7 - LA SANCTIFICATION

Le processus complet du rétablissement du Mineur spirituel ne s'arrêtera évidemment pas avec la réconciliation, étape très importante et essentielle de son chemin vers la divinité, mais toutefois il manque la plénitude parfaite de la sanctification, quatrième et ultime temps à partir duquel on pourra considérer la réintégration du Mineur, car personne ne peut considérer, et ce de manière impérative et rigoureuse, arriver devant l'Eternel sans sainteté.

Dans une formule dont il possédait incontestablement le secret, Louis-Claude de Saint Martin nous présentera les moyens pour réaliser ce long trajet en direction du sanctuaire intérieur afin de contempler l'incomparable Gloire du Créateur et nous prosterner devant son Amour infini , moyens dont nous disposons heureusement, et qu'il décrivit ainsi dans une lettre qu'il a fait arriver à l'abbé Rosier, ecclésiastique également membre du temple Cohen de Lyon : « Il sera toujours avec nous l'autel qui est notre Cœur, le Sacrificateur qui est notre parole et le sacrifice qui est notre corps »(47). Leçons de Lyon, n° 76, 25 Octobre 1775, SM .

Avec ces paroles, le philosophe inconnu nous révèle un secret très précieux, la profonde vérité cachée relative aux vrais éléments dont nous disposons pour la célébration de notre culte. En s'avançant même aux paroles qui pourraient avoir surgies à la lecture d'une tant surprenante affirmation, peu de temps après, Saint-Martin reviendra avec plus de détails sur la manière dont nous devons procéder pour accomplir notre culte de sacrifice : « Comment devons-nous offrir le sacrifice de notre corps et de notre esprit pour nous rendre agréable au Seigneur ? Pour commencer, en référence à notre corps, en faisant toujours régner sur notre être spirituel, faisant suivre les lois de l'ordre, en évitant tous les excès de nos sentiments, pour maintenir notre sang dans un équilibre parfait et les éléments qui composent notre forme dans l'harmonie qui procure la santé du corps.

En ce qui concerne notre esprit, il reconnaissait sans cesse le pouvoir de l'Eternel, sa bonté, sa sagesse et sa miséricorde infinie ; le notre rien, nous ne pouvons sentir sans reconnaître en même temps la complète dépendance à lui dans laquelle nous sommes et l'horreur que nous procure le fait d'être séparé. C'est par la coutume des ces sentiments et par la prière ou le désir continuel de l'âme de revenir à ce principe, par l'offrande continue de notre volonté et de notre libre arbitre et avec une résignation parfaite à l'accomplissement de tous les décrets divins, que nous pouvons espérer que soit accepté notre sacrifice en expiation de ce que nous devons à la justice divine »(48) Leçons de Lyon, n° 78, 11 Novembre 1775, SM .

48- Le temps spirituel ou pour l'esprit n'est que l'intervalle qui se trouve entre deux actions. Car tant que dure l'action de l'esprit, il en est si fort occupé qu'il ne s'aperçoit aucunement du laps du temps, mais dès que l'action spirituelle cesse, l'être est dans un état de mort. C'est alors qu'il sent sur lui s'accomplir la loi du temps. L'esprit de l'homme ou le mineur ne peut être ici-bas toujours en action. On a donc raison de dire qu'il est soumis comme tous les autres êtres de la nature à la loi du temps. Mais pour l'esprit pur et simple dégagé de tous sens de matière, il n'y a point de temps parce qu'il est toujours en action; elle est à la vérité tout à la fois spirituelle et temporelle, parce qu'il est assujetti à opérer dans la région du temps quoiqu'il soit par sa nature et son action supérieur au temps.8).

Qu'arrive-t-il alors, une fois que ce sacrifice à été accepté par l'Eternel qui le reçoit avec gratitude et reconnaît en lui l'expression d'un sincère et authentique repentir pour les fautes exprimées par le Mineur spirituel, c'est-à-dire, si le sacrifice est véritablement accompagné Ce qui le rend juste et parfait ? L'expiation sans laquelle, depuis la chute, aucune opération d'ordre rituel vers le ciel n'est possible ou même considérable, est la conséquence directe de la prévarication qui modifia profondément la matière depuis laquelle il faut élever nos éloges et formuler nos prières. Nous le savons par ce que nous dit Saint-Martin, qui nous révèle avec une extrême finesse et pertinente science les bénéfices effectifs que nous dispense la Divinité : « Une fois le Mineur a eu la chance que l'on accepte son sacrifice, il s'établit sur lui une union bonne de l'esprit, le purifiant de toutes ses tâches, le rétablissant dans sa relation avec les êtres spirituels divins et lui rendant la faculté de faire opérer les vertus qui sont en lui aux autre êtres agents des facultés divines . Cet état de pureté auquel il peut arriver le met tout de suite en situation de pouvoir offrir le culte d'expiation, qui est la récompense de l'autre et qui constitue le tribut des éloges et des actions de grâce que tous les êtres doivent rendre éternellement au Créateur, bien que seulement lui peut le rendre temporairement dans un temps plus limité que dans le spirituel et le divin.

La vertu la plus nécessaire pour cela est l'humilité. Un homme qui connaît ses propres imperfections ferme la porte à l'orgueil et tend toujours à montrer ceux des autres : après avoir vu seulement les siens propres, il demande constamment à l'Eternel de l'en libérer »(49) Ibid.

En réalité, si la sainteté est un des attributs essentiel de Dieu, même son attribut majeur par excellence, il occupe particulièrement la vie du Mineur dans la mesure où celui-ci le demande, par sa vocation, à être saint comme Dieu est Saint. D'autre part, en reprenant la phrase du Lévitique destinée aux Hébreux : « comme disent les Ecritures : Vous serez saints, car moi je suis saint » (1 Pierre 1 :16).

La sanctification amène à son degré maximum l'idée de séparation, de « écarter » et d'éloignement mentionnés antérieurement, idée de séparation avec le mal et d'élection particulière tout comme le signale le prophète Jérémie avec ces paroles : « Avant que je ne t'ai formé dans le sein maternel, je te connaissais, et avant que tu naisses il t'avait consacré » (Jérémie 1 :5). Ce que nous rappelle le livre premier des Chroniques quand il nous parle du ministère de Aaron : « Aaron fut séparé, ensemble avec ses enfants, pour consacrer toujours les choses très sacrées, pour brûler l'encens devant l'Eternel, pour le servir et pour toujours bénir en son nom »

(1 Chroniques 23 :13). La sanctification nous indique ensuite que le Mineur est séparé de ce qui lui est étranger, ou plus exactement profane, et reste complètement réservé pour se mettre au service unique de l'Eternel.

Les Ecritures nous montrent bien comment de la sanctification impersonnelle du septième jour, avant la création de l'homme, quand le tout-puissant se reposa de son œuvre (Genèse 2 :3), nous sommes passés à une sanctification fortement placée sous le signe de la personne par cette demande impérative de Dieu faite à Moïse dans l'Exode : « Consacre-moi tout premier-né » (Exode 13 :2), répondant à la demande en accord avec les enfants d'Israël quand ils furent sauvés par le sang de l'agneau mis sur les portes avant sa sortie d'Egypte : « L'animal sera sans défaut, mâle, de un an.

Vous le choisirez entre les moutons ou chevreaux. Vous le garderez jusqu' au quatorzième jour de ce mois ; et toute l'assemblée réunie des enfants d'Israël l'immolera entre deux lumières. Vous prendrez ensuite le sang et vous frictionnerez les deux poteaux et le linteau des maisons où ils mangent. Lors de cette même nuit vous mangerez la chair. Vous la mangerez rôtie sur le feu, avec des pains sans levain et avec des herbes amères » (Exode 12 :5-8). Mais cette apparition d'un désir de sanctification formulée par Dieu, se transformera rapidement, en l'histoire du peuple élu, dans la constitution d'une classe spéciale dédiée au service divin ; ceux qui primitivement avaient été sauvés par le sang seront remplacés par une espèce de classe sacerdotale : « Il prit les lévites au lieu de tous les premiers-nés des enfants d'Israël, et le bétail des lévites à la place de son bétail ; les lévites seront miens. Moi l'Eternel » (Numéro 3 :45). La constitution de ce petit troupeau, Saint et non Sali, rendit obligatoire l'application de règles strictes auxquelles on devait absolument se conformer pour préserver son état de pureté.

50 - L'ensemble des prescriptions que respectaient les Lévites forment un authentique code disciplinaire très impressionnant, obligeant à un mode de vie très précis lié aux lois à observer qui avait pour fonction de mettre chaque membre de la tribu sacerdotale dans un état de grande perfection religieuse :« L'Eternel parla à Moïse et lui dit : Mets de côté les lévites des enfants d'Israël et purifie-les . Pour cette purification tu agiras avec eux de la manière suivante : tu les aspergeras d'eau lustrale ; ils se raseront tout le corps, laveront leurs vêtements et ainsi resteront purifiés. Ils prendront ensuite un taurillon, avec son oblation correspondante de fleur de farine malaxée avec de l'huile, et tu prendras un autre taurillon comme sacrifice pour le péché. Tu demanderas aux lévites de s'approcher de la Maison de Réunion et tu convoqueras toute la communauté des enfants d'Israël. Ensuite tu feras rapprocher les lévites devant l'Eternel, et les enfants d'Israël leur imposeront leurs mains. Ensuite Aaron le présentera aux lévites comme offrande bercée devant l'Eternel, de la part des enfants d'Israël. Ainsi ils resteront destinés au service de l'Eternel. Les lévites imposeront leurs mains sur la tête des taurillons et tu en offriras un comme sacrifice pour le péché et l'autre en holocauste pour l'Eternel en expiation pour les lévites. Tu mettras ensuite les lévites devant Aaron et ses enfants et tu les présenteras comme offrande bercée à l'Eternel. Ainsi tu sépareras les lévites du reste des enfants d'Israël pour qu'ils m'appartiennent. Ensuite les lévites commenceront à servir dans la Maison de Réunion. Tu les purifieras et les présenteras comme offrande bercée, car ce sont des dons, des dons pour moi, d'entre les enfants d'Israël, au lieu de tous ceux qui ouvrent le sein maternel, de tous les premiers-nés ; je les ai pris pour moi parmi les enfants d'Israël. Parce que les miens sont tous les premiers-nés des israélites, égal des hommes que de bétail : consacrez-les moi le jour que j'ai blessé tous les premiers-nés d'Egypte. Et je pris les lévites pour remplacer tous les premiers-nés des enfants d'Israël. Je cède les lévites, comme dons, à Aaron et ses enfants, d'entre les enfants d'Israël, pour qu'ils prêtent le service, au nom des enfants d'Israël, dans la Maison de Réunion, et pour expier pour les enfants d'Israël, de manière à ce qu'aucun enfant d'Israël n'encoure un châtiment en se rapprochant du Sanctuaire. Moïse et Aaron et toute la communauté des enfants d'Israël firent conformément avec les lévites ce qu'avait demandé l'Eternel à Moïse : ainsi firent avec eux les enfants d'Israël. Les lévites se purifièrent, lavèrent leurs vêtements, et Aaron les présenta comme offrande bercée devant l'Eternel ; le même Aaron fit expiation pour eux afin de les purifier. Après quoi les lévites entrèrent à prêter service dans la Maison de Réunion, en présence de Aaron et de ses enfants. Selon ce qu'avait demandé l'Eternel à Moïse auprès des lévites, ainsi firent-ils avec ceux-ci ». (Numéro 8 :5-22)

Mais aujourd'hui, par la grâce abondante du Divin Réparateur, le sang de l'Alliance Nouvelle a racheté à ceux qui ne lui appartiennent pas : « Vous avez étés bien achetés ! » (1 Corinthiens 6 :20), ils sont « fils de Dieu » puisqu'ils furent donnés au Seigneur par son Père quand il a manifesté son Nom : « J'ai manifesté ton nom à ceux que tu m'as donné en les tirant du monde. Ils étaient tiens et tu me les as donnés ; ils ont gardé ta Parole » (Jean 17 :6). Sa position n'est pas seulement celle d'une sainteté extérieure, mais celle d'une sainteté substantielle qui transforme tout son être, et le rend conforme à Dieu. Au contraire de l'autel, de la mer de bronze, du chandelier et autres objets du Temple qui restent purs et séparés du profane sous l'ancienne alliance et qui naturellement se maintiennent complètement identiques malgré cette position de sacralité, la sanctification acquise grâce au sacrifice du Christ rénove entièrement l'être de l'homme. Il fait de lui une créature entièrement nouvelle, un Mineur spirituel appelé à participer aux mystères de la vie divine, nous faisant mieux comprendre le sens de cette magnifique phrase prononcée par le Maître Ecossais de Saint André durant l'instruction par demandes et réponses :

« J'ai appris que la réédification du Temple avait commencé. On m'a donné la grâce d'être admis parmi les ouvriers, et j'ai eu le bonheur de concourir avec eux à la perfection de l'œuvre ».