26 - Réflexion sur le Nouvel Homme

Extrait du Nouvel Homme de Louis Claude de Saint Martin et extrait de l'Instruction des Chevaliers Elus Coëns de l'Univers.

1ère PARTIE - PARAGRAPHE *28.*DU NOUVEL HOMME

Pourquoi craindrais-je de revenir trop souvent à la charge pour avertir ce nouvel homme des lois qu'il doit suivre, s'il veut arriver à son terme, et des joies et des consolations qui l'attendent dès le moment qu'il sera sous la main du Seigneur ? N'est-ce pas par des coups réitérés que le manœuvre parvient à briser le rocher, et à en détacher la pierre qui doit entrer dans l'édifice ? N'est-ce pas par un travail soutenu qu'il parvient à lui donner la forme et le poli qu'elle doit avoir avant d'être mise place ?

Souviens-toi donc, nouvel Homme, à quel prix tu devras te maintenir dans le poste que le Seigneur t'aura donné. Moïse disait aux Hébreux : « Si votre frère, fils de votre mère, ou votre fils, ou votre femme qui vous est chère, ou votre ami que vous aimez comme votre âme, vous veut persuader, et vous vient dire en secret : allons et servons les dieux étrangers qui nous sont inconnus, comme ils l'ont été à vos pères, les dieux de toutes les nations, dont nous sommes environnés, soit de près ou de loin, depuis un bout de la terre jusqu'à l'autre, ne vous rendez point à ses persuasions, et ne l'écoutez point, et ne soyez touché d'aucune compassion sur son sujet, ne l'épargnez point, et ne tenez point secret ce qu'il aura dit. « Que votre main lui donne le premier coup, et que tout le peuple le frappe ensuite. »

Nouvel Homme, c'est dans toi-même que se peuvent trouver tous ces parents infidèles, auxquels il t'est défendu de pardonner. N'en ménage aucun. Quand ce serait le plus cher d'entre eux qui tâcherait de s'insinuer dans ton esprit, et de t'attirer à un culte trompeur pour quel qu'autre portion de toi-même que celle où la voix de ton Dieu s'est fait entendre, lorsqu'il a allumé lui-même sa lampe vivante dans le sanctuaire de ton propre temple, rejette-le loin de ta fureur. Plus tu exerceras de sévérité envers ces parents séducteurs, plus tu assureras le règne et la gloire de ton maître, parce que plus tu conserveras par là l'unité, la simplicité et la sainteté de ce fils chéri qui doit le représenter sur la terre.

Accoutume-toi aussi d'avance à embrasser par un grand coup d'œil le cercle que tu dois parcourir, et qui, non seulement comprend l'éternité, et le temps, avec toutes les causes de tout genre qui le font mouvoir mais encore toutes les lois que cette sagesse éternelle a envoyées à l'homme dès l'instant de sa chute, qu'elle déroule successivement devant lui, à mesure que tourne la roue des siècles, et dans lesquelles il peut toujours reconnaître le même esprit, le même amour, la même justice, la même bienfaisance, soit qu'il observe ces lois dans leur premier âge, soit qu'il les observe dans leurs divers états de développement ; car c'est l'unité qui les a dictées, c'est aussi l'unité qui les dirige, qui les fait croître, et qui leur fait manifester leur lumière, lorsque le temps en est arrivé.

La seule différence, c'est que ces lois t'ont paru pénibles, et fatigantes tant que tu n'as été admis qu'à la première enceinte de ce sanctuaire, parce que cette enceinte est limitrophe des nations étrangères contre lesquelles il te fallait continuellement être en garde, au lieu que quand tu pénétreras dans les enceintes intérieures, ces lois te paraîtront douces, et calmes comme l'atmosphère de l'éternité, parce que ce seront elles qui agiront pour toi, et dans toi, et qui te feront goûter le repos.

C'est là ce sabbat que le Réparateur dont tu es devenu l'image, et le frère, a apporté sur la terre et a désiré qu'il pénétrât dans le cœur de tous les hommes, parce qu'il était lui-même ce lieu de repos et qu'il savait combien son œuvre paraîtrait calme, et délicieuse, en comparaison de l'œuvre compliquée de tous les agents inférieurs ; car lorsqu'il dit que l'homme était maître du sabbat même, il n'entendait guère parler que de cette œuvre laborieuse, et pleine de tourments, qui avait occupé ci-devant la postérité humaine, et ce divin Réparateur venait l'abolir pour y substituer l'œuvre de la paix, et le sabbat de l'amour.

Aussi, que nous dit la sagesse quand nous voulons contempler nos voies, et les sentiers pénibles de notre retour vers la lumière ? Elle nous dit dissipez vos ténèbres matérielles, et vous trouverez l'homme ; dissipez vos ténèbres spirituelles, et vous trouverez Dieu. Quand le chaos de la nature se débrouilla, l'homme parut comme étant l'organe de la vérité pour l'administration de l'univers. Quand le chaos spirituel où l'homme coupable s'était plongé fut dissipé, le Réparateur se montra comme étant la vie de l'esprit, et le suprême agent de notre délivrance et de notre régénération.

C'est alors que la source du fleuve put dire aux eaux qui s'écoulaient : Vous êtes ma génération. C'est alors que se prononcèrent réellement ces passages prophétiques et figuratifs, répétés si souvent dans les écritures : Vous connaîtrez que je suis le Seigneur ; je serai votre Dieu, et vous serez mon peuple.

Si nous n'avons donc pas dissipé nos ténèbres matérielles pour trouver l'homme, et nos ténèbres spirituelles pour trouver Dieu, comment pouvons-nous sentir en effet s'accomplir cette vérité en nous, comment pouvons-nous de nouveau sentir Dieu engendrer notre âme, comment pouvons-nous connaître ce sabbat qui ne se trouve que dans Dieu, comment pourrons-nous voir paraître en nous le nouvel homme, comment pouvons-vous voir s'élever en nous cet édifice, et ce temple impérissable où le feu sacré doit brûler éternellement, et où les victimes ne doivent pas cesser d'être immolées pour la manifestation de la gloire et de la puissance du Dieu qui ne peut être connu et honoré que par l'organe de ceux qui sont saints ?

Cependant ne nous abusons point. Nous n'arrivons ici-bas à cet heureux terme que pour en jouir pour quelques moments passagers, et par intervalle, vu la privation à laquelle nous sommes condamnés ; et nous ne pouvons entendre d'une manière constante, et non interrompue la parole continue qui crée toujours. Mais n'est-elle pas assez grande cette vérité que nous pouvons apprendre dès ce monde, savoir : que le cœur de l'homme est la région que la Divinité a choisie pour son lieu de repos, et qu'elle ne demande qu'à venir l'habiter ? N'est-ce pas une assez grande vérité pour nous que de savoir que Dieu n'a choisi un semblable lieu de repos que parce que le cœur de l'homme est amour, tendresse, et charité, et que, par conséquent, ce secret nous découvre la véritable nature de notre Dieu qui est d'être éternellement amour, tendresse et charité, sans quoi il ne chercherait pas à habiter chez nous, s'il n'y devait pas trouver ces indispensables rapports ?

Ame de l'homme, songe donc à te soigner, et à te nettoyer avec vigilance, puisque tu es destinée à recevoir un pareil hôte ; songe que tu dois être le miroir de l'éternel, oui, le miroir, et le reflet actif de son amour. Quoique tu ne passes, pour ainsi dire, qu'un jour sur la terre, tu y demeures assez longtemps pour observer, et pour connaître non seulement que tel est le terme de ton existence, mais encore quelle est la voie qui t'est tracée pour te maintenir dans le poste quel qu'il soit, qu'il plaît à la sagesse suprême de te confier pendant ce séjour passager.

Nous voyons que chaque jour le Soleil parcourt un arc de son grand cercle ; nous voyons que chaque jour cet arc est le seul qu'il parcourt pour nous, et nous voyons qu'il en suit tous les points avec une régularité parfaite. Prenons là l'exemple et la leçon que nous devons suivre. Regardons-nous tous comme des astres qui ont chacun un arc à parcourir dans la grande sphère de l'œuvre de notre Dieu. Depuis le pôle jusqu'à la ligne, quelle que soit notre latitude, parcourons notre arc avec fidélité, et sans laisser échapper le moindre murmure, sans le moindre mouvement de jalousie, ni de désir d'avoir à paraître sur un climat plus fortuné que celui auquel nous sommes attachés. Parcourons notre arc comme fait continuellement le Soleil, sans examiner si nous brillons sur l'Orient ou l'Occident ; parcourons notre arc, comme lui, en purifiant les régions qui se trouvent sous nos pas, et en ne laissant jamais ternir notre éclat par les souillures et les influences infectes qui s'élèvent de ces régions.

N'ambitionnons pas d'embrasser dans notre cours un champ plus vaste que celui qui nous est prescrit ; si un seul homme avait suffi pour veiller aux besoins de toutes les régions de l'univers, l'éternelle sagesse n'aurait pas créé ce nombre incalculable d'individus qui composent la famille humaine.

Soleil divin, toi dans qui tous les esprits et toutes les âmes ont puisé leur existence, toi qui domines sur le centre de notre monde spirituel, comme le Soleil élémentaire domine sur le centre de notre globe, à toi seul appartient le pouvoir d'éclairer à la fois, comme lui, tous les points de notre atmosphère, et de balancer le poids des ténèbres par l'abondance et la vivacité du jour que tu répands sur toutes les parties de la région divine que nous habitons ; à toi seul appartient le pouvoir de nous communiquer même cette portion de lumière que tu charges notre âme de verser ensuite sur les divers climats spirituels où tu nous attaches. AMEN.....

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2ème PARTIE - PRINCIPES SYMBOLIQUES DU PREMIER GRADE

Le grade d'apprenti, où tout s'opère par le nombre trois, instruit l'aspirant que toutes les choses temporelles sont le résultat du nombre ternaire des trois principes simples et fondamentaux de toute corporisation ; il lui retrace en même temps par les cérémonies dont il est l'objet, la nature et l'excellence de l'homme dans son état d'innocence. On peut légitimement y voir une autre influence discrète de la pensée de Martinez de Pasqually dans les rituels RER. En effet, voici quelques extraits que l'on trouve dans le Traité de la Réintégration à propos du Midi rappelant que l'impétrant est soumis à sa 1ère épreuve lors du 1er voyage au midi.

MIDI : Sur la terre, lieu symbolique des démons et des mineurs pervers, placé sous l'autorité du « prince du Midi ». « Les premiers esprits furent relégués dans la partie du Midi, et c'est dans cette partie que l'Egypte est située. » (Traité, 185). « C'est là le type du lieu où les démons ont été relégués pour être contraints d'y opérer leur volonté et leur intention malfaisante, soit contre le Créateur, soit contre les mineurs des deux sexes, l'homme et la femme étant susceptibles de retenir impression de l'intellect démoniaque » (Traité, 72)...

C'est aussi la Partie des cercles réservée à Caïn dans l'opération d'Adam (Traité, 59), cette partie méridionale, ayant été maudite du Créateur et étant marquée par l'Ecriture pour être l'asile des majeurs et des mineurs qui auront prévariqué » (Traité, 72). Par conséquent, partie de la terre qui servit de refuge de Caïn après son crime : « Caïn, après sa prévarication, fut obligé d'aller vivre avec ses deux sœurs dans la partie du Midi, où il fut relégué à demeure fixe par l'ordre du Créateur et par l'autorité d'Adam » (Traité, 72). Caïn et ses deux sœurs (Awan et Lilith - livre des Jubilés)par leur nombre ternaire annoncent la prévarication de la forme corporelle terrestre de l'homme, que l'intellect démoniaque séduit par la jonction qu'il fait avec les trois principes spiritueux qui constituent toute forme corporelle.

Par conséquent aussi, partie réservée à la demeure fixe de Cham, maudit par Noé (Traité, 33), au sortir de l'Arche. De même, direction symbolique du corbeau, après son envol de l'arche de Noé : « Il prit sa direction vers le Midi, pour nous montrer que c'était le lieu où Caïn s'était retiré et où se retirerait Cham et toute sa postérité » (Traité, 134)...

Le midi symbolise aussi « la partie universelle où le Créateur manifestera sa justice et sa gloire à la fin des temps. C'est aussi dans ce lieu où les justes manifesteront leurs vertus et puissances, à la honte des esprits pervers et à celle des mineurs réprouvés. » (Traité, 72). C'est par conséquent le lieu du combat et le champ de bataille des élus de l'Eternel...

Le midi correspond à l'une des quatre portes du Tabernacle qui donnent sur la région céleste (Traité, 253) : « La porte du midi du tabernacle de Bethzaléel fait allusion à la bouche du corps de l'homme » (Traité, 257). L'angle du midi est généralement associé au soufre, au sang et à l'élément feu. La colonne du midi représente la femme (Traité, 208). Ces trois parties du Temple universel, et par conséquent du Mineur, vont être particulièrement marquées et mises en évidence au sein du Régime Ecossais Rectifié, lequel, reprenant et adaptant magistralement la forme architecturale du Temple que Salomon édifia à Jérusalem des formes organisées selon les différentes salles du saint édifice :

«le Porche, le Sanctuaire et le Saint des Saints », parfaitement adaptables, au moins symboliquement, en ce que devrait être la réédification spirituelle de chaque enfant d'Adam, invitera les Frères à franchir les murs qui les éloignent, malheureusement, de l'enceinte sacrée et, à la suite, entrer pieusement, en baissant la tête en prenant conscience de leur faute, à l'intérieur de ce Temple majestueux pour pouvoir, finalement, entrer dans le Sanctuaire, louer la Divinité et célébrer un véritable culte, magnifiant la gloire du Père, du Fils et du Saint Esprit, en chantant l'immensité de son Amour.

Dans ce schéma tripartite de reconstruction tout participe d'un grand et scrupuleux respect à la Parole de la Révélation, tout est en profond accord avec la doctrine des pères de l'Eglise, tout correspond avec une exigeante connaissance de la réalité spirituelle et anthropologique qui préside dans le fondement intérieur à la constitution de chaque être et conditionne rigoureusement les plus petits progrès du chemin personnel vers le Royaume de la Vérité.