Le Mot Rectifié de Juin

                            Les Voies « Apocryphes » étrangères à l'initiation Willermozienne

                                                          Sources le Phénix Renaissant de 2016

D'autre part, se rajoute à cette perte des qualifications initiatiques, ce qui rend plus encore préoccupante la situation contemporaine, un deuxième aspect, non moins problématique, touchant à l'influence qui est allée, et s'est même traduite, jusqu'au mélange dissolvant et à la confusion qui se sont opérés avec les « voies » que le Régime rectifié qualifie, non sans de justes motifs, « d'apocryphes ».

Il convient, pour bien comprendre ce point important, d'avoir en permanence à l'esprit que la Tradition se divisa quasi immédiatement, et ce dès l'épisode rapporté par le livre de la Genèse, lors de la séparation qui adviendra entre le « culte faux » de Caïn et celui, « béni de l'Éternel », célébré par Abel le juste.

Il en résulte une conséquence fondamentale pour toutes les conceptions doctrinales qui tentent de poser un discours théorique sur la notion de

« Tradition » initiatique, c'est que les deux cultes de Caïn et Abel vont donner naissance, dès l'aurore de l'Histoire des hommes, à deux traditions également anciennes ou « primordiales » si l'on tient à ce terme, mais absolument non équivalentes du point de vue spirituel.

À ces deux cultes, l'un d'Abel et l'autre de Caïn, correspondent donc deux traditions » ennemies, l'une « apocryphe », l'autre « non-apocryphe », que tout sépare et va opposer au cours de l'Histoire, se livrant une lutte incessante expliquant pourquoi il ne peut y avoir de conciliation entre ces deux « voies » antagonistes.

On doit donc être très vigilant sur Je plan spirituel, afin de ne point se laisser entraîner vers les domaines issus de la tradition réprouvée de Caïn, faute de quoi on risque d'être conduit vers des horizons très éloignés de la véritable initiation.

3° Le culte de Cain, en effet, uniquement basé sur la religion naturelle, était une simple offrande de louange dépourvue de tout aspect sacrificiel, alors que le culte d'Abel, qui savait que depuis le péché originel il n'était plus possible, ni surtout permis, de reproduire la forme antérieure qu'avaient les célébrations édéniques, donna à son offrande un caractère expiatoire qui fut accepté et agréé par Dieu, constituant le fondement de la « Vraie Religion», la religion surnaturelle et sainte.

On sait d'ailleurs combien Willermoz, conscient de cette possible déviance, fut amené à prendre une décision importante sur ce point, puisque le 5 mai 1785, par une volonté entérinée par la Régence Écossaise et le Directoire Provincial d'Auvergne, fut écarté le nom de « Tubalcain » des rituels du Régime Écossais Rectifié, « Tubalcain » étant le fils de Lamech et de Tsillah, descendant de Caïn, il est « l'ancêtre de tous les forgerons en cuivre et en fer.» (Genèse IV, 22).

Le livre de la Genèse, en ces chapitres X et XI, nous apprend que

« Phaleg » était un descendant de Sem, l'un des trois fils de Noé qui sut se préserver de l'influence perverse de Cham ". Cette « préservation », cet éloignement volontaire, sa mise à distance de la perversion et du mal, ayant refusé de participer à l'édification de la tour de Babel en se maintenant à

« L'écart » des constructeurs impies, en font un emblème significatif de la pureté, de la fermeté dans le souci du service de Dieu, de la rigueur et fidélité envers les commandements saints et sacrés du Ciel 31•

31« Héber eut deux fils : l'un s'appela Phaleg, c'est-d-dire, division, parce que la terre fut divisée de son temps en des nations et des langues différentes ... » (Genèse X,25), ceci consécutivement à l'épisode de la tour de Babel, relaté au chapitre XI du livre de la Genèse : « La terre n'avait alors qu'une seule langue et qu'une même manière de parler. Et comme ces peuples étaient partis du côté de l'orient, ayant trouvé une campagne dans le pays de Sennaar, ils y habitèrent ; et ils se dirent l'un à l'autre : Allons, faisons des briques, et cuisons-les au feu. Ils se servirent donc de briques comme de pierres, et de bitume comme de ciment. Ils s'entre-dirent encore : Venez, faisons-nous une ville et une tour qui soit élevée jusqu'au ciel ; et rendons notre nom célèbre avant que nous nous dispersions par toute la terre. Or le Seigneur descendit pour voir la ville et la tour que bâtissaient les enfants d'Adam, et il dit : Ils ne sont tous maintenant qu'un peuple, et ils ont tous le même langage ; et ayant commencé à faire cet ouvrage, ils ne quitteront point leur dessein qu'ils ne l'aient achevé entièrement. Venez donc, descendons en ce lieu, et confondons-y tellement leur langage, qu'ils ne s'entendent plus les uns les autres. C'est en cette manière que le Seigneur les dispersa de ce lieu dans tous les pays du monde, et qu'ils cessèrent de bâtir cette ville. C'est aussi pour cette raison que cette ville fut appelée Babel, c'est-à-dire, dans la confusion, parce que c'est là que fut confondu le langage de toute la terre. Et le Seigneur les dispersa ensuite dans toutes les régions du monde.» (Genèse XI, 1-9). Il apparait également dans la généalogie du Christ chez l'apôtre Luc: «jésus avait environ trente ans, lorsqu'il commença à exercer son ministère, étant, comme l'on croyait, fils de Joseph, qui fut fils d'Héli, qui fut fils de Mathat [. .. ] qui fut fils de Sarug, qui fut fils de Ragaü, qui fut fils de Phaleg, qui fut fils d'Héber, qui fut fils de Salé... » (Luc III, 23 ; 36).

Le nom de « Phaleg », de par cette image de retranchement du vice que lui confère !'Écriture, fut de ce fait heureusement « substituer » à celui de « Tubalcain » dans les rituels rectifiés, nous indiquant clairement, que la Réforme lyonnaise voulut se placer dans la descendance de Sem ??

32 Dans son « Commentaire de la Genèse », Dom Rémy Cellier (1688­1763), o.s.b., explique le rôle que joua Héber, le père de Phaleg lors de la construction de la Tour de Babel, se tenant éloigné de cette folle entreprise, correspondant bien au sens que lui reconnaît Jean-Baptiste Willermoz et le Régime Rectifié : « Dieu ordonne à Noé de quitter l' Arche ; lorsqu'il est sorti, il offre à Dieu un sacrifice et il est béni avec ses enfants. Il reçoit de Dieu la promesse que les hommes ne périront plus par un déluge. Ensuite, il bénit Sem et Japhet ; mais il maudit Chanaan, parce que Chain, dont il était le fils, avait révélé la nudité de son père.

NOE après le déluge transmis à ses trois fils - CHAM - SEM - JAPHET - la science divine reçue de Dieu sans voiles.

  • Mais Cham va désobéir par des actes impurs et la Tour de Babel.
  • SEM produira la tradition sémitique judéo chrétienne qui deviendra le NOACHISME.
  • JAPHET reçoit la Tradition du Culte Primitif
  • SEM va recevoir une grâce de DIEU qui lui permettra de produire la race des Patriarches.
  • Les autres traditions vont devenir idolâtres dont les sciences factices des Egyptiens et les travaux d'Alchimie produiront les sciences arbitraires et aucun résultat de plomb en or ne sera réalisé.

Cette malédiction fut accomplie sur les Gabaonites, et, à vrai dire, elle eut l'apparence d'une malédiction, mais en réalité ce fut une prophétie [un des] descendants de Noé, Phaleg, à qui ce nom fut donné parce que la terre fut divisée au temps où il vécut. Alors fut construite la tour dans le lieu qui fut appelé Babylone, c'est-à-dire confusion, parce que dans cet endroit eut lieu la confusion, des langues. Hébert, père de Phaleg, ne consentit point, dit-on, à construire la tour avec les autres et pour cela, sa langue ne fut point changée ; mais il garda son idiome intact, et lui imposa même son nom. On l'appelait Hébert, sa langue fut l'hébraïque, et ainsi est-il prouvé que l'idiome hébreu est la plus ancienne des langues. Cette langue était celle dont tous se servaient avant la confusion. Hébert fut l'ancêtre d'Abraham, Tharé, père d'Abraham, prend avec lui ses fils Abraham et Nachor et Loth, son petit-fils, et vient au pays de Charran, ayant résolu d'habiter la terre de Chanaan. Tharé mort, Abraham reçoit de Dieu l'ordre de quitter le pays de Charran et il s'en va à Sichem, dans le pays de Chanaan. Dieu lui promet de donner cette terre à sa race. Abraham élève à Dieu un autel et fixe sa tente vers la mer. » (Dom Rémy Ceillier, Commentaire de la Genèse, Abbaye Saint-Benoît de Port-Valais, 1758).

33 Jean-Baptiste Willermoz exposa dans un argumentaire circonstancié et étayé la raison de cette éradication de « Tubalcain » devenue nécessaire, lors de la tenue du Directoire Provincial d'Auvergne, à Lyon, le 5 mai 1785 : « On n'a pas remarqué que c'est une contradiction de donner à l'Apprenti ce mot de ralliement Tubalcain après lui avoir fait quitter tous les métaux qui sont l'emblème des vices.

En effet, d'un côté, on lui apprend que ce n'est point sur les métaux que le vrai Maçon doit travailler ; et de l'autre, on le met dans le cas de croire que Tubalcain, le Père et l'inventeur du travail sur les métaux, serait le premier instituteur de la Maçonnerie élevée. Si Tubalcain fut le fondateur d'une initiation quelconque, on voit quel devait en être l'objet et le but par ce qu'en dit l'Écriture, et dans ce siècle où tant de Maçons s'occupent de l'alchimie, un Régime qui en connaît les dangers ne doit pas conserver un nom qui ne s'est perpétué que par l'ignorance ou le défaut d'attention de plusieurs qui n'ont pas aperçu ce rapport et cette inconséquence, et sont encore par-là liés à ceux qui s'occuperaient à imiter triangle, dans lequel il s'enfermait pour implorer la miséricorde de l'Eternel et la rémission de son péché. » (Cf. D. Ligou, Dictionnaire de la franc­ maçonnerie, P.U.F., 1987, p. 867). Il n'est pourtant, contrairement à ce qui est ici affirmé, jamais question dans la Sainte Écriture, et absolument en aucun endroit, de « Phaleg » comme architecte de la Tour de Babel, c'est une légende totalement erronée façonnée par ceux qui établirent aux XVIII et XIX siècles les rituels dits

« Noachites », à savoir le 3+ degré de « Chevalier Prussien », du 23 de « Chevalier de Royale Hache », et du 25 de « Chevalier du Serpent d'Airain ». Rappelons que « Phaleg » est fils de « Hébert », or « Hébert » représente la branche préservée, le petit nombre des élus qui persévérèrent dans les lois de l'Éternel au moment où la terre entière sombrait dans l'idolâtrie, la confusion et la volonté prométhéenne de conquérir le Ciel par ses propres forces, élus qui deviendront, par décision de Dieu, le peuple hébreu - « hébreu » car descendant de « Hébert » dont l'un des fils se nommait « Phaleg ». On est en conséquence très loin des interprétations hasardeuses du 21" degré de « Chevalier Prussien », même si l'idée d'un salut par « l'expiation » et « l'humilité », c'est-à-dire par « les œuvres », n'est pas à totalement rejeter bien que porteuse cependant d'une conception par trop pélagienne et constructiviste du « salut », écartant de façon significative le rôle de la Grâce.

C'est pourquoi, il y a une grave erreur à confondre en une seule « Tradition » deux courants que tout oppose, deux cultes radicalement différents et contraires, antithétiques, l'un celui de Caïn, travaillant à la glorification des puissances de la terre et de la nature et donc des démons qui pour être des esprits, n'en sont pas moins des « forces naturelles » visant au triomphe et à la domination de l'homme autocréateur, religion prométhéenne et babélienne s'exprimant par la volonté d'accéder par soi­ même à Dieu, les fruits de la terre, à cet égard, symbolisant les antique mythes païens, l'autre, à l'inverse, celui d'Abel, fidèle à l'Éternel et à ses saints commandements, conscient de l'irréparable faute qui entachait désormais toute la descendance d'Adam, et qui exigeait que soit célébrée par les élus de Dieu une souveraine « opération » de réparation, afin d'obtenir, malgré les ineffaçables traces du péché originel dont l'homme est porteur, d'être réconcilié et purifié par le Ciel.

La « Tradition » selon le Régime rectifié, se place donc dans la continuité exacte de ce que Martinés de Pasqually explique dans son Traité sur la réintégration des êtres : « Abel se comporta comme Adam aurait dû se comporter dans son premier état de gloire envers l'Eternel : le culte qu'Abel rendait au Créateur était le type réel que le Créateur devait attendre de son premier mineur. Abel était encore un type bien frappant de la manifestation de gloire divine qui s'opérerait un jour par le vrai Adam, ou Réaux, ou le Christ, pour la réconciliation parfaite de la postérité passée, présente et future de ce premier homme, moyennant que cette postérité userait en bien du plan d'opération qui lui serait tracé par la pure miséricorde divine, ainsi que le type d'Abel l'avait prédit par toutes ses opérations à Adam et à ses trois premiers nés. » (Traité, S 57).

À cet égard, le Régime rectifié va servir d'écrin, de « conservatoire » à l'enseignement martinézien à partir du XVIII siècle, et peut être en conséquence considéré comme « l'Ordre substitué », renfermant les

« Connaissances mystérieuses » qui se trouvaient chez les élus Coëns 35, lui conférant cette qualification qui seule est accordée aux structures dépositaires de la doctrine de la « réintégration », à savoir de système « non-apocryphe , 3°

35 Il est à noter que les notions « d'apocryphe » et de « non-apocryphe », proviennent de l'Ordre des élus Coëns, dont l'enseignement distinguait, sous ces deux dénominations, les initiations possédant la «vraie philosophie », c'est-à-dire la « doctrine de la réintégration », de celles qui en étaient ignorantes tout en utilisant les instruments des ouvriers du Temple de Salomon.

« D. De combien de sorte de philosophie y a t'il en usage aujourd'hui dans le monde ?

R. De 5 sortes, à savoir la symbolique, la théorique, la pratique, la composite et l'apocryphe.

D. Qu'enseigne la philosophie symbolique ?

R. À nous rapprocher de plus près des connaissances mystérieuses que Dieu employa à la construction du Temple Universel, qu'il construit lui même par sa propre parole éternelle.

D. Qu'enseigne la théorique?

R. Elle démontre les symboles qui sont analogues aux mystères, que le Grand Architecte employa à la construction de son Temple. Ce n'est que par cette théorie qu'on peut parvenir à se servir plus particulièrement des attributs qui sont en usage dans l'Ordre, et qui sont la récompense des travaux des frères.

D. Qu'enseigne la pratique?

R. Elle enseigne à élever des édifices sur leurs bases tant spirituelles que matérielles.

D. Qu 'enseigne la composite ?

R. Elle nous enseigne les différents Ordres qu'il y a eu dans les diverses nations du monde entier, leur prévarication, leur rémission, et leur expulsion par Ordre du Grand Architecte.

D. Qu'enseigne l'apocryphe?

R. Rien qui ne puisse être analogue à la vraie philosophie.

D. Pourquoi se servent-ils d'une équerre et d'un compas perpendiculaire, niveau, et autres instruments appartenant à l'Ordre ?

R. C'est que les philosophes apocryphes n'ont pu obtenir de nous les vraies cérémonies mystérieuses que l'Ordre contient et enseigne, ce qui a fait que plusieurs personnes se sont attribué quelques uns de nos instruments et se sont assemblées de leur chef en s'arrogeant le titre d'ouvriers du Temple de Salomon. »

(Cf. Catéchisme des Philosophes élus Coën de l'Univers, 1770).

" Dans la Préface aux Leçons de Lyon, Robert Amadou (1924-2006), affirme que le Rectifié « renferme les connaissances mystérieuses », et la « science religieuse de l'homme » selon Martinés Le dernier vivant de ces quatre réaux-croix [Willermoz], qui était né en 1730, changea les formes du tout au tout, en instituant ses chevaliers bienfaisants de la Cité sainte. Dans sa nouvelle société, il abolit les opérations théurgiques réglementaires, mais il y renferma les connaissances mystérieuses qui en étaient corrélatives selon Martines, et en dota d'une valeur théosophique la bienfaisance où tous les francs-maçons concourent [ .. .] Ce Régime, dont l'Ordre est le cœur plutôt que le sommet, ne divulguait rien des fonctions augustes du sacerdoce primitif qu'assumaient les élus Coëns.

Dès le premier grade du Régime, qui est de la maçonnerie bleue, le récipiendaire bénéficie de sérieux indices sur la trichotomie de l'homme et sur l'esprit bon compagnon. Toujours le ternaire au départ. Puis on s'élève.» (R. Amadou, Préface, in Leçons de Lyon aux élus Coëns, op.cit., pp. 28 ; 58-59).

37 De fait « L'Ordre substitué », pour reprendre la judicieuse expression utilisée par Robert Amadou pour désigner le Régime Écossais Rectifié, se « substitue » aux élus Coëns, nous le comprenons assurément, mais pour effectuer quelle mission? Tout simplement, et ceci est logique si l'on garde en mémoire que le Régime Rectifié dispense la partie scientifique de la maçonnerie primitive et la science religieuse de l'homme, pour être le conservateur, le gardien et le continuateur du « Haut et Saint Ordre ». Cette fonction de conservation constitue une charge sacrée d'autant plus impressionnante que sous cette appellation, Willermoz pense à l'Ordre des élus de l'Eternel, c'est-à-dire à la sainte et pieuse société religieuse qui traverse les siècles depuis les origines, formée par les Justes, les Patriarches et les Prophètes, qui surent, après le repentir de notre premier parent selon la chair, Adam, et depuis son fils bien aimé Abel qui célébrait le vrai culte, en passant par Seth, Élie, Énoch, Melchisédech, Abraham, Moïse, David, Salomon et Zorobabel, jusqu'au Christ qui le rendit absolument parfait, préserver, maintenir et transmettre l'authentique sacerdoce tout, en instituant ses chevaliers bienfaisants de la Cité sainte. Dans sa nouvelle société, il abolit les opérations théurgiques réglementaires, mais il y renferma les connaissances mystérieuses qui en étaient corrélatives selon Martines, et en dota d'une valeur théosophique la bienfaisance où tous les francs-maçons concourent. Ce Régime, dont l'Ordre est le cœur plutôt que le sommet, ne divulguait rien des fonctions augustes du sacerdoce primitif qu'assumaient les élus Coëns. Dès le premier grade du Régime, qui est de la maçonnerie bleue, le récipiendaire bénéficie de sérieux indices sur la trichotomie de l'homme et sur l'esprit bon compagnon. Toujours le ternaire au départ. Puis on s'élève.» (R. Amadou, Préface, in Leçons de Lyon aux élus Coëns, op.cit., pp. 28 ; 58-59).

37 De fait « L'Ordre substitué», pour reprendre la judicieuse expression utilisée par Robert Amadou pour désigner le Régime Écossais Rectifié, se « substitue » aux élus Coëns, nous le comprenons assurément, mais pour effectuer quelle mission ?

Tout simplement, et ceci est logique si l'on garde en mémoire que le Régime Rectifié dispense la partie scientifique de la maçonnerie primitive et la science religieuse de l'homme, pour être le conservateur, le gardien et le continuateur du « Haut et Saint Ordre ». Cette fonction de conservation constitue une charge sacrée d'autant plus impressionnante que sous cette appellation, Willermoz pense à l'Ordre des élus de l'Eternel, c'est-à-dire à la sainte et pieuse société religieuse qui traverse les siècles depuis les origines, formée par les Justes, les Patriarches et les Prophètes, qui surent, après le repentir de notre premier parent selon la chair, Adam, et depuis son fils bien aimé Abel qui célébrait le vrai culte, en passant par Seth, Élie, Énoch, Melchisédech, Abraham, Moïse, David, Salomon et Zorobabel, jusqu'au Christ qui le rendit absolument parfait, préserver, maintenir et transmettre l'authentique sacerdoce primitif, lignée religieuse à laquelle se rattache donc aujourd'hui, par l'intermédiaire providentiel de l'Ordre des élus Coëns, la classe non ostensible de l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, et par elle le Régime Écossais Rectifié dans son ensemble.

38Jean-Baptiste Willermoz conçu et façonna le Régime Écossais Rectifié comme une « rectification » de toute la franc-maçonnerie écossaise, dotant son système d'une structure étrangère aux conceptions organisationnelles et spirituelles de la franc-maçonnerie libérale, telles qu'exposées dans les Constitutions de 1723 (Constitution, Histoire, Lois, Obligations, Ordonnances, Règlements et Usages de la Très Respectable Confrérie des Francs-maçons acceptés), rédigées par les pasteurs James Anderson (1678-1739) et Jean-Théophile Desaguliers (1683-1744). Ainsi, totalement étranger à cette perspective universaliste et faiblement religieuse, qui de plus ignorait absolument tout des éléments théoriques de la doctrine de la «réintégration», le Régime Rectifié posa, dès les premiers instants de sa fondation, des principes intangibles profondément différents du milieu maçonnique du XVII"" siècle - et plus encore de celui issu des conceptions de la « régularité » diffusées par la Grande Loge Unie d'Angleterre à partir de 1929 qui prétend conférer une prétendue « régularité » aux grades et degrés situés au-delà des Loges symboliques en raison de leur rattachement aux « Grandes Loges » -, situation que !'Histoire n'a pas démentie et qui perdure depuis lors, faisant que l'Ordre issu de la réforme de Lyon, tire uniquement sa légitimité et sa «régularité» de sa fidélité observée face aux principes énoncés et arrêtés en 1778 lors du Convent des Gaules. Ainsi, la conception obédientielle, issue des Constitutions de 1723, est absolument étrangère à l'esprit de la rectification, et vouloir faire rentrer le Régime dans les cadres de la maçonnerie andersoniennes en le faisant coexister avec d'autres Rites, est une aberration.

R. Amadou, Martinisme, CIREM, 1997, p. 36

Le Régime Écossais Rectifié, c'est-à-dire « L'Ordre substitué », est donc « non apocryphe » parce que détenteur aujourd'hui de la doctrine de la réintégration, héritier de la transmission abélienne, porteur et dépositaire de la filiation du « Haut et Saint Ordre », placé sous les auspices d'une initiation qui s'opère par le passage par les trois essences spiritueuses, la symbolique des nombres, le sens des batteries, la valeur des flambeaux, le rôle des couleurs, etc., éléments symboliques qui proviennent des élus Coëns ?7•

Il en résulte une vérité importante : si cette doctrine de la réintégration est connue, travaillée, respectée et conservée, on peut parler en ce cas d'une voie « non-apocryphe », d'autant si les critères de la transmission willermozienne légitime sont présents dans le cadre de la structure initiatique en question. Mais en revanche, si cette doctrine est oubliée, méconnue, voire rejetée ou même combattue, ce à quoi se rajoute l'éventuelle distance d'avec les essences traditionnelles de la légitimité historique du dépôt rectifié, ce qui est majoritairement la situation de la plupart des prétendus « Grand Prieurés » (sic) existant souches sur des structures obédientielles andersoniennes pratiquant plusieurs rites alors, clairement, nous sommes en présences d'instances fausses, parodiques et objectivement « apocryphes ».

On ne saurait, de la sorte, trop conseiller aux disciples de Martinés de Pasqually, Louis-Claude de Saint-Martin et Jean-Baptiste Willermoz, de fuir, radicalement, les transmissions « apocryphes », afin de se consacrer et œuvrer au sein de la voie droite et sainte de la « Tradition » non apocryphe, qui est celle des élus de l'Éternel, en n'oubliant pas quel fut le but, et l'objet même de l'entreprise engagée lors du Convent des Gaules en 1778, afin de posséder une vue juste et exacte de ce qu'il en est de la nature, comme de la mission de notre Ordre :«Le but de Willermoz était donc de préserver la doctrine dont Martines de Pasqually avait été, selon que ce dernier lui avait enseigné, l'un des relais seulement; maintenir, quand sombrait l'ordre des élus Coëns, la vraie Maçonnerie selon le modèle que Martinés de Pasqually lui avait révélé comme l'archétype et que garantit une conformité doctrinale avec la doctrine de la réintégration 39.»