trop oublier : « Effectivement, Monsieur, c'est l'Evangile de Saint Jean, croyez-le, mes paroles vous l'assurent .Celui qui est la vérité même a dit : Heureux ceux qui croient sans avoir vu. Souvenez-vous, après, de ces choses lorsque vous méditerez ce qui est écrit dans ce Saint Evangile. C'est sur la valeur que vous lui donnez que nous fondons notre confiance pour la sincérité et la stabilité du serment que vous allez contracter... » .

Que l'Ordre, en cet instant solennel, bien que toujours on soit dans la premier grade, évoque Jésus-Christ et ses paroles qu'il dispense à l'apôtre Thomas dans une formule dénuée de toute ambigüité, ne laisse place à aucune possibilité d'interprétation personnelle ou subjective, et que, d'autre part, la valeur du serment se fonde uniquement, ce qui n'est pas anodin, sur une éventuelle lecture à méditer des Saintes Ecritures constituant l'unique garantie exigée par l'Ordre sur la sincérité des paroles que l'Apprenti termine de prononcer, doit nous conduire à une vive et intense réflexion sur ce devoir sacré par lequel s'acquiert l'engagement avec l'Ordre, lequel serait sans aucun doutes bon de conserver en mémoire, à réanimer régulièrement et , surtout, à pratiquer effectivement sera prêt pour déclarer et affirmer, en connaissant le sens exact que signifie et suppose l'espoir pour lui qu'il n'est pas né d'une volonté de la chair, mais de « l'eau et de l'Esprit » (Jean 3 :5-6), et avec l'ensemble des hommes de ce pauvre monde, en unité avec eux, avec toutes les générations, langues et nations confondues dans un authentique élan d'amour et d'espoir : « nous attendons comme sauveur le Seigneur Jésus-Christ, lequel transfigurera notre misérable corps en un corps glorieux semblable au sien » (Philippiens 3 :20). Beaucoup de senti prendra cette affirmation de Jean-Baptiste Willermoz destinée aux Chevaliers Grands Profès, et qui s'éclaire un peu plus si on perçoit que la redécouverte de l'Arche Sainte par Jérémie n'est pas autre chose que l'image du retour à son corps glorieux, incorruptible, que l'homme avait eu avant la chute : « L'Arche Sainte cachée par Jérémie dans une caverne, fermée à l'entrée, réapparaîtra dans toute sa splendeur, et les tribus fidèles recommenceront à voir les murs de la Cité Sainte ; image parfaite de la résurrection de l'homme dans sa première forme incorruptible, en faveur de tous ceux qui auront déposé la chair et le sang dans la tombe pour l'imitation et les aides de l'Homme Dieu et Divin » (Instruction Secrète des Grands Profès).