Le Mot Rectifié d'Octobre

Source : Dans son imposant ouvrage « Martinès de Pasqually et Jean-Baptiste Willermoz» de près de 1200 pages, ayant pour sous-titre : « Vie, doctrine et pratiques théurgiques de l'Ordre des Chevaliers Maçons Élus Coëns de l'Univers », Jean-Marc Vivenza aborde, dans un des « Appendices », une question qui est souvent peu comprise par ceux qui pratiquent le Régime Écossais Rectifié, et a fortiori encore moins entrevue par les observateurs, à savoir la thèse postulant une origine angélique du monde.

Dans son imposant ouvrage « Martinès de Pasqually et Jean-Baptiste Willermoz» de près de 1200 pages, ayant pour sous-titre : « Vie, doctrine et pratiques théurgiques de l'Ordre des Chevaliers Maçons Élus Coëns de l'Univers », Jean-Marc Vivenza aborde, dans un des « Appendices », une question qui est souvent peu comprise par ceux qui pratiquent le Régime Écossais Rectifié, et a fortiori encore moins entrevue par les observateurs, à savoir la thèse postulant une origine angélique du monde créé.

En effet, selon Martinés de Pasqually, qui sera entièrement suivi sur ce point par Jean-Baptiste Willermoz, le monde n'a pas été directement façonné par Dieu mais par des esprits angéliques, qui ont obéi aux ordres du Créateur, ce dernier n'intervenant pas dans l'œuvre créatrice, si ce n'est pour en intimer la constitution et en penser les plans.

a) La thèse martinézienne d'une création du « monde matériel » par les anges est problématique.

Or cette thèse est éminemment problématique. Elle l'est notamment pour la théologie dogmatique des différentes églises chrétiennes qui rejettent catégoriquement et avec vigueur cette position jugée inacceptable à leurs yeux, pour ne pas dire impie et hérétique.

Jean-Marc Vivenza explique à ce sujet la raison d'un tel rejet par les églises :

« L'idée que le monde ne fut point créé par Dieu, mais par des anges, ou des « esprits secondaires », est une constante des thèses gnostiques que l'on retrouve chez la plupart des auteurs condamnés par l'Église en ses différents conciles : Simon le magicien (1er s.), Basilide (IIe s.), Valentin (IIIe s.), Marcion (v. 85-v.160), Carpocrate (II e s.), Épiphane (IIe s.), condamnations exprimées avec la plus grande fermeté dans les textes des Pères de l'Église, notamment par saint Irénée de Lyon (v.130-v. 202), Clément d'Alexandrie (150-v.211), Tertullien (v. 155-v.222), saint Athanase (v.294-373), saint Grégoire de Naziance (v.330-v.390), saint Grégoire de Nysse (v.335-v.394) et saint Augustin (354-430), pour ne citer que les principaux adversaires des courants jugés hérétiques, ceci de par le fait que les interprétations des auteurs dualistes niaient la gratuité de l'œuvre de Dieu, s'écartant en cela considérablement du récit de l'Écriture Sainte où l'Éternel vit que « tout ce qu'il avait fait été bon » (Genèse I, 31), pour y substituer des thèses où le mal joue un rôle absolument déterminant sur le plan ontologique et cosmogonique, au point d'imposer à Dieu des décisions allant contre sa volonté initiale, et de remplacer le Créateur par des « intermédiaires », anges, esprits inférieurs, archontes, etc., dans l'œuvre de formation de l'Univers. »

b) Similarité de la conception martinézienne avec les thèses gnostiques

La raison de la présence d'une telle proposition doctrinale chez Martinés de Pasqually, provient du caractère de nécessité de ce monde matériel, qui n'était pas voulu à l'origine dans l'intention divine, et que Dieu dut se résoudre à constituer pour y enfermer les démons après leur révolte.

Ce monde n'était pas dans le plan divin initialement, car sans la désobéissance des démons il n'y aurait jamais eu la constitution d'un monde matériel. Ceci explique pourquoi Dieu voulut que ce monde soit édifié en allant contre son idée première, « en faisant force de loi » sur lui-même, c'est-à-dire en se faisant violence, en décidant à regret la création de l'univers physique.

La difficulté considérable d'une telle vision, quoique cohérente si on situe la révolte des démons avant la constitution du monde, c'est que tout à coup la Création ne possède plus du tout son aspect de « gratuité » mais participe d'une « contrainte nécessaire », Dieu s'étant vu « forcé » et « obligé » de créer le monde en constatant l'étendue du mal et souhaitant éviter qu'il ne se développe.

Dans cette vision soutenue par Martinés de Pasqually, on change complètement de plan d'avec la théologie dogmatique !

Pourtant, c'est ce changement radical de plan que soutint tout d'abord Martinés de Pasqually, puis qu'introduisit Jean-Baptiste Willermoz dans les instructions du Régime Écossais Rectifié, conférant à la doctrine de cet Ordre maçonnique et chevaleresque une nette tendance à la gnose dualiste telle qu'elle s'est exprimée lors des premiers siècles du christianisme :

« Le gnosticisme - se caractérisant par la croyance que les âmes, soit à cause d'une rupture volontaire ou une détermination négative subie, qui viennent en ce monde, sont emprisonnées dans les formes dégradées et impures de la matière -, niait en conséquence la Création comme étant l'œuvre de Dieu lui-même, et affirmait qu'elle avait été réalisée par des « esprits secondaires » inférieurs, voire un démiurge, ce qu'exprime Martinés en ces termes : « [...] je te dirai avec vérité, de par l'Éternel, qu'à peine les esprits pervers furent bannis de la présence du Créateur, les esprits inférieurs et mineurs ternaires reçurent la puissance d'opérer la loi innée en eux de production d'essences spiritueuses, afin de contenir les prévaricateurs dans des bornes ténébreuses de privation divine. En recevant cette puissance, ils furent sur-le-champ émancipés ; leur action, qui était pure spirituelle divine, fut aussitôt changée que l'esprit eut prévariqué ; ils ne furent plus que des êtres spirituels temporels, destinés à opérer les différentes lois que le Créateur leur prescrirait pour l'entier accomplissement de ses volontés. C'est alors que les mineurs spirituels quaternaires furent émanés du sein de la Divinité et qu'ils occupèrent dans l'immensité divine la classe dont les esprits mineurs ternaires venaient d'être émancipés pour opérer temporellement. » (Traité, 233). Il est donc évident, selon les déclarations et affirmations explicites du Traité sur la réintégration des êtres, que le monde matériel, produit de « l'action directe des esprits inférieurs est ternaire, puisqu'ils ont émané d'eux mercure, soufre et sel, pour la structure de l'univers » (Traité, 239) n'a pas été façonné par le Créateur, mais par les « esprits ternaires », c'est-à-dire une classe inférieure d'esprits angéliques, qui ont agi sur ordre de l'Éternel afin que soit constitué le temple universel, ce qui contredit positivement le symbole de Nicée-Constantinople, dit aussi « des Apôtres » en Occident, en sa déclaration formelle : « Je crois en un seul Dieu, le Père Tout-Puissant, Créateur du ciel et de la terre, et de toutes les choses visibles et invisibles ». »

c) Jean-Baptiste Willermoz introduisit la thèse gnostique de Martinés dans les instructions du Régime Écossais Rectifié

Il apparaît donc évident que le type de christianisme propre au Régime Écossais Rectifié, n'a strictement rien d'identique avec l'enseignement de l'Église et relève de ce que Joseph de Maistre qualifia du nom de « christianisme transcendant », type de christianisme « fort éloigné » de la dogmatique officielle de l'institution ecclésiale :

« Cette conception cosmogonique, évidemment fort éloignée des enseignements dogmatiques de l'Église, est devenue la base de la doctrine du Régime rectifié [...]. L'image utilisée par Willermoz, pour expliquer que le monde ne fut point créer directement par Dieu mais par des esprits inférieurs ternaires, est exactement celle de Martinés dans son Traité, relative à la construction du Temple de Salomon : ''L'univers créé, qui est appelé philosophiquement le grand Temple univer­sel, dont celui de Salomon fut la figure, a commencé avec le temps pour subsis­ter pendant toute son éternité individuelle. C'est là que les êtres spirituels, principes d'actions secondaires, opèrent avec précision et dans un ordre inva­riable, la loi qu'ils ont reçue dès l'origine des choses temporelles, et que tous les êtres corporels qui y sont contenus se manifestent suivant leur nature pendant toute la durée qui leur est prescrite.'' Willermoz conclut, selon la logique interne de la doctrine martinézienne devenue celle du Régime rectifié : «[telle est] la différence infinie qui se trouve entra les êtres spirituels, ouvrages du Créateur même, et le grand Temple Universel, qui ne fut produit que par ses agents

Conclusion

Ces éléments doctrinaux extraordinairement centraux pour la juste compréhension des rites et symboles du Régime rectifié, éléments qui ne furent jamais véritablement étudiés avec précision, et en particulier ce point plus que délicat négateur de la gratuité de l'acte divin qu'est la création du monde matériel non par Dieu mais par les anges, méritaient un approfondissement très attentif.

Le livre portant sur la relation entre Martinés de Pasqually et Jean-Baptiste Willermoz offre donc ainsi la possibilité, avec des développements détaillés, référencés et étendus, une salvatrice lumière de la plus haute importance, donnant ainsi à tous les « Cherchant » sincères une connaissance capable de les faire notablement progresser dans la voie de l'initiation willermozienne.

Voici l'endroit pour votre texte. Cliquez ici et commencez à taper. Sed ut perspiciatis unde omnis iste natus error sit voluptatem accusantium doloremque laudantium totam rem aperiam eaque ipsa quae ab illo inventore veritatis et quasi.

Ea commodi consequatur quis autem vel eum iure reprehenderit qui in ea voluptate velit esse quam nihil molestiae consequatur vel illum qui dolorem eum fugiat quo voluptas nulla pariatur at vero eos et accusamus et iusto odio dignissimos ducimus qui blanditiis praesentium voluptatum deleniti atque corrupti quos dolores et quas molestias excepturi sint occaecati cupiditate non provident similique sunt in culpa qui officia deserunt mollitia animi id est laborum et dolorum fuga et harum quidem rerum.