23 - L'EVANGILE DE SAINT JEAN

Lorsque la loge de saint jean ouvre ses travaux et illumine ceux-ci par les lumières d'ordre, la Loi initiatique de notre Rite Ecossais Rectifié est posée sur l'autel d'orient et ouverte à l'évangile de saint Jean. Tout au long de sa vie maçonnique, le Frère Rectifié aura à poser sa main droite sur cet évangile comme une mise à l'épreuve et entre sa main et la loi, il sentira en premièr le métal dure et froid du verbe incarné par l'épée.

Alors il m'a semblé intéressant et utile d'essayer d'en annaliser les principes et les vertus afin de comprendre et de savoir, pourquoi cet Évangile de Jean qui nous informe de la Nouvelle Alliance est-il indispensable à chaque serment demandé.

Pourquoi les fondateurs du Régime Ecossais Rectifié ont fait ce choix en esprit et vérité.

L'Évangile selon Jean a été manifestement écrit quelque temps après les trois autres Évangiles. Matthieu, Marc et Luc avaient chacun raconté, comme Dieu le leur avait indiqué, l'histoire de Jésus Christ, sa naissance, ses premières années et son entrée dans le ministère. Jean tient leur récit pour connu, sans quoi ses premiers paragraphes seraient difficilement compréhensibles. Comme le premier siècle tirait à sa fin, il s'était écoulé suffisamment de temps pour que se déclenchent des attaques contre la Personne de Christ, la vraie citadelle de la foi. Des notions philosophiques en partie païennes circulaient, se mêlant à la doctrine, ce qui aurait pu être désastreux si elles n'avaient pas été réfutées avec l'énergie de l'Esprit de Dieu.

C'est pourquoi cette énergie est déployée dans les écrits de l'apôtre Jean, environ un quart de siècle après la fin de la course de Paul et de Pierre.

Les premiers chrétiens étaient très troublés par les prétendus « gnostiques », c'est-à-dire « ceux qui savent ». Nous avons appris à connaître les agnostiques. Ce sont des gens qui nient qu'une vraie connaissance de Dieu et de ce qui le concerne soit possible. Les gnostiques étaient à l'opposé : ils prétendaient avoir été « initiés » et avoir la connaissance supérieure. Leurs théories niaient en fait la divinité intrinsèque et la vraie humanité de Jésus. Il y avait ensuite ceux qui considéraient Jésus et le Christ comme deux personnes différentes. Le Christ était pour eux un idéal, un état que l'homme pourrait progressivement atteindre. Jésus était l'homme apparu dans l'histoire, à Nazareth.

Avant de considérer le début, il serait bon de lire les deux derniers versets du chapitre 20, car le dessein de l'Esprit dans cet Évangile y est défini. Les miracles rapportés sont autant de « signes » qui prouvent que Jésus est le Christ. Il n'y a donc qu'une seule et même Personne. Les miracles prouvent aussi qu'il est le Fils de Dieu, établissant ainsi sa divinité. En croyant cette vérité, on a la vie ; en la refusant, on demeure dans la mort. C'est le but de l'Esprit de Dieu dans cet Évangile ; il sera nécessaire de l'avoir présent à l'esprit tout au long de notre lecture. Nous verrons que c'est une clé très importante pour découvrir ses trésors.

Si nous sommes attentifs, nous constatons combien les liens sont nombreux entre la Doctrine rectifié, les Symboles de nos Rituels et les Références de notre Phénix Renaissant.

Quelques exemples :

  • En croyant cette vérité, on a la vie, en la refusant on demeure dans la mort
  • Il avait une personnalité éternelle, cela nous renvoie à l'immortalité de l'âme
  • Quatre principes sont relevés son existence éternelle, sa personnalité distincte, sa déité intrinsèque, sa personnalité éternelle - cela nous renvoi au quatre temps du mineur spirituel
  • le croyant marche dans cette lumière.
  • Elle apparaît au milieu des ténèbres morales et spirituelles qui ne pouvaient être dissipées que si cette lumière était vraiment reçue. Hélas ! Elle n'a pas été comprise - renvoi rituel apprenti
  • Comment se fait-il que les âmes pieuses, dont nous avons un exemple en Luc 1 et 2, reçoivent le Christ à l'instant où il apparaît ? Renvoi aux trois questions d'ordre de la chambre de retraite
  • La Parole devint chair, et habita au milieu de nous... pleine de grâce et de vérité...
  • La loi a été donnée par Moïse. Elle exprimait les exigences de Dieu, mais elle n'établissait rien. La grâce et la vérité sont apparues dans ce monde, et la venue de Jésus Christ les a, de ce fait, établies.
  • Il a vu le Saint Esprit descendre sur lui comme une colombe, descendre et demeurer, non pas descendre et repartir, comme la colombe lâchée par Noé. Quand il avait reçu sa mission, Jean avait été informé que ce serait le signe distinctif de Celui dont il serait le précurseur. C'était celui qui ne baptiserait pas seulement d'eau, mais du Saint Esprit.
  • Et le troisième jour : Le premier est celui où l'église est rassemblée autour de Christ. Le second est celui où il est reconnu comme Fils de Dieu et Roi d'Israël par le résidu fidèle d'Israël.
  • Le troisième est celui de la félicité et de la joie millénaires, fruits du règne du Fils de l'Homme sur toutes choses.
  • Son corps est un « temple » bien plus merveilleux que celui qui avait été édifié sur le Mont Moria.
  • Cela nous aide à voir que la foi véritable n'est pas une simple conviction intellectuelle, mais le fait de s'abandonner, avec confiance et simplicité, à Celui en qui on croit.

Et je pourrais vous conter nombre de phrases que nous retrouvons dans nos rituels et dans l'enseignement que le Rite Ecossais Rectifié propose. Si certains d'entre vous sont intéressés, je peux leur transmettre une analyse très détaillées de 101 pages de cet Évangile de Jean.

Alors on peut affirmer que l'Évangile de Saint Jean est Différent des trois autres évangiles synoptiques.

Un simple coup d'œil sur quelques mots-clés utilisés par les évangélistes suffit à montrer l'originalité de l'évangile de Jean (cf. document). D'autres exemples de la Spécificité de Jean :

- il n'y a qu'une parabole (le bon berger, chap. 10) dans cet évangile alors qu'il y en a près de 30 chez Luc.

- il n'y a que 3 récits de guérisons effectuées par Jésus chez Jean, contre 13 chez Luc, 15 chez Mathieu et 16 chez Marc, l'évangile le plus court pourtant.

- il y a 11 citations de l'Ancien Testament chez Jean, contre 65 chez Matthieu.

Un évangile atypique, donc. Et curieux livre que cet évangile. Les mots en sont très simples et on n'en finit pas d'en découvrir la complexité mais surtout la profondeur. Des moments importants de la vie de Jésus sont totalement absents : la naissance, la tentation au désert, l'appel des Douze, la transfiguration, la

tempête apaisée, l'envoi en mission des Douze, l'annonce de la Passion, l'institution de l'eucharistie, l'agonie à Gethsémani ... et pourtant aucun autre évangile ne donne une telle vision d'ensemble de la foi chrétienne.

En revanche, Jean apporte des éléments importants et célèbres qu'aucun des évangiles synoptiques ne mentionne : le signe de Cana (2), l'entretien avec Nicodème (3), le dialogue avec la Samaritaine (4), la rencontre avec la femme adultère (8), la résurrection de Lazare (11), le lavement des pieds (13), l'épisode de Thomas (20), l'apparition du ressuscité au bord du lac (21 ) ...

En fait, le quatrième évangile représente un sommet de la connaissance du mystère de Jésus, un sommet de la proclamation de la filiation divine de Jésus ; à partir des « signes » que celui-ci accomplit, l'évangile propose un chemin pour développer la foi au Christ et accéder ainsi à la vie proposée par Dieu, appelée la vie éternelle.

On appelle souvent l'évangile de Jean l'évangile spirituel, présence expérimentée en particulier dans le culte. Beaucoup d'épisodes se situent d'ailleurs au moment de fêtes juives et beaucoup de discours de Jésus sont prononcés dans le Temple : par ex 2,13, 5,1, 7,10, 7,37, 10,22-23. Mais à chaque fois Jésus va aller au-delà de la religion juive. La célébration du baptême et de l'eucharistie affleure souvent dans cet évangile (cf. les nombreuses références à l'eau, au pain, au vin, l'entretien avec Nicodème qui est une véritable catéchèse baptismale ...). La vie de Jésus est donc conçue et présentée en référence au mystère chrétien, tel qu'il est vécu dans la communauté chrétienne et en particulier dans les sacrements. C'est là que les paroles et les gestes du Jésus terrestre prennent tout leur sens.

On situe généralement la communauté de Jean à Ephese, ce qu'affirme d'ailleurs saint Irénée vers l'an 180. Ce qui veut dire que, de même que nous sommes influencés par des idées et des penseurs que nous connaissons peu ou mal mais qui font partie de l'air du temps, de même, la communauté johannique est inévitablement influencée par la philosophie grecque. On en trouve la trace par exemple dans le fait de désigner Jésus comme le « Logos », la Parole, ou dans les nombreuses références concernant la connaissance et la vérité, thèmes chers aux philosophes grecs. La communauté est sans doute aussi marquée par le gnosticisme. Ce courant multiforme a pour idée de base qu'on peut acquérir le salut par la connaissance (gnose en grec), ce salut étant réservé à des disciples, pour ne pas dire des initiés. Pour les gnostiques, tout ce qui avait trait au corps était méprisable : l'âme devait être délivrée de la matière. Il était donc impensable que l'envoyé de Dieu, et plus encore le Fils de Dieu, puisse naître d'une femme, connaître la fatigue, la faim et la soif, a fortiori subir le supplice de la croix. D'ailleurs, dès son prologue, Jean est clair : le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous (1,14), le mot « chair » désignant l'être humain dans toutes ses dimensions, corporelle y comprise.

Au terme de son évangile, Jean insistera sur le fait que le ressuscité est bien le même que le crucifié : cf. l'épisode de Thomas (20,27).

C'est sans doute en réaction contre ce courant gnostique que Jean s'attache à présenter Jésus comme Celui qui vit une proximité intime avec le Père, et révèle aux hommes les secrets de Dieu (17,22-23). On trouve par ailleurs des traces très explicites de cette présence de la gnose, et donc des risques pour la foi de la primitive Église, dans la première épître de Jean (1 Jn 2,18-23 et 4,1-3), mais aussi en 2 Jn 7.

La communauté johannique est enfin influencée par le judaïsme. De manière libre et personnelle, Jean fait grand usage de thèmes classiques dans les écrits des prophètes et les écrits de sagesse : l'agneau, le serpent élevé, le Temple, l'eau, la nourriture céleste et la manne, la vigne, tous ces thèmes vétérotestamentaires servent à Jean pour présenter le Christ. Jésus est présenté comme le berger (10,11.14-15), comme la lumière (8,12 ; 12,35-36).

Surtout, le Jésus johannique affirme son identité : par ex. 4,25-26 ; 7,25-29 ; 9,35-37. Jésus utilisera souvent l'expression « je suis » dans cet évangile; or cette expression est exactement l'équivalent de « Yahvé », qui est le nom même de Dieu.

Cela va même plus loin : non seulement Jésus fait fréquemment suivre le « je suis » d'un prédicat, une image ou un symbole divins : je suis le pain de vie (6,35), je suis la lumière du monde (8,12), je suis le bon pasteur (10,14), je suis la résurrection (11,25), je suis le chemin, la vérité et la vie (14,6), je suis le vrai cep (15,1), mais à plusieurs reprises le « je suis » n'est suivi d'aucun prédicat : 8,24.27.58, 13,19. Or nous sommes là exactement dans le nom divin. Jésus affirme donc lui-même sa divinité, d'où l'animosité grandissante des Juifs à son égard : cf. 5,17-18 ; 10,31-33. : lumière / ténèbres (par ex. 3,19-21 ; 8,12), vérité / mensonge (8,44-45) ...

A Qumran, on insistait beaucoup sur la mystique de l'unité et sur la nécessité de l'amour fraternel, thèmes que l'on retrouve abondamment dans les écrits johanniques, par exemple en 15,5-10 et 17,22-24.

Comme Jean Baptiste en fait la démonstration, l'attention ne doit pas s'arrêter au témoin, mais se porter sur celui qui est annoncé et contemplé (1,6-8, 3,28.30) A l'origine, il y a probablement la personnalité de l'apôtre Jean, dont toute la tradition chrétienne affirme qu'il était le plus jeune des disciples de Jésus, celui qui n'est jamais désigné par son nom mais par des expressions comme celui que Jésus aimait (13,23 ; 19,26 ; 21,7). C'est sans doute le même que l'on retrouve au pied de la croix : 19,35. Mais son œuvre (qui comprend aussi 3 épîtres et le livre de l'Apocalypse) s'est probablement formée en plusieurs étapes, jusqu'à sa rédaction finale que les exégètes s'accordent à situer à la toute fin du Ier siècle.

La plupart des commentateurs penchent donc pour la thèse d'une école johannique, groupe de disciples méditant et approfondissant les enseignements reçus de l'apôtre. Jean le disciple de Jésus est probablement à l'origine de cet évangile : dès le II° siècle , saint Ignace d'Antioche, saint Justin, saint Irénée, saint Clément d'Alexandrie, Tertullien et d'autres lui attribuent le 4° évangile. Ce qui ne veut absolument pas dire qu'il a tout écrit lui-même : à l'époque, la notion de propriété littéraire n'existait pas!

On ne trouve pas de récits rapides de miracles, comme chez Marc par exemple (4 dans le seul chap.1, 3 dans le seul chap. 5, 3 dans le seul chap. 6), mais des narrations longues et détaillées de quelques miracles, appelés « signes », soigneusement choisis.

Et je vous renvoie sur l'Épitomé de septembre 2019, où je vous offert une explication de la numérologie sacrée dite Arithmosophie et si vous lisez le paragraphe 7, vous y lirez :

Sept ou Septénaire est le nombre plus que parfait que le Créateur employa pour l'émanation de tout Esprit hors de son immensité divine. Sa valeur évidente est manifestée par l'impossibilité où nous sommes de le diviser en deux parties égales sans le détruire ou le dénaturer ». Son indivisibilité par deux, nombre de confusion, est la marque de sa perfection. Il est le signe des esprits supérieurs « qui devaient servir de premiers agents et de cause certaine pour contribuer à opérer toute espèce de mouvement dans les formes créées dans le cercle universel ». Car « la particule du feu incréé excentré ne produirait jamais rien dans les formes corporelles si elle n'était ré actionnée par une cause principale et supérieure, qui n'est autre chose que les agents septénaires divins, qui président comme chefs aux différentes actions et aux différents mouvements de tous les corps, auxquels ils font opérer leurs pensées et leur volonté selon qu'ils l'ont conçue ». De même que l'âme du Mineur a pour organe le corps, la forme corporelle humaine, de même les Esprits septénaires ont pour organe des êtres corporels ». L'Éternel, après avoir opéré six pensées divines pour la création universelle donna le septième jour sept dons spirituels et il attacha sept principaux Esprits à toute sa création pour la soutenir dans toutes ses opérations temporelles selon la durée septénaire qu'il lui a fixée.

La coopération des sept principaux Esprits est indiquée dans le monde physique par l'action des sept planètes qui influent sur la température, les saisons et maintiennent l'univers. Le nombre septénaire se calcule philosophiquement et mystiquement par sept mille ans quand au temporel et à la durée ; mais lorsque l'Écriture dit que le septième jour Dieu se dédia son propre ouvrage en bénissant la création universelle, il faut concevoir par cette bénédiction, la jonction des sept principaux Esprits que le Créateur réunit à toute créature comprise ou contenue dans toute sa création universelle.

La correspondance des sept Esprits majeurs que le Créateur a attachés dans son univers pour instruire la créature inférieure et mineure de sa volonté, et au nombre desquels est l'Esprit Saint, nous est enseignée par l'Écriture, qui mentionne : les sept Anges, les sept Archanges, les sept Séraphins, les sept Chérubins, les sept Dominations, les sept Puissances, les sept Juges d'Israël, les sept principaux chefs qui étaient sous Moïse et Aaron, les soixante-dix années de la Captivité, les sept semaines de Daniel, les sept jours de la semaine, le chandelier à sept branches qui fut mis dans le Temple de Salomon et qui est encore représenté dans l'église Saint-Pierre de Rome.

Mais le Septénaire, « qui a donné la perfection à tout être créé est le même qui détruira et abolira toute chose ». Lorsque le Sénaire aura épuisé sa puissance, c'est-à-dire lorsque l'effet de chacune des six pensées divines sera accompli, arrivera la septième période, le septième millénaire, pendant lequel la matière tombera dans un terrible dépérissement où elle subsistera jusqu'à son entière dissolution.

Il y en a 7 en tout :

- le changement de l'eau en vin au chap. 2,

- la guérison du fils d'un fonctionnaire royal au chap. 4,

- la guérison d'un paralysé à Jérusalem au chap. 5,

- la multiplication des pains au chap. 6,

- la marche sur les eaux au chap. 6,

- la guérison de l'aveugle-né au chap. 9,

- et la résurrection / réanimation de Lazare au chap. 11.

4 de ces 7 signes sont d'ailleurs propres à Jean : les 1°, 3°, 6° et 7°. Ils sont le plus souvent accompagnés d'un enseignement de Jésus : les miracles sont des occasions de catéchèse. Par exemple, la multiplication des pains (6) est l'occasion d'un long enseignement sur le pain de vie, l'épisode de la réanimation de Lazare (11) permet à Jésus de parler de la Résurrection, etc. La première finale de l'évangile (20,31) donne la clé : ces signes ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour que, en croyant, vous ayez la vie en son nom.

Chaque pensée est reprise et approfondie par l'ensemble suivant, et les thèmes s'entrelacent si étroitement qu'il est difficile de dégager un plan très précis. Il en est d'ailleurs de même, en plus complexe encore, pour la première épître : l'eau, le pain, la naissance. Mais l'auteur nous

montre comment ces réalités peuvent nous faire accéder à un plan supérieur, ou plus profond, comme on voudra. Les réalités matérielles prennent une dimension symbolique : dès lors elles évoquent le monde de Dieu et elles créent un lien avec lui (le mot « symbole » signifie étymologiquement « ce qui unit »).

Par ailleurs, 3 mots-clés (ou expressions équivalentes) balisent le texte :

la vie, la mort, l'amour.

Cela permet d'ailleurs de repérer une cohérence d'ensemble de l'évangile : en effet, les trois quarts des emplois du mot « vie » sont dans les chapitres 1à 6, ceux du mot « mort » dans les chap. 7 à 12, et ceux du thème « amour » dans les chap. 13 à 20.

A noter que le mot « amour » - et dérivés - revient 51 fois dans les 105 versets de la première épître.

Un thème plus original et propre à Jean est très présent : celui de l'heure. Jésus parle souvent de son heure. Exemples : à Cana mon heure n'est pas encore venue (2,4) ; durant l'entretien avec la Samaritaine : l'heure vient, elle est là, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité (4,23) ; à l'occasion d'un conflit avec les Juifs lors de la Fête des Tentes personne ne mit la main sur lui parce que son heure n'était pas encore venue (7,30) ; mêmes paroles à l'occasion d'un enseignement dans le Temple (8,20) ; lors de l'entrée à Jérusalem : l'heure est maintenant venue où le fils de l'homme doit être glorifié (12,23) ; que dirai-je : Père, sauve-moi de cette heure ? Mais c'est précisément pour cette heure que je suis venu (12,27); au soir du Jeudi Saint : avant la fête de la Pâque, Jésus, sachant que son heure était venue, l'heure de passer de ce monde au Père (13,1) ; avant son arrestation : voici que l'heure vient, maintenant elle est là, où vous serez dispersés, chacun allant de son côté (16,32), dans son ultime prière au Père :Père, l'heure est venue, glorifie ton Fils afin que ton Fils te glorifie (17,1), etc.

Ainsi, pendant toute la première partie de l'évangile, Jésus marche vers son qui arrivera au soir de la Cène, et cette heure est celle de sa remontée vers le Père. Ce qui donne une autre cohérence d'ensemble au 4° évangile.

Manifestement Jean, qui est le premier à croire à la résurrection en arrivant au tombeau vide

(il vit et il crut, 20,8), Jean a été transfiguré, ébloui par cette « heure de Jésus » qu'il présente de manière très unifiée : la mort de Jésus est en même temps son exaltation (12,32). Le Christ est élevé sur la croix comme sur un trône de gloire, et de là il répand l'Esprit sur le monde : c'est la manifestation de l'amour. Au préalable, pour que les disciples puissent par la suite comprendre et croire, Jésus aura multiplié les signes (cf. 20,30-31) : les miracles bien sûr, mais de manière plus générale toutes les « œuvres », c'est-à-dire ses paroles et ses gestes, qui manifestent aux hommes la mission, l'œuvre que le Père lui a confiée.

L'Évangile de Saint jean est une invitation « à croire pour vivre ».

A partir de là, on peut découper l'évangile de Jean en deux parties

  • Le livre des Signes
  • Celui de l'heure de Jésus

Enfin, la vie de Jésus est, chez Jean, encadrée par deux hymnes : le célèbre prologue (1,1-18) qui est un hymne à la Parole, au Verbe de Dieu, descendant du ciel pour se faire homme, et à l'autre bout la grande prière de la Parole remontant vers le Père (16,28 ; 17,5.11.13) .

On pourrait schématiquement résumer ainsi le fil conducteur de cet évangile : la gloire de Dieu transparaît dans l'œuvre de Jésus (dès le début : tel fut, à Cana de Galilée, le commencement des signes de Jésus.

Il manifesta sa gloire et ses disciples crurent en lui, 2,11) ; la croix de Jésus est son retour vers le Père, l'élévation à la gloire, où Jésus puise le pouvoir d'accorder la vie éternelle à tous ceux qui croient en lui : 17,24-26.

Sources

Père Philippe BERNARD

Introduction de la T.O.B.

Introduction de la Bible des Peuples

Introduction de la Bible de Jérusalem

Pour une histoire de Jésus : témoignage de l'évangile de Jean » (B. Lindars, B. Rigaux )

Pour lire le Nouveau Testament » ( E. Charpentier)

Lecture de l'évangile selon saint Jean » (A. Jaubert)