17 - La Convergence Métaphysique et Spirituelle

Chapitre I

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Lorsqu'on se donne le temps et les moyens de comprendre la sainte doctrine du Haut et Saint Ordre, ou plus simplement « l'action de DIEU » en nous offrant l'holocauste de son fils par la manifestation du Verbe Incarné et qui montra au monde la valeur du sacrifice de son fils Jésus-Christ sur le Golgotha, alors peut-être, je dis peut-être que ceux dont l'âme a pris conscience de leurs états de prévarication, comprendront le sens étymologique de la maxime dite « Cherchant, Persévérant, Souffrant », maxime annoncée par l'instruction de l'Orateur envers l'impétrant reçu Apprenti Franc Maçon Rectifié.

Chacun en conviendra, celui qui écoute ce discours ne se rend pas encore compte qu'il vient de vivre non pas une Initiation comme la Maçonnerie Apocryphe l'énonce avec force et vigueur pour impressionner son auditoire de la chose subie, comme si l'homme en étant reçu avait fait le plus difficile, se faire recevoir par ce club très fermé, terminologie utilisée par ses détracteurs comme un faire-valoir.

Non, si la Maçonnerie Ecossaise et traditionnelle a été Rectifiée par des Frères issus de cette Maçonnerie de Tradition dont l'héritage est connue de tous, c'est qu'ils avaient pris la mesure de la dégradation de celle-ci, et en la Rectifiant, ils pouvaient de nouveau se remettre au travail avec la volonté farouche et prudente de la Réédification des Hommes dont le mot Chrétien a un sens et qui savent que : « C'est cette profonde et dangereuse erreur philosophique, cette radicale inversion des valeurs, ce coupable renversement des hiérarchies authentiques, qui est proprement un acte "satanique". Le crime initial, accompli par les philosophes des lumières, est d'avoir supposé qu'il était possible, et même nécessaire, d'abattre la relation de dépendance ontologique qui unissait l'homme à son Créateur, de faire de l'homme le fondement universel de tout, et, ainsi de s'approprier l'histoire, en méprisant les lois civilisatrices qui, sagement, prévenaient les sociétés anciennes des égarements de [l'humaine nature, trop humaine]. L'homme a voulu se faire Dieu et, ce faisant, il est devenu le support du « diable ». Comme le dit aussi Louis Claude de Saint Martin dans « Ecce Homo » au sujet de la philosophie dite moderne de son époque. « Joseph de Maistre ne manquait pas une occasion de défendre le Philosophe Inconnu contre toutes les critiques. Il s'enthousiasma en 1790 par « l'Homme de Désir », qui soutenait que le désir de Dieu et celui de l'Homme doivent faire tomber tous les obstacles entre les deux plans et préparer les voies à [l'unité suprême]. »

Dès que l'on ose y toucher, par audacieuse imprudence, c'est le crime, l'anarchie et le chaos qui, inévitablement triomphent et c'en est alors définitivement fini du droit véritable.

Dieu mène le monde vers un but de lui seul connu, il conduit, et lui seul, le destin des nations, selon des voies spécifiques et particulières. De la sorte on peut dire que le peuple est gouverné secrètement par un "esprit recteur", qui l'anime, comme l'âme anime le corps qui produit la mort lorsqu'elle se retire. C'est là le sens précis de ce que l'on nomme le gouvernement temporel de la Providence, c'est à dire l'action directe ou indirecte de Dieu dans la marche et les affaires du monde et parfois, à la plus grande

surprise des hommes, l'apparition de la force divine, de sa justice et de son châtiment dans les événements de l'histoire.

" Parce que les hommes sont sortis des voies primitivement tracées par Dieu à leur action, Dieu, dont le plan doit aboutir avec ou sans nous, pour ou contre nous, ramène nos volontés coupables à son ferme dessein par les souples initiatives de sa rédemption, touches intimes par lesquelles nous pouvons acquiescer à la souffrance comme à une prévenance divine et utiliser par notre acceptation les sursis de la toute-puissance bonté ».[Tiré du livre Finesse et Géométrie d'Abbé Louis CARRET, Paillet 1937].

Pour revenir à l'impétrant qui est reçu dans la 1ère réédification que lui propose le Régime Ecossais Rectifié qui lui fait prêter serment sur l'évangile de Saint Jean, cette oraison divine qui l'inscrit dans le grand livre de la Vérité afin que son âme par la fulgurance du Feu « Transit Gloria Mundi » se réveille et se rappelle que le mal a tout souillé et, dans un sens très vrai, tout est mal puisque rien n'est à sa place. Tous les êtres gémissent et tendent avec effort vers un autre ordre des choses.

Dès cette 1ère réédification, le nouvel Apprenti s'entend préciser dans les instructions de son grade, qu'il est devenu le Temple Réédifié Mystiquement de Salomon pour lui montrer que l'Homme qu'il est, est le Temple Universel de Dieu et que sa prévarication est telle, qu'il doit se mettre au travail dans la loge où tous les symboles de son instruction sont visibles à ses yeux. Il lui appartient désormais de les déchiffrer, de les méditer et de les intégrer dans son propre Temple où le germe divin est là, omniprésent près à jaillir.

Et c'est là où la « Doctrine du Régime Ecossais Rectifié », expose la différence de son origine car elle prend sa source non pas dans la Maçonnerie Templière qui n'en est que l'Ecorce structurelle et pratique, mais dans « la gnose martinésiste qui discerne et s'approprie, dans les choses, ce qui tient des choses de l'esprit, explique Robert AMADOU, le symbolisme y mène. Elle trace le plan de la figure universelle où toute la nature spirituelle, majeure, mineure et inférieure opère ; où les immensités céleste et temporelle qu'enceint l'immensité de l'axe feu central communiquent, à travers l'immensité sur céleste avec l'immensité divine. R.Amadou,op.cit, Page 783 ».

Pour montrer même si cet exercice s'adresse au grade de Maître Ecossais de Saint André mais qui sont les « miroirs » dans la loge de Saint Jean justement de cette Doctrine et comme le fait remarquer Franz Von Baader, « Un des principes de la

doctrine COEN est que chaque homme est un Prophète et par conséquent, obligé de cultiver en lui ce don de la vision, culture à laquelle devait précisément servir l'école de ce Maître ; de la sorte le « Mineur Spirituel » celui qui se nomme le Prêtre Choisi pour se réintégrer, s'il veut être fidèle à sa vocation sacerdotale, prend conscience de la signification des nombres, s'applique à la connaissance des anges, se soumet à une discipline rigoureuse qui inclut la prière fréquente, certaines interdictions alimentaires, une sévère morale personnelle et enfin la célébration de la théurgie ». Je vous renvoie à d'autres lectures pour en savoir plus.

Et si je donne cet exemple ce n'est pas fortuit car n'oublions pas que Jean Baptiste WILLEMOZ (Eques ab Eremo) va découvrir cet ambitieux programme de la « Réintégration des Etres dans leur primitive propriété, vertu et puissance spirituelle divine » et que cette doctrine va nourrir les Rituels du Régime Ecossais Rectifié.

Pour revenir à notre Apprenti puisque c'est le nom que le Rite lui attribue, Joseph de Maistre a parfaitement disposé la scène de chaque grade, où il nous dit que : « le Frère du 1er grade doit travailler à encourager dans son cœur la bienfaisance et la philanthropie, ne négligeant pas pour autant ce faire l'étude de la morale et de l'évangile de saint jean. Et avec la précaution de ne jamais se perdre en de [vains systèmes], car la métaphysique de cette science et en général tout ce qui n'est pas clair et pratique, n'est bon que pour amuser les écoles et les cafés. » Ce grade est préparatoire où doit être énoncé et compris par le nouveau Frère et qu'il est sage d'exiger qu'il croit à l'évangile de saint jean puisque il y a prêté serment ; la simple croyance en Dieu et en l'immortalité de l'âme est une caution nécessaire afin que les instructions de ce grade prennent corps dans la pensée de l'Apprenti.

Lorsque le Frère Apprenti est pressenti pour être reçu Compagnon, il est important qu'une adhésion forte soit perçue chez le candidat aux vérités de la Révélation, à la divinité du Christ, cette prescription est indispensable car le travail du Compagnon sera justement de se consacrer dans son désordre personnel à la réunion des églises chrétiennes et l'instruction des gouvernements. Le Compagnon par le miroir doit se consacrer à l'extirpation des opinions dangereuses, en un mot à élever le trône de vérité sur les ruines de la superstition et du pyrrhonisme. (Doctrine de Pyrrhon, qui, entre les dogmatiques prétendant qu'il y a une vérité absolue et les sophistes qui le niaient, préférait que le philosophe s'abstienne ; scepticisme philosophique. Il faudrait dès lors, sans aucune discussion, adopter le pyrrhonisme le plus radical, et dire avec ce grec « qu'on ne sait pas même que l'on ne sait rien.)

Puis, le Grade de Maître où il est important de préciser que la Maçonnerie de Tradition dite opérative en fait son Oméga et son Alpha par le mythe d'Hiram, alors que le Régime Ecossais Rectifié destine ce grade à la transmission et à la connaissance transcendantale du christianisme, c'est-à-dire à la préparation de la Révélation de la Révélation afin que sa véritable initiation dans le dernier grade de la classe symbolique dit le grade de « Maître Ecossais de Saint André » lui fasse subir la véritable Initiation Maçonnique de son Rite.

Pardonnez-moi, j'avais oublié de dire que la Maçonnerie Ecossaise était rattachée à un Ordre qui est exclusivement Chrétien par sa Doctrine et ses vertus théologales que sont « La Foi, L'espérance et la Charité » et que la Bienfaisance en est son socle.

La réception au grade de Maître du Rite Ecossais Rectifié sans en dévoiler les symboles, instruit celui qui est reçu de la contemplation des vérités sacrées, préparations initiales à leur mise en œuvre directe qui sera transmises dans l'Ordre Intérieur par la préparation dans le 4ème grade qui est le dernier de la classe symbolique. C'est le temps de la recherche approfondie au sujet de la nature initiatique du christianisme, du sens réel des allégories sacrées, des mystères de l'écriture.

« Que les uns s'enfoncent courageusement dans les études d'érudition qui peuvent multiplier nos titres et éclaircir ceux que nous possédons. Que d'autres, que leur génie appelle aux contemplations métaphysiques, cherchent dans la nature même des choses les preuves de notre doctrine. Que d'autres enfin et plaise à Dieu qu'il en existe beaucoup, nous disent ce qu'ils ont appris de cet esprit qui souffle où il veut, comme il veut quand il veut. »

Nous sommes en présence par ces textes d'un authentique programme de connaissance ésotérique, d'une voie au sens traditionnel du terme, d'illumination intérieure, d'intériorisation de la Foi et de son épanouissement métaphysique au Cœur des Frères, dans la vivante et concrète incarnation, en chacun, du christianisme transcendant, issu de Joseph de Maître, dans ses différents écrits.

Lorsqu'on effectue une lecture approfondie sur les différents textes, études des Philosophes et Frères devant l'Eternel que sont Jean Baptiste WILLERMOZ, Louis Claude de SAINT MARTIN, Martines de PASQUALLY, Jacob BOEHME, Joseph de MAISTRE et bien d'autres encore, et que l'on effectue le rapprochement des étymologies de ces Frères, notre esprit est souvent frappé par l'étroite intimité des points de vue, des analyses et des certitudes. C'est toute la perspective métaphysique du Régime Ecossais Rectifié, état de rupture de l'homme déchu en quête de l'Unité Perdue, qui se

trouve traduite et développée avec un rare talent, une telle acuité par leurs travaux et transmissions. C'est le choix entre la porte apocryphe de la tradition Caïnite et la non apocryphe de la tradition sainte d'Abel. L'une détruit, l'autre élève.

Cela me renvoi à un livre dont la densité est plus qu'une simple instruction, puisque son titre nous offre le terme de « LA CLE D'OR », et où son auteur, celui que l'on nomme affectueusement notre « Porteur de Lumière » dans le Cercle Martiniste des Intimes, combien nous devons redoubler d'effort et de contemplation pour pourvoir grâce à la Clé d'Or, espérer entrevoir les portes de l'invisible que nous souhaitons visibles pour nos âmes prévaricatrices.

« J'ose dire que ce que nous devons ignorer est plus important que ce nous devons savoir : ma science est de moi, du moins en partie, et par conséquent je ne puis être sûr qu'elle est bonne ; l'ignorance, au contraire, du moins celle dont je parle, est de DIEU, pourtant j'ai toute la confiance possible en elle » [Les Soirées de Saint-Pétersbourg, Xème entretien].

Quand Joseph de Maistre nous évoque la restauration de l'Unité, en nous dictant que pour ramener les hommes dans les voies primitivement tracées par la Divine Providence, pour les conduire à cette Unité tant espérée, Dieu décide parfois de rompre l'habituelle et criminelle logique dominante, en nous montrant le véritable chemin que nous devons emprunter en vue de notre Rédemption, « rectifiant », par de puissantes méthodes , les folles entreprises humaines, dont la miraculeuse venue du Verbe en ce monde est l'exemple le plus frappant.

De la sorte et de par le formidable et vénérable enseignement qui nous est fourni par l'Incarnation de Jésus-Christ, apparaissent dans leur valeur quasi innée, tous les dogmes chrétiens que beaucoup considèrent comme un des biens les plus précieux de la famille humaine, répondant point par point aux erreurs et à l'aveuglement de l'esprit du siècle.

A cet égard, par les dogmes et « en eux », les suites du pêché trouvent leur plus consolant antidote, et la rédemption du Christ sa séculaire préfiguration, car l'unité humaine par la faute originelle explique notre commune déchéance, comme elle explique le Corps Mystique par la Rédemption du Christ. La découverte de correspondances insoupçonnées, prouve que notre fonds spirituel a pour assises inébranlables ces Pierres d'Attente d'une Révélation libératrice qui nettoie la patine dont le temps et nos erreurs les ont recouvertes.

L'aspiration pour le Franc Maçon Rectifié à l'Unité n'est pas un vain rêve ; solidaires de la prévarication d'Adam, notre ancêtre commun, nous recevrons ensemble, en tant que fils d'un identique Père, le sacrement de l'union retrouvée.

Joseph de Maistre nous rappelle dans le Xème entretien des Soirées :

« Ce n'est pas pour eux seulement que je prie, mais encore pour ceux qui croiront en moi par leur parole, afin que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et comme je suis en toi, afin qu'eux aussi soient en nous, pour que le monde croie que tu m'as envoyé. Je leur ai donné la gloire que tu m'as donnée, afin qu'ils soient un, moi en eux, et toi en moi, afin qu'ils soient parfaitement un, et que le monde connaisse que tu m'as envoyé et que tu les as aimés comme tu m'as aimé. Jean, XVII, 20-23.

Comme cette tension vers l'unité, suivant en cela Clément d'Alexandrie, comme la subsistance de l'étincelle divine en nous, comme la nostalgique mémoire de l'indivision et la préfiguration de la réunification future de l'androgyne primitif.

« Lorsque la vie ou la génération extérieure sera devenue semblable à la vie intérieure ou angélique, il n'y aura qu'une naissance. Il n'y aura plus de sexe. Le mâle et la femelle ne feront qu'un et le Royaume de Dieu arrivera. Mélanges A, Page 580. »

Si l'état actuel du monde est bien une image dégradée, le résultat d'une sanction, n'oublions pas qu'une « main secourable » nous a été donnée, cette main salvatrice c'est celle du « Divin Réparateur » qui par son sacrifice et sa mort sur le bois de la Croix, nous offre, collectivement, une perspective bienheureuse, une adorable et commune espérance qui ne sera pas démentie.

Ce petit travail de la Convergence Métaphysique et Spirituelle est une synthèse qui renferme une vie et une vision dans une doctrine personnelle. Le seul souhait qu'elle peut espérer c'est de montrer le formidable capital divin que chaque être humain porte en lui et que le Régime Ecossais Rectifié n'est ni un dogme, ni une église, mais un révélateur ou un bon médicament comme le disait Louis Claude de Saint Martin.

Il est une évidence que tout homme de désir qui met la 1ère Clé d'Or dans la 1ère porte qui lui est proposé, doit d'abord en priorité exacerber son humilité car lui devra changer pour s'élever de nouveau vers le créateur et ceux dont l'aveuglement et la vacuité espère que la Doctrine de l'Ordre peut être modifiée resteront toute leur vie

(misérable peux-t-on dire) à la porte du Porche et à se prendre pour des Prophètes de pacotilles et rien ne leur sera jamais révélé.

L'Ordre Maçonnique, Ecossais, Rectifié et Chrétien offre à ses Hommes de Désir qui veulent traduire l'envie dans un véritable élixir de travail et de méditation afin de nourrir leur âme abîmée par la Prévarication de l'espèce humaine, sont les bienvenus dans les espaces sacrées que nous appelons Loges alors que les autres les nomment Temple.

Chapitre II

L'histoire du monde est à ce titre, l'histoire continuée de la Chute ; le péché originel est l'explication de tout, et ce péché irrémissible se répète à chaque instant de la durée d'une manière secondaire. Dans les Soirées de Saint-Pétersbourg, Joseph de Maistre dira : « Toute dégradation ne pouvant être qu'une peine, et toute peine supposant un crime, la raison seule se trouve conduite, comme par force, au péché originel : car notre funeste inclination au mal est une vérité de sentiment et d'expérience proclamée par tous les siècles, et cette inclination toujours plus ou moins victorieuse de la conscience et de lois, n'ayant jamais cessé de produire sur la terre des transgressions de toute espèce, jamais l'homme n'a pu reconnaître et déplorer ce triste état, sans confesser par là même le dogme lamentable dont je vous entretiens ; car il ne peut être méchant sans être mauvais, ni mauvais sans être dégradé, ni dégradé sans être puni, ni puni sans être coupable. »

Lorsque le Maître Ecossais Rectifié a bien compris le Rite et la doctrine qui lui était offert pour lui permettre de se réédifier avant la Réconciliation du 4ème grade, alors peut-être, il peut espérer d'accéder un jour à la Réintégration. Mais, quand on lit WILLERMOZ, MAISTRE et que l'on comprend la densité de leurs esprits éclairés, que ces esprits éclairés ont pendant leurs vies durant souffert dans leurs chairs et leurs âmes par la perte ou l'éloignement des personnes aimées, on peut s'interroger si le Maçon Rectifié pour être un véritable Homme de Désir, ne doit pas lui aussi avoir rencontré la souffrance physique et matérielle pour accepter sa souffrance métaphysique et spirituelle comme une espérance miséricordieuse de rédemption.

Sinon, comment peut-il se situer dans le labyrinthe de la vie profane où l'écorce est plus importante que le noyau, ou le paraître matériel endort celui qui vient s'asseoir dans la loge pensant avoir fait le principal en étant reçu dans le Porche. Mais le Porche c'est le corps de l'Homme déchu et sans la Clé d'Or, il ne pourra jamais ouvrir la Porte du Sanctuaire et ensuite celle du Saint des Saints.

On doit à ce propos, regarder le temps et la matière comme des conséquences directes de la Chute, la rançon de notre dégradation.

« Saint Augustin, selon Maistre a mal compris Origène quand celui-dit que la cause de la matière est, non la bonté de Dieu seul, mais que les âmes ayant péché en s'éloignant de leur créateur, ont mérité d'être enfermées en divers corps comme dans une prison selon la diversité de leurs crimes, et que c'est là le monde ; qu'ainsi la cause de la création n'a pas été pour faire de bonnes choses, mais pour en empêcher de mauvaises. L'opinion dont il s'agit n'a rien de commun avec le manichéisme. On peut observer qu'elle est encore aujourd'hui la base de toutes les initiations modernes ».

La matière est donc, en quelque sorte, le résultat d'une dégradation, la conséquence d'une faute, une authentique prison dont il convient de travailler à s'extraire en se réconciliant avec Dieu, en œuvrant courageusement à « réintégrer » notre véritable condition première et originelle dont nous avons été malheureusement déchus. Les âmes souffrent de cet enfermement au sein de la matière, elles endurent leur douloureuse soumission à l'empire du temps, elles sont condamnées à expier leur faute dans le plus total des isolements ; supportant avec difficulté la division, elles n'ont pas d'autre désir plus impératif que de retourner à « L'Unité ».

A cet égard, et en considérant les bénéfiques effets pour l'ensemble de l'humanité du divin sacrifice de la Croix, nous remarquons sans peine que cette notion occupe une place non négligeable dans l'œuvre de nos Maîtres, et ce d'autant plus, que son universelle et tenace présence dans toutes les sociétés humaines, depuis les plus lointaines origines, indique assez bien l'aspect fondamental de son rôle dans le cadre de l'économie particulière qui présida au devenir de toutes les institutions religieuses et politiques. Le sacrifice se trouve bien à la base de « toute espèce de culte, sans distinction de lieu, de temps, d'opinions ou de circonstances » toutefois, c'est dans le sacrifice sanglant du Calvaire qu'est ouverte et proposée à tous, pour la première fois depuis la Chute, une authentique Voie de régénération spirituelle. Jésus fait Homme, par sa mort consentie et assumée, libère pour toujours les créatures du péché, son sang versé pour la Rédemption du genre humain, son sacrifice devient le moyen merveilleux du salut offert gratuitement à tous.

« La grande victime, élevée pour attirer tout à elle, cria sur le Calvaire»:

TOUT EST CONSOMME...

Alors le voile du Temple s'est déchiré, le grand secret du sanctuaire fut connu, autant qu'il pouvait l'être dans cet ordre des choses dont nous faisons partie. Nous comprîmes pourquoi l'homme avait toujours cru qu'une âme pouvait être sauvée par une autre, et pourquoi il avait toujours cherché sa régénération dans le sang. La Force expiatrice de la souffrance des innocents payant pour les coupables, explique la place importante occupée par le sacrifice au cœur de l'histoire de l'Homme.Le genre humain, marqué par les souillures de la génération, expie d'âge en âge, dans une étrange solidarité de condition, le forfait de ses premiers parents.

Je vous renvoie sur ce propos particulier à un livre particulièrement éclairant

« Comment paye-t-on les fautes de ses ancêtres » de Nina CANAULT, où l'on traite de l'inconscient générationnel, aux éditions DESCLEE de Brouwer et que mon cher Fils m'ayant fait découvrir récemment, cherchant désespérément les causes de l'origine de la maladie qui lui torture l'esprit. Etonnant, surprenant d'ailleurs de découvrir que laissant FREUD et JUNG, les psychanalystes de notre époque étudient la Bible, le Nouveau Testament, l'évangile de Saint Jean et l'Apocalypse de Jean pour mieux soigner leurs patients. Mais revenons à notre sujet même si par cette strophe, on constate que la déraison en quelque sorte faisant place à l'Esprit divin et à la Foi qui le porte pour soigner les âmes torturées à l'excès.

La grande énigme, bien souvent révoltante, de la réversibilité des peines, trouve son explication dans l'Unité Humaine, liée solidairement, depuis l'origine, par le péché et la Chute. Selon Maistre « On se demande pourquoi quelques fois à qui servent ces austérités terribles, pratiquées par certains ordres religieux, et qui sont aussi des dévouements ; autant vaudrait précisément demander à quoi sert le christianisme puisqu'il repose tout entier sur ce même dogme agrandi, de l'innocence payant pour le crime ».

Le monde est donc soumis à une loi d'équilibre, une loi de compensation qui voit le mal combattre le mal, le mal transformer en un bien supérieur une nature déchue, faire du crime et de la mort des moyens de salut. Il importe à ce titre, de comprendre que la Rédemption se poursuit à travers les siècles. Bien que le Christ soit mort pour tous, il n'a pas changé la condition des Etres.

En parallèle, on constate que le Régime Ecossais Rectifié a été construit astucieusement pour redonner confiance à l'Homme de Désir, pour lui montrer que tout est encore possible et que s'il est honnête, vertueux, compatissant vis-à-vis de ses Frères, alors la Réconciliation du 4ème lui ouvrira les Portes du Sanctuaire pour l'immolation de l'holocauste et son entrée dans l'Ordre Intérieur.

Où là, aucun homme digne de foi, sincère dans son cœur de Chrétien ne pourra plus dire qu'il ne savait pas, qu'il n'avait pas compris car par la Profession de Foi qui lui sera demandée, sa propre eucharistie sera mise à nu devant ses pairs et pour obtenir sa libération d'homme libre, il devra en payer le prix.

D'ailleurs il est bon de rappeler à cet instant que celui reçut dans l'Ordre Intérieur et lorsque le gouvernement pour les besoins de l'Ordre ordonne un Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte comme Guide de la Loge Ecossaise, comme guide de la Commanderie, comme guide de la Préfecture, comme guide d'un Grand Prieuré, ce n'est pas pour assouvir on ne sait quel désir construit sur la vanité et sur l'orgueil, mais bien au contraire pour se mettre au service de Dieu au profit de ses Frères.

Que par la vertu de l'exemple, il doit être attentif aux besoins de ces hommes qui portent le nom de Frères pour les aider à cheminer vers l'Orient, la Compassion doit être son outil principal, la Justice et la Clémence doivent être son outil quotidien, il doit œuvrer à créer et maintenir l'harmonie et la seule vertu de l'exemple sera sa meilleure vérité.

Sa charge par la fonction de l'Ordre, l'a élevé pour élever les Frères dont il a la charge et non pas les abaisser comme voulurent le faire ceux qui se croyaient gardien du Temple de Jérusalem et que notre Seigneur a chassé en leur montrant leur iniquité. Mais attention pas à n'importe quel prix : « il éprouve les bons pour les rendre meilleurs ; il élève quelquefois les faibles pour les abandonner à eux-mêmes s'ils deviennent ingrats ; et il méprise les clameurs des présomptueux qui croient devoir être préférés à d'autres, jusqu'à ce qu'ils aient appris » [Extrait de Jean Baptiste Willermoz 1804 au VM Achard]

Il est temps de rappeler, que la « Chevalerie Chrétienne » qui s'est nommée un cours instant « Chevalerie du Christ » pour devenir « Chevalerie Bienfaisante de la Cité Sainte », invoque à celui qui a le privilège d'y être admis ne l'oublions pas, que la Révélation Chrétienne est doté d'un statut particulier par toutes les manifestations qui en découlent et que le caractère libérateur de la parole du Christ change radicalement les données classique du rapport à DIEU et au culte qui lui était rendu depuis la Chute.

Joseph de Maistre sur cet aspect du message évangélique fait l'objet d'un regard spécial de sa part, il estime que cette possibilité offerte de communier, par le sacrifice du Fils, aux mystères les plus secrets de l'intimité du Père, sont pour lui une vocation de pousser plus en avant encore sa pensée.

« Le Christianisme a changé le cœur de l'homme. Il a épuré les croyances dont la base n'étaient point fausse, mais qui s'étaient corrompues, rectifiant les cultes et faisant cesser les abus criminels. Il a, en un certain sens, soulevé le voile épais qui cachait aux peuples la face de l'antique Isis, appelant tous les hommes à l'héritage du Père, initiant les foules aux mystères essentiels réservés jusqu'à alors jalousement. Jésus est l'Initié par excellence, l'Initié absolu, l'éternel confident de la Sagesse du Père. L'humanité qu'il a revêtue, il l'a conduite au plus haut degré de la connaissance, il l'a faite entrer transfigurée dans le Royaume de Dieu. A tous ceux qui veulent s'unir mystiquement à lui, il est venu apporter ce royaume. En vivant, en nous mouvant dans le Christ ressuscité, initié d'un genre unique, nous sommes Initiés nous-mêmes, aux mystères éternels de la Vie. » (Ed Dermenghem, op.cit.P.186-187).

Pour le chrétien intérieur, de l'obliger à abandonner le vain désir de commander aux esprits, « ni de dominer la nature au moyen d'entités peut-être impures, ni de développer les facultés latentes de la nature humaine ; car rien ne serait plus néfaste que le désir du surnaturel sans désir de sanctification, mais de s'élever au plan suprême, et de s'unir au divin par l'intermédiaire du Fils, unique voie, unique vérité unique vie. Le chrétien ne peut plus donner à aucun homme le nom de Maître dans toute la force du terme. La grâce et une nouvelle espérance, l'affranchissement de la loi. Il n'a plus aucun maître extérieur. C'est au fond de son cœur qu'il doit trouver la présence divine ».

Quelle magnifique métaphore que cet exégète par rapport à l'entrée dans l'Ordre Intérieur pour le franc Maçon Homme de Désir.

Pour conclure sur ce Chapitre, comme si on pouvait conclure sur le sujet ; la Religion de l'Homme par définition, celle qui conduit à son maximum de profondeur, l'exigence METAPHYSIQUE UNIVERSELLE, celle qui recèle les mystères ineffables malheureusement oubliés par les Prêtres, celle qui « révèle l'homme à l'homme ». Celle qui selon la belle expression de Louis Claude de Saint Martin dans le Ministère de l'Homme Esprit, nous dit qu'elle est « le Terme et le repos de toutes les Religions », la Religion de pure intériorité, ce Christianisme Transcendantal mettant secrètement en

œuvre l'indicible travail de déification qui, dans la paix de « L'ABSOLU SILENCE », dévoile dans le cœur de chaque homme la surnaturelle Lumière de l'Esprit.

Voilà mes Biens Aimés Frères ce que le Christ nous enseigné et offert à nos eucharisties personnelles et que nous devons travailler dans son amour au sein de nos établissements, loges de Saint Jean, loge de Saint André et cénacle des Commanderies.

« A la Révélation limitée du SINAÏ, à celle du CHRIST, plus large mais encore restreinte par les circonstances du temps et de lieu, succèdera une nouvelle manifestation de la bonté divine. Si rien ne nous manque pour le salut, du côté des connaissances divines, il nous manque encore beaucoup. Lorsque ce qui est en dehors, lorsque la vie ou la génération extérieure sera devenue semblable à la vie intérieure ou angélique. Cédons à l'amour et entrons dans la voie royale qui aboutit à la Cité Sainte ; il faut nous tenir prêt pour un évènement immense dans l'Ordre divin, vers lequel nous marchons avec une vitesse accélérée qui doit frapper tous les observateurs. Des oracles redoutables annoncent déjà que les temps sont arrivés. (Soirées de Saint-Pétersbourg, XIème entretien).

Il serait présomptueux de ma part de m'attribuer quelques mérites sur cette dissertation dont la nourriture métaphysique et spirituelle m'a été offerte par les esprit éclairés de notre Respectable Frère Joseph de Maistre, i.o Eques a Floribus, reçu dans la Grande Profession en Juillet 1779, Membre de la Confrérie de la Sainte Croix et de la Miséricorde, fondée par Saint François de Sales. C'est donc humblement comme il sied, que j'ai essayé de vous offrir cette synthèse où par-ci par là, ma pensée a déposé mes quelques réflexions et impressions.

La référence a Nina Canault

Comment paye-t-on les fautes de ses ancêtres :

L'inconscient Trans générationnel permet à des pères « Souffrant » selon le terme employé dans le Régime Ecossais Rectifié de démystifier certaines maladies qui les touche dans leur chair et leur sang.

" À votre avis, qu'est-ce qu'une faute ? Une erreur de jugement, une mauvaise action ? ", demandai-je au psychanalyste Didier Dumas. Sa réponse me prit au dépourvu : " La faute ? Mais c'est une carence de paroles, une impossibilité à dire, à s'assumer comme un être humain, un être de langage. " La faute c'est, en un mot, le traumatisme ; celui que l'on subit ou que l'on inflige. Cela, nous le savions déjà, grâce à la psychanalyse. Mais aujourd'hui, la clinique fait un pas de plus et montre que les traumatismes ancestraux - les fantômes - produisent des effets dévastateurs sur plusieurs générations dans les lignées humaines. " Que nous le voulions ou non, ces transmissions existent et leurs aspects positifs et naturels restent à découvrir. Car le Trans générationnel ne désigne rien d'autre que le processus vital de transmission de l'esprit à travers les générations, processus souvent nié par les sciences de l'homme.